“ Si ce n’eût été pour mortifier Brunhilt, Kriemhilt n’y eût point attaché d’importance. Elles arrivèrent ensemble devant la vaste église. La dame du logis agit ainsi par grande haine : elle ordonna rudement à Kriemhilt de s’arrêter. « Jamais la femme d’un vassal ne doit marcher devant la femme d’un roi. » ”
Kriemhilt
Définition et enjeux
Citations sur “Kriemhilt”
“ « Le valeureux ménestrel vous donne un bon conseil, héros de Kriemhilt, allez, retournez en vos logis. « Je doute qu’aucun de vous exécute le projet que vous avez formé. Mais si vous voulez commencer, attendez jusqu’à demain au matin. Nous sommes étrangers, laissez-nous donc reposer cette nuit. Oui, je crois que jamais chevaliers ne l’auront fait aussi volontiers. » On amena les étrangers dans une vaste salle, où l’on avait préparé pour tous les guerriers des lits très riches, larges et longs. Dame Kriemhilt méditait contre eux les plus funestes attentats. ”
“ Si nous paraissons encore aujourd’hui devant Brunhilt, nous devons nous tenir sur nos gardes devant la reine. « Quand nous verrons la femme digne d’amour avec sa suite, vous, héros, accordez-vous tous pour faire le même récit : que Gunther soit mon seigneur et moi son homme-lige, et tout ce qu’il désire s’accomplira. « Je m’aventure si loin, non pour satisfaire tes désirs, mais pour Kriemhilt, la belle vierge. Elle est comme mon âme et comme mon propre corps, et j’accomplirai tout ceci afin qu’elle devienne ma femme. » ”
Alphonse de Lamartine,
Cours familier de Littérature - Volume 23
“ On emportait des vivres de toute espèce. Près d'une source fraîche, il allait perdre la vie: ainsi l'avait voulu Brunhilt, la femme du roi Gunther.«Le vaillant héros alla trouver Kriemhilt. On chargeait sur des chevaux de bât son équipement de chasse et celui de ses compagnons. Ils allaient passer le Rhin. Jamais Kriemhilt ne ressentit tant de peine.«Il baisa la bouche de sa bien-aimée: «Que Dieu m'accorde, femme, de te retrouver en bonne santé, et que tes yeux aussi puissent me revoir! Tu te divertiras avec tes bons parents; je ne puis rester ici.» ”
“ Un des fidèles de Kriemhilt répondit au roi : — « Il est né à Troneje. Son père se nomme Âldriân. Quelque gracieusement qu’il se comporte, c’est un homme terrible. Je vous ferai bientôt remarquer, que je ne vous ai pas menti. » — « Comment connaitrais-je qu’il est si terrible ? » dit le roi : il ignorait encore tous les pièges cruels dans lesquels la reine entraîna depuis ses parents, au point qu’elle n’en laissa pas un s’en retourner de chez les Hiunen. ”
“ « Tu les recevras bien, Kriemhilt, ma femme, dit Etzel ; ils viennent à ton grand honneur, tes frères bien aimés. » Dame Kriemhilt se tenait à une fenêtre. Elle attendait ses parents ; ainsi fait un ami pour ses amis. Elle vit venir maint homme de sa patrie. ”
“ Jamais roi ne donna, à ses noces, tant de riches manteaux, grands et larges, ni de si bons vêtements que ceux qui furent distribués à profusion, par la volonté de Kriemhilt, à toutes les personnes qui en voulaient. Ses amis et aussi les étrangers étaient d’humeur si généreuse qu’ils n’épargnèrent point leur bien. Ils étaient disposés à donner ce que chacun désirait. Plus d’un chevalier, par bonté d’âme, se dépouilla de tout, même de ses vêtements. La reine pensait au temps où elle était près du Rhin avec son époux chéri ”
Alphonse de Lamartine,
Cours familier de Littérature - Volume 23
“ Depuis, la noble Kriemhilt devint l'épouse du hardi Sîfrit. (p. 364) «Comme ses parents et ses hommes lui conseillaient, puisqu'il portait son esprit vers un fidèle amour, de s'adresser à une femme qui lui convînt, le noble Sîfrit parla: «Je veux prendre Kriemhilt, la belle jeune fille du pays des Burgondes, pour sa beauté sans pareille. Il m'est bien connu qu'il n'est pas d'empereur si puissant qui, voulant choisir une femme, ne tâchât d'obtenir cette puissante reine.» ”
“ Brunhilt se prit à pleurer. Kriemhilt passa outre. Elle entra dans la cathédrale avant la femme du roi, avec toute sa suite. La haine en devint plus grande. Plus d’un œil joyeux versa des larmes amères à ce sujet. Quoique l’on servit Dieu et qu’on chantât là en son honneur, le temps parut à Brunhilt d’une longueur excessive. Car son corps était abattu et son âme était sombre. Maint guerrier bon et valeureux devait en être la victime. ”
“ Par cette mort, toute joie était chassée loin d’elle, sans retour. Elle s’affaissa à terre et ne dit pas un mot. On voyait là, étendue, la belle infortunée. Les gémissements de Kriemhilt furent terribles et sans bornes. Revenue de son évanouissement, elle faisait retentir tout le palais de ses cris. Quelqu’un de sa suite parla : — « Quel peut être cet étranger ? » Si grande était la douleur de son âme, que le sang lui sortit de la bouche. Elle s’écria : — « Non, non, c’est Siegfrid mon bien-aimé. Brunhill a donné le conseil, Hagene l’a exécuté. » ”
“ « Je suis si puissante et je possède tant de richesses que je pourrais bien faire pâlir mes ennemis. Que volontiers je me vengerais de Hagene de Troneje ! « Souvent mon cœur gémit au souvenir de mon bien-aimé. Ah ! si j’étais près de ceux qui m’ont causé tant de maux, que je leur ferais payer cher la mort de mon ami ! C’est avec peine que j’attends encore. » Ainsi parlait la femme d’Etzel. Kriemhilt était aimée par tous les hommes du roi, et, certes, elle le méritait. Eckewart veillait au trésor, ce qui lui faisait beaucoup d’amis. Nul ne pouvait résister à la volonté de Kriemhilt. ”
“ Mais quand il y en eût eu mille fois davantage, si Siegfrid eût pu revivre sain et sauf, Kriemhilt serait volontiers restée près de lui, les mains vides. Plus jamais, un héros n’aura femme aussi fidèle. Quand elle eut le trésor, elle attira dans le pays maints guerriers inconnus. La main de cette femme donnait tant, que jamais on ne vit bonté si grande. ”
Alphonse de Lamartine,
Cours familier de Littérature - Volume 24
“ Le matin, Hagene et Volkêr appelés à l'église par le bruit des cloches, vont se ranger avec leurs guerriers devant la porte de la cathédrale. Kriemhilt dévorant du regard Hagene, froisse en passant les guerriers de son pays. Un tournoi commence sous les yeux du roi et de Kriemhilt! Volkêr perce de sa lance par hasard le plus beau des guerriers de Kriemhilt; que de pleurs coulent des yeux des femmes! Kriemhilt s'adresse successivement à tous les chefs de son parti; ils refusent tous d'attaquer déloyalement Hagene et ses guerriers; un sentiment très-vif d'honneur les retient tous. ”
“ « Soyez prudent, dit dame Kriemhilt, offrez plutôt aux guerriers de l’or, plein votre bouclier ; car si Hagene vous atteint, vous êtes un homme mort. Le roi était si brave qu’il ne voulait point reculer, ainsi que le font souvent de riches princes de nos jours. On dut l’entrainer de ce lieu, en saisissant les courroies de son bouclier. Hagene, le farouche, commença de le railler. — « C’est à coup sûr une parenté éloignée qui unit Etzel à Siegfrid. Il aima Kriemhilt avant que jamais vous l’ayez vue. Pourquoi donc, ô roi sans courage, as-tu comploté contre moi ? » ”
“ On se pressa beaucoup dans la foule, mais il n’y eut rien de plus. Quand le service divin fut terminé et qu’on voulut partir, un grand nombre de Hiunen arrivèrent à cheval. A côté de Kriemhilt on voyait maintes belles vierges, et au moins sept mille chevaliers chevauchaient près de la reine. Kriemhilt était assise avec ses femmes à la fenêtre, à côté d’Etzel : cela plaisait au roi. Elles voulaient voir chevaucher les héros très adroits. Oh ! que de guerriers étrangers passaient devant elles, à cheval dans la cour. ”
“ « Elle n’a pas besoin de la part que vous voulez lui donner, car elle portera la couronne, et si nous conservons la vie, elle deviendra plus puissante que nulle reine au monde. Pour tout ce que vous ordonnerez du reste, je suis tout à votre service. » Alors dame Kriemhilt parla : — « Si vous n’avez pas besoin de mon héritage, les guerriers burgondes ne sont point de si peu d’importance. Un roi peut les conduire avec plaisir dans son pays. Je désire que la main de mes frères chéris les partage entre nous. » ”
Alfred Assollant,
Le Tigre , par Alfred Assollant
(1879)
“ Brunhilt , l' aînée , qui était brune comme une Portugaise , laide comme un péché mortel , et qui marchait dans le salon comme une grande vache maigre dans la prairie , jeta un long regard dans la glace du salon , essaya deux ou trois sourires , approuva le dernier et s' y tint pour toute la soirée . Kriemhilt , la cadette , à qui j' avais glissé que Charles était un jeune homme mélancolique et qu' il aimait qu' on fût très-gai autour de lui , s' essaya à rire aux éclats . Kriemhilt était rousse et se croyait blonde ; elle avait le teint blanc et rose et le nez de travers . ”
“ Ceux qui étaient venus des pays d’autres rois, admirèrent tous Siegfrid et Kriemhilt. Il fut permis à la jeune fille d’embrasser l’homme vaillant. Jamais il ne lui arriva rien d’aussi doux sur cette terre. ”
“ Les hommes de Kriemhilt auraient bien voulu assaillir les étrangers. Avant d’envoyer ces guerriers, Kriemhilt leur avait dit : — « Si donc vous les trouvez, au nom de Dieu, je vous enjoins de ne tuer qu’un seul homme, le déloyal Hagene ; vous laisserez la vie aux autres. Le joueur de viole parla : — « Ami, sire Hagene, il nous convient de lutter ensemble contre le danger. Je vois des gens armés s’approcher du palais ; si je ne m’abuse, ils veulent nous attaquer. » ”
“ Quand Kriemhilt les vit armés, ce fut pour son cœur une nouvelle amertume. Quelque grande que fût sa douleur, quelque terrible que fût sa détresse, elle craignit tellement de voir succomber les Nibelungen sous la main des fidèles de son frère, qu’elle les arrêta. Elle les admonesta avec douceur, comme l’aurait fait un ami fidèle. Cette femme riche en infortunes parla : — « Mon seigneur Sigemunt, qu’allez-vous tenter ? Vous ne savez pas combien d’hommes vaillants a le roi Gunther. Vous vous perdrez tous, si vous voulez attaquer ces guerriers. » ”
“ « Élevez-le dans des idées d’honneur, jusqu’à ce qu’il devienne homme. Et si quelqu’un en votre pays vous a offensés, il vous aidera à vous venger, quand ses forces seront venues. » Kriemhilt, la femme du roi Etzel, entendit ce discours. ”
Alphonse de Lamartine,
Cours familier de Littérature - Volume 23
“ L'or qui ornait leur poitrine était terni par les larmes abondantes qui tombaient de leurs yeux.«Elle parla: «Seigneur Sîfrit, laissez-moi recommander à votre fidélité et à votre merci mon bien-aimé frère; que rien ne l'atteigne au pays de Brunhilt.» Le très-hardi en fit le serment entre les mains de Kriemhilt.«Le puissant guerrier parla: «Si je conserve la vie, soyez sans souci, ô dame, je le ramènerai sain et sauf sur le Rhin; tenez ceci pour certain.» La belle vierge s'inclina. ”
“ « Et par suite dame Kriemhilt ne pourra se préparer à nous faire éprouver du dommage par ses instigations. Et si elle en a le dessein, il pourra lui en coûter cher ; nous conduirons avec nous vers les Hiunen tant d’hommes d’élite ! » Les boucliers, les selles et tous les habillements qu’ils voulaient emporter dans le royaume d’Etzel étaient prêts pour tous ces guerriers hardis. On convoqua les envoyés de Kriemhilt en présence de Gunther. ”
Alphonse de Lamartine,
Cours familier de Littérature - Volume 23
“ Au delà Sîfrit, l'homme brave, la servit tendrement. C'était une belle enfant! Depuis il en fut bien récompensé par la jeune fille.«Avec mille gracieuses honnêtetés, dame Kriemhilt s'avança pour recevoir dame Brunhilt et sa suite. De leurs blanches mains on les vit écarter les tresses de leurs cheveux quand elles échangèrent leur baiser; elles le firent en toute affection.«La vierge Kriemhilt parla amicalement: «Soyez la bien-venue en ce pays, pour moi, pour ma mère et pour tout ce que nous avons de fidèles amis.» Et l'on s'inclina de part et d'autre. ”
“ La belle Kriemhilt, au cœur pur, attendait l’illustre et bon envoyé. Il la trouva dans les vêtements qu’elle portait tous les jours, mais sa suite portait de très riches costumes. Elle alla à leur rencontre jusqu’à la porte et reçut avec grande bonté les hommes d’Etzel. Il s’avança, lui douzième, et on leur fit des offres de service : jamais on n’avait reçu de plus noble messager. On fit asseoir le chef et ses hommes. Les deux margraves Eckewart et Gêre, ces chevaliers de haute lignée, se tenaient debout devant elle. La présence de la reine en imposait à tous les étrangers. ”
“ « Où sont mes amis qui pour l’amour de moi veulent quitter leur patrie ? Ils me suivront au pays des Hiunen et prendront mes richesses, pour acheter des chevaux et des habillements. » Le margrave Eckewart dit à la reine : — « Depuis que j’ai été le premier de votre suite, je vous ai servie avec dévoûment, et jusqu’à la fin de ma vie je veux agir de même envers vous ; » ainsi parla ce guerrier. « Je veux aussi emmener avec moi cinq cents de mes hommes, qui vous serviront tous avec grand dévoûment. La mort seule pourra nous séparer. » Kriemhilt le remercia de ces paroles ”
Alphonse de Lamartine,
Cours familier de Littérature - Volume 23
“ «—Si vous ne voulez croire ce que vous m'avez entendu dire, venez écouter les gémissements que poussent Kriemhilt et sa suite sur la mort de Sîfrit.» Sigemunt s'émut fortement: une angoisse terrible s'empara de lui. ”
“ Il appela à lui tous ses guerriers. Et voilà la reine qui magnifiquement chevauchait : que de salutations furent faites aux hôtes chéris ! Avec quelles démonstrations de joie on reçut les étrangers ! Il semblait même que dame Kriemhilt n’avait pas si bien reçu Brunhilt à son arrivée au pays des Burgondes. Ils furent heureux ceux qui virent tout cela ! Maintenant voici venir aussi Siegfrid avec ses hommes. De toutes parts, dans la plaine, les guerriers chevauchaient de côté et d’autre en troupes formidables. Personne ne pouvait éviter la foule et la poussière. ”
“ « Ô ma très noble sœur, sans votre concours notre projet ne pourra jamais réussir. Nous voulons jouter dans le pays de Brunhilt. Il nous faut donc de beaux vêtements pour paraître devant les femmes. » La princesse dit : — « Mon frère très aimé, je vous offre mon aide sans réserve, et je suis prête à vous servir. Si quelqu’un vous refusait quoi que ce soit, ce serait une peine pour Kriemhilt. « Vous ne devez point, nobles chevaliers, m’adresser de prières. Donnez-moi plutôt des ordres avec courtoisie. Tout ce que vous désirez, je suis prête à le faire, et je le ferai avec plaisir. » ”
“ On fit également aller à l’offrande avec de l’or pris dans le trésor de Siegfrid, les pauvres qui étaient là et qui ne possédaient rien. Comme il ne devait plus vivre ici-bas, bien des milliers de marcs furent donnés pour son âme. On distribua ses terres arables aux couvents et aux bonnes gens. On donna aux pauvres de l’argent et des vêtements à profusion. Kriemhilt fit bien voir par ses actions combien son âme lui était dévouée. ”
Alphonse de Lamartine,
Cours familier de Littérature - Volume 23
“ «Alors Sîfrit, le jeune homme, s'inclina devant la reine et parla: «Pour mon voyage je ne veux prendre que douze guerriers. Qu'on prépare des vêtements pour eux. Je verrai volontiers ce qui en est de Kriemhilt.» ”
Alphonse de Lamartine,
Cours familier de Littérature - Volume 24
“ L'invitation de Kriemhilt ne me paraît pas de bon aloi.«—Que le pays te soit confié et aussi mon petit enfant, répondit le Roi, et protége bien les femmes: telle est ma volonté. Console le cœur de celui que tu verras pleurer. La femme du roi Etzel ne nous fit jamais de mal.»Les chevaux étaient prêts pour les Rois et pour leurs hommes. Maints chevaliers, qui menaient vie honorable, se séparèrent, avec de tendres baisers, de leurs belles femmes, qui devaient, bientôt, les pleurer amèrement.Quand les guerriers rapides partirent sur leurs chevaux, on vit les femmes demeurer là tout affligées. ”
