Résumé

Th. de Wyzewa Revues étrangères - À propos d’une nouvelle biographie de Canova

Mais nous sentons d’autre part que Marie-Louise, elle, sans désormais haïr son mari, le craint trop pour pouvoir se décider à l’aimer. C’est comme si ces entretiens mêmes de Napoléon avec Canova lui produisaient l’effet d’une fastidieuse corvée ; et chacune des rares paroles qu’elle se risque à y mêler nous révèle combien la vie et l’âme de son mari lui sont étrangères. Un jour, par exemple, Napoléon s’étant vanté au sculpteur d’avoir en soi du sang florentin : « Mais je croyais que vous étiez Corse ? » lui demande ingénument l’impératrice.
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Sans compter qu’en face de cette grande figure nous goûtons aussi un très vif plaisir à rencontrer l’aimable et touchante figure de Canova lui-même, partagé entre son désir de pénétrer plus à fond dans l’intimité du génie de Napoléon et sa généreuse intention de tirer avantage de chacune des séances pour servir la cause sacrée de l’Église et de sa patrie. Cet artiste d’un talent inégal avait vraiment une âme d’une tendresse et d’une pureté délicieuses, exempte à un degré singulier de toute ombre d’égoïsme ou de vanité.
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Les jours suivans, le sculpteur continue de travailler à son buste, mais sans revoir Napoléon : et aussi ne reprend-il son journal que le lundi 29 octobre, lorsque déjà le portrait de l’Impératrice est fort avancé. Napoléon est ravi de ce portrait, — et cela nous montre à quel point le grand homme était amoureux de sa seconde femme, tout comme il l’avait été de la première : car on ne saurait imaginer une figure à la fois plus laide et d’une expression moins intelligente que celle que le réalisme inflexible du sculpteur lui a fait saisir là, dans sa vie familière.
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