Anatole France,
Les dieux ont soif
“ Mais Gamelin, descendant les degrés dans le flot des jurés et des spectateurs, ne voyait rien, n’entendait rien que son acte de justice et d’humanité et les félicitations qu’il se donnait d’avoir reconnu l’innocence. Dans la cour, Élodie, toute blanche, en larmes et souriante, se jeta dans ses bras et y resta pâmée. Et, quand elle eut recouvré la voix, elle lui dit : — Évariste, vous êtes beau, vous êtes bon, vous êtes généreux ! Dans cette salle, le son de votre voix, mâle et douce, me traversait tout entière de ses ondes magnétiques. J’en étais électrisée. Je vous contemplais à votre banc. ”

