André Gide

André Gide

Résumé

Portrait de André Gide André Gide La Symphonie pastorale (1919)

Il ne m’aime pas tant que vous.
— Et toi, Gertrude, tu souffres de le voir partir ?
— Je pense qu’il vaut mieux qu’il parte. Je ne pourrais pas lui répondre.
— Mais, dis : tu souffres, toi, de le voir partir ?
— Vous savez bien que c’est vous que j’aime, pasteur... Oh ! pourquoi retirez-vous votre main ? Je ne vous parlerais pas ainsi si vous n’étiez pas marié. Mais on n’épouse pas une aveugle. Alors pourquoi ne pourrions-nous pas nous aimer ? Dites, pasteur, est-ce que vous trouvez que c’est mal ?
— Le mal n’est jamais dans l’amour.
— Je ne sens rien que de bon dans mon cœur.
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Portrait de André Gide André Gide La Symphonie pastorale (1919)

Chaque être est plus ou moins capable de joie. Chaque être doit tendre à la joie. Le seul sourire de Gertrude m’en apprend plus là-dessus, que mes leçons ne lui enseignent.
Et cette parole du Christ s’est dressée lumineusement devant moi. « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez point de péché. » Le péché, c’est ce qui obscurcit l’âme, c’est ce qui s’oppose à sa joie. Le parfait bonheur de Gertrude, qui rayonne de tout son être, vient de ce qu’elle ne connaît point le péché. Il n’y a en elle que de la clarté, de l’amour.
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Portrait de André Gide André Gide La Symphonie pastorale (1919)

Et de même que l’âme heureuse, par l’irradiation de l’amour, propage le bonheur autour d’elle, tout se fait à l’entour d’Amélie sombre et morose. Amiel écrirait que son âme émet des rayons noirs. Lorsque après une journée de lutte, visites aux pauvres, aux malades, aux affligés, je rentre à la nuit tombée, harassé parfois, le cœur plein d’un exigeant besoin de repos, d’affection, de chaleur, je ne trouve le plus souvent à mon foyer que soucis, récriminations, tiraillements, à quoi mille fois je préférerais le froid, le vent et la pluie du dehors.
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