Panaït Istrati

Panaït Istrati

Résumé

Portrait de Panaït Istrati Panaït Istrati Europe

Alors sa sœur, qui était assise à sa droite, essuya ses larmes, lui prit la main, et lui dit comme à un enfant :
— Cher frère, je t’ai appelé, parce que nous voulons te ramener à nous, t’aimer, et te faire aimer... N’aimes-tu plus la vie ? N’aimes-tu plus rien ?...
— Si j’aime, ou si je n’aime pas, c’est la même chose... et ce n’est rien... Mais pourquoi t’occupes-tu de moi, sœur ?
— Comment, Anghel ? je suis ta sœur aînée, et tes malheurs sont mes malheurs...
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Heureux est celui qui sent le moins, ou qui ne sent rien : le peu qu’il demande, l’existence le lui donne. Et malheureux est celui qui sent et qui veut : il n’a jamais assez.
Adrien reconduisait son oncle à son terrier. Anghel s’arrêta devant sa porte, et dit à Adrien, au moment de se séparer :
— Adrien ! Je mourrai bientôt, car mes boyaux sont brûlés par l’alcool. Regarde-moi bien, et rappelle-toi, chaque fois que tu voudras cracher sur un ivrogne, que moi, ton oncle Anghel, homme propre et aimant la vie propre, je suis devenu ivrogne et que je meurs ivrogne, par la faute de personne.
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La grande écurie, restée intacte, évoquait avec nostalgie un bétail envié par trop de monde pour continuer à vivre. Le souchet sauvage, le genêt, la ciguë, croissant libres dans la belle cour d’autrefois, montaient à hauteur d’homme.
— Vois-tu, Adrien, disait le malheureux, la voix étranglée de douleur, vois-tu ce cimetière ? Il est, pour moitié, l’œuvre des hommes, et pour moitié, l’œuvre du destin. Si j’avais hérité ce bien de mon père, j’aurais trouvé une raison aux hommes de m’envier, et de me le détruire, quoiqu’ils n’aillent pas mettre le feu aux palais des seigneurs.
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