“ Le margrave répondit : — « Je suis prêt à le faire, ô dame. » Alors Ruedigêr et tous ses hommes lui jurèrent de la servir toujours fidèlement et lui promirent que les magnanimes guerriers du pays d’Etzel ne lui refuseraient jamais rien de ce que pourrait réclamer son honneur. La main de Ruedigêr confirma ses paroles. La femme fidèle pensait : — « Si je puis me faire tant d’amis, je laisserai les gens dire de moi, femme infortunée, tout ce qu’ils voudront. Que m’importe, si je puis venger encore la mort de mon époux bien-aimé ! » ”
Citations sur “Ruediger”
“ Elle pouvait bien pleurer, dans l’incertitude de savoir si elle aurait une maîtresse, comme celle qu’elle avait perdue ; au souvenir de Helche, elle éprouvait intérieurement une grande affliction. Ruedigêr quitta la Hongrie au bout de sept jours. Le roi Etzel en fut ému et joyeux. Il fit préparer les vêtements dans la ville de Wiene [3] et ne voulut point subir un plus long retard. Gœtelint l’attendait à Bechlâren avec la jeune margrave, la fille de Ruedigêr. Elles allaient voir avec joie, l’une, son père, et l’autre son mari. De belles femmes attendaient là avec une tendre impatience. ”
“ Bientôt les fiers étrangers connurent la funeste nouvelle. Ruedigêr et cinq cents de ses hommes s’étaient armés. En outre, marchaient avec lui douze chefs, qui voulaient obtenir le prix du courage au plus fort de la mêlée. Ils ne savaient pas que la mort fût si près d’eux. On vit s’avancer Ruedigêr, le heaume en tête. Les hommes du margrave portaient des épées bien acérées, et au bras leurs boucliers larges et brillants. Le joueur de viole les aperçut ; ce fut pour lui une peine amère. Le jeune Gîselher vit venir son beau-père, le casque attaché. ”
“ Non, jamais don plus magnifique ne reçut pire récompense. Tous deux frappés réciproquement par la main l’un de l’autre, Gêrnôt et Ruedigêr, tombèrent dans la mêlée. Quand il vit cette terrible catastrophe, la colère s’empara de Hagene. Le héros de Troneje parla : — « Un affreux malheur nous est arrivé. Nous avons fait en ces hommes une si grande perte, que jamais nous ne la réparerons, et leurs gens et leurs pays non plus. Maintenant, que les guerriers de Ruedigêr en portent la peine. » ”
“ Le chef Ruedigêr de Bechlâren parla : — « Animé d’un grand amour, ô dame, Etzel le puissant roi envoie vers vous jusqu’en ce pays. Pour obtenir votre affection, il a fait partir maints bons guerriers. « Il vous offre un tendre amour sans nul mélange d’amertume et il est prêt à vous vouer un constant attachement, comme celui qu’il voua à Helche, qui lui tenait tant au cœur. Le regret des vertus de sa femme a souvent attristé ses jours. » ”
“ Laissons là les femmes très occupées de ces soins. Les amis de Ruedigêr firent grande diligence dans la plaine pour aller trouver les princes ; ceux-ci furent bien reçus dans le pays du margrave. Quand le margrave les vit approcher, joyeux il parla à ses hôtes chéris : — « Que vous et vos hommes soient les bienvenus, seigneurs ! C’est avec grand bonheur que je vous vois ici en ma terre. » Les princes s’inclinèrent avec confiance, sans nulle haine. Il montrait bien à quel point il leur était dévoué ; il salua particulièrement Hagene, qu’il avait connu jadis. ”
“ Alors Hagene parla très courtoisement : — « Mon seigneur Gîlselher doit songer déjà à prendre femme, et la jeune margrave est de si haute lignée, que moi et tous ses hommes la servirions volontiers. Il faut qu’elle vienne chez les Burgondes, la couronne en tête. » Ce discours plut fort à Ruedigêr et aussi à Gœtelint ; elle s’en réjouissait dans l’âme. Bientôt après les guerriers firent en sorte que le noble Gîselher la prit pour femme, car elle convenait bien à un roi. Qui peut résister à ce qui doit s’accomplir ? ”
“ « Malheur à cette fête ! dit l’illustre roi ; il en est un dans la salle qui se bat comme un sanglier farouche ; il se nomme Volkêr et c’est un ménestrel. Je n’ai évité la mort qu’en échappant à ce démon. « Ses chants ont une harmonie funèbre, ses coups d’archet sont sanglants, et à ses accords maints guerriers tombent morts. Je ne sais pas pourquoi ce joueur de viole nous en veut, mais jamais je n’eus d’hôte qui me fit tant de mal. » Le seigneur de Vérone et Ruedigêr, ces illustres guerriers, se rendirent en leur logis. ”
“ Son âme s’enflamma, et, sans tarder plus longtemps, il se jeta sur les étrangers en vaillant guerrier. Le puissant margrave porta maints coups rapides. Tous deux, Volkêr et Hagene, se tinrent sur les plus hauts degrés, ainsi que l’avaient promis ces deux bonnes épées. Mais Ruedigêr trouva devant la porte tant de vaillants combattants, qu’il commença la lutte avec grands soucis. Gunther et Gêrnôt, dans un dessein meurtrier, le laissèrent pénétrer dans la salle. Ils avaient des sentiments de héros. Gîselher se tint à l’écart mais non sans regret. Il espérait encore en la vie ”
Eugène Le Roy,
Nicette et Milou
“ Et, en voyant ce grand fort homme, de belle carrure, qu’est M. Rudel, sa grosse tête, son cou de taureau avec un fanon, le sang qui lui sort par les pores, et ses yeux qui brillent comme une vitre au soleil, on comprend qu’à un tel homme une seule femme ne suffise pas, ni même deux. Aussi lorsque, dans ses courses, d’aventure, il rencontre seulette au logis une fille qui lui plaît, ou encore une bergère à la lisière d’un bois, il les accole sans grande cérémonie, au moins aucunes de bonne volonté. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ Et voilà que depuis huit jours Albert de Rudolstadt est dans ces montagnes, et qu’il va prier et chanter, chaque soir, sur les ruines du château de ses pères. Et voilà aussi que, depuis huit jours, tous les hommes assez âgés pour l’avoir vu jeune, le reconnaissent sous ses cheveux gris et se prosternent devant lui, comme devant leur véritable maître et leur ancien ami. Il y a quelque chose d’admirable dans ce souvenir et dans l’amour que lui portent ces gens-là ; rien, dans notre monde corrompu, ne peut donner l’idée des moeurs pures et des nobles sentiments que nous avons rencontrés ici. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1842-1844)
“ Je le tiens du comte Albert de Rudolstadt luimême. Je sais bien que vous allez me dire qu'il est mort pendant qu'on achevait la cérémonie religieuse de votre hyménée; mais je vous répondrai qu'il n'y a pas de mort, que personne, que rien ne meurt, et que l'on peut s'entretenir encore avec ce que le vulgaire appelle les trépassés, quand on connaît leur langage et les secrets de leur vie. ”
Johann Rudolf Wyss,
Le Robinson suisse. 1
(1871)
“ Rudly aurait mieux aimé que le but du tir figurât un sauvage; Frédéric trouvait aussi cela plus guerrier; mais je me hâtai de réprimer ces velléités de gloire militaire, en répétant à mes fils ce que je leur avais déjà plus d'une fois démontré : que la guerre contre les hommes est un fléau, et qu'il devait nous suffire d'être habiles à celle des animaux, tant pour notre-sûreté personnelle qu'afîn de pourvoir à notre existence. Rudly fit merveille : soit adresse, soit hasard, il coupa net une des oreilles du prétendu kangurôo; Frédéric le toucha à la tête, et Ernest au milieu du corps. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ Je sais qu’à cause d’Albert de Rudolstadt, le plus excellent des hommes, comme vous l’avez bien nommé, sa veuve méritait quelque intérêt ; mais ne fussé-je pas la femme d’Albert, ou bien eussé-je été en tout temps indigne de l’être, la zingara Consuelo, la fille sans nom, sans famille et sans patrie, n’a-t-elle pas encore des droits à votre sollicitude paternelle ? Supposez que je sois une grande pécheresse ; n’êtes-vous pas comme le royaume des cieux où la conversion d’un maudit apporte plus de joie que la persévérance de cent élus ? ”
Amédée Achard,
Envers et contre tous
“ Rudiger, haletant, pencha sa tête au-dessus de l’abîme ; son sang, qui coulait en longs filets rouges, enlevait goutte à goutte le reste de vie qui l’animait. Il se souleva sur le coude par un dernier effort. — Va ! dit-il, va, maudit ! et que l’enfer te prenne ! Un voile passa devant ses yeux, et un frisson le fit trembler. Son coude plia. — Ah ! pitié, mon Dieu ! murmura-t-il. Il tomba la face dans l’herbe et ne remua plus. Cependant, la double détonation qui venait de troubler le silence de la nuit, avait tiré Patricio Bempo de son enivrement. ”
Eugène Muller, Curiosités Historiques et Littéraires
“ La noblesse conférant alors à celui qui la possédait la dispense de tout impôt, la somme qu'on exigea de l'anobli fut, dit-on, perçue pour «indemniser la couronne des subsides dont la lignée du nouveau noble allait être affranchie et comme aumône au peuple, qui se trouverait chargé d'autant par cette exemption».415.—André Rudiger, médecin à Leipzig, s'avisa, étant au collège, de faire l'anagramme de son nom en latin; il trouva de la manière la plus exacte, dans Andreas Rudigerus, ces mots: arare rus Dei dignus, qui veulent dire: digne de labourer le champ de Dieu. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1842-1844)
“ La méfiance sied mal aux grandes âmes, reprit le comte ; et c'est parce que madame de Rudolstadt est une grande âme, qu'elle a droit à la protection des véritables serviteurs de Dieu. Voilà donc le seul motif de celle qui vous est offerte. Quant à ses moyens, ils sont immenses, et diffèrent autant par leur puissance et leur moralité de ceux que possèdent les rois et les princes, que la cause de Dieu diffère, par sa sublimité, de celle des despotes et des glorieux de ce monde. ”
J.-L. M., Biographies chrétiennes (1881)
“ Enfin Ruyter goûta un repos durable. Les trois plus belles années de sa vie commençaient pour lui. Il allait les passer au sein de sa famille. Hélas ! la place vide de son Anna se faisait vivement sentir. Comme il aurait joui de l'avoir auprès de lui! Mais là, pas plus que dans les revers des batailles, il ne murmura et ne demanda pourquoi. Il était sûr de l'amour de son Dieu ; il l'adorait dans le don qu'il nous a fait d'un Sauveur, et il courbait humblement la tête en se disant : cc Il pourvoira! confions-nous en lui, faisons le bien. Il ne nous éprouvera jamais au-delà de nos forces. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
“ Vous vous trompez.—Je n'ai pas l'habitude de me tromper, reprit l'homme au manteau avec la même aisance. Le public peut ignorer que la divine Porporina est comtesse de Rudolstadt; mais le comte de Saint-Germain est mieux instruit.—Qui êtes-vous donc, dit Consuelo bouleversée de surprise; n'appartenez-vous pas à la maison de madame la comtesse de Kleist?—Je n'appartiens qu'à moi-même, et ne suis serviteur que de la vérité, reprit l'inconnu. Je viens de dire mon nom; mais je vois qu'il est ignoré de madame de Rudolstadt. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1842-1844)
“ Trismégiste n'est pas ce que l'on croit. Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'est pas le comte de Rudolstadt ; car il y a plusieurs années que je le connais, et qu'il fait, en apparence du moins, le métier de devin. D'ailleurs il n'est pas si semblable au comte de Rudolstadt que tu te le persuades. Supperville, qui est un trop habile médecin pour faire enterrer un homme en léthargie, et qui ne croit pas aux revenants, a constaté des différences que ton trouble ne t'a pas permis de remarquer. ”
Laure Hovine, Conte sous-marin ; Annette et Doric …
“ On étale un riche tapis sur le sol. On fait descendre Papillon de son char. On lui demande : « Veux-tu gouverner le pays de Ruthie ? Il est si beau qu’on n’y voit que châteaux et profondes forêts ; si grand qu’il est le plus grand de la terre. » ”
J.-L. M., Biographies chrétiennes (1881)
“ Ah ! je voudrais être mort ! — Courage! amiral, tout n'est pas encore perdu. Nous ne serons battus que si Dieu le veut, et quant à mourir, nous voulons, n'est-ce pas? attendre avec confiance le moment. » Ils sortirent de la dunette. Deux minutes après, un boulet l'avait balayée. Il semblait que son Père céleste lui eût dit : « Tu vois, mon fils, que je veille sur toi et que tes jours sont en ma main. » — Ce fut alors qu'avec ses sept vaisseaux, Ruyter fit une retraite admirée des marins autant et plus qu'aucune de ses victoires. ”
Madame de Staël,
De l’Allemagne
(1810)
“ La conjuration de Rütli, telle qu’elle est racontée dans l’histoire de Müller, inspire un intérêt prodigieux. Cette vallée paisible où des hommes, paisibles aussi comme elle, se déterminèrent aux plus périlleuses actions que la conscience puisse commander ; le calme dans la délibération, la solennité du serment, l’ardeur dans l’exécution, l’irrévocable qui se fonde sur la volonté de l’homme, tandis qu’au dehors tout peut changer, quel tableau ! ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ M. de Pœlnitz, qui babille volontiers, m’a confié que dernièrement à souper Sa Majesté avait déclaré à ses convives que son amitié pour la belle Porporina avait des causes plus sérieuses qu’une simple amourette. — J’ai fait une chose bien simple, pourtant, répondit madame de Rudolstadt. J’ai usé de l’ascendant que j’avais sur un malheureux fanatique pour l’empêcher d’assassiner le roi. Karl, ce pauvre géant bohémien, que le baron de Trenck avait arraché des mains des recruteurs en même temps que moi, était entré au service du comte Hoditz. Il venait de reconnaître le roi ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ La princesse haussa les épaules. — Décidément, dit-elle, le sort me condamne à n’avoir pour amis que des fous ou des folles. Celle-ci prend mon sorcier pour son mari feu le chanoine de Kleist, celle-là, pour son défunt époux le comte de Rudolstadt ; il est heureux pour moi d’avoir une tête forte, car je le prendrais peut-être pour Trenck, et Dieu sait ce qui en arriverait. Trismégiste est un pauvre sorcier de ne point profiter de toutes ces méprises ! Voyons, Porporina, ne me regardez pas d’un air effaré et consterné, ma toute belle. Reprenez vos esprits. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ Les Rudolstadt sont tous debout, tous vivants et agissants dans le monde selon la volonté de Dieu. Il n’y a sous ces marbres que des ossements, des formes où la vie s’est produite et qu’elle a abandonnées pour revêtir d’autres formes. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ La princesse hésita un instant, puis elle dit d’un air résolu : « Comme il n’y a rien là de surnaturel, je veux savoir si c’est un laquais somnambule ou un page espiègle. Baisse ton voile, Porporina, il ne faut pas qu’on te voie dans ma compagnie. Quant à toi, de Kleist, tu peux te trouver mal si cela t’amuse. Je t’avertis que je ne m’occupe pas de toi. Allons, brave Rudolstadt, toi qui as affronté de pires aventures, suis-moi si tu m’aimes. » Amélie marcha d’un pas assuré vers l’entrée de l’escalier ; Consuelo la suivit sans qu’elle lui permît de tenir le flambeau à sa place ”
“ Il me semble, reprit Albert, que ma tante a remonté bien plus haut dans le passé en nous racontant les hauts faits des Rudolstadt, et je ne sais pas pourquoi l’un de nous, venant par hasard à se rappeler qu’il est Bohême, et non pas Saxon d’origine, qu’il s’appelle Podiebrad, et non pas Rudolstadt, ferait une chose de mauvais goût en parlant d’événements qui n’ont guère plus de cent vingt ans de date. ”
Frédéric Gustave Eichhoff, Tableau de la littérature du Nord au moyen âge… (1853)
“ Ce trait sublime de vertu chevaleresque provoque les larmes de tous ces fiers guerriers. « Ce fut, ajoute le poëte, le dernier don qu'offrit Rudiger au moment de quitter ce monde. » Hagen lui-même, tout farouche qu'il était, le reçut avec une émotion profonde, et jura pour lui et pour Volker de respecter, au plus fort de la lutte, la vie de son généreux ennemi. La mêlée commence acharnée et furieuse. Rudiger veut mourir avec gloire et remplir loyalement sa promesse ; aussi son bras moissonne-t-il les Burgoiides et excite-t-il l'ardeur de ses vassaux, jusqu'au moment où Gernot le provoque. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1842-1844)
“ Toutes ces traditions sont encore vivantes dans le cœur des paysans bohèmes. Ainsi le mystérieux Trismégiste, que nous cherchions, est bien réellement le même Albert Podiebrad, qui fut enterré vivant, il y a vingt-cinq ans, et qui, arraché de la tombe, on n'a jamais su par quel miracle, disparut longtemps et fut persécuté et enfermé, dix ou quinze ans plus tard, comme faussaire, imposteur, et surtout comme franc-maçon et rosecroix; c'est bien ce fameux comte de Rudolstadt, dont l'étrange procès fut étouffé avec soin, et dont l'identité n'a jamais pu être constatée. ”
