Bernard Le Bouyer de Fontenelle

Bernard Le Bouyer de Fontenelle

Résumé

Portrait de Bernard Le Bouyer de Fontenelle Bernard Le Bouyer de Fontenelle Entretiens sur la pluralité des mondes

Dites-moi, je vous prie, une chose, dit la Marquise. Ont-ils autant de peur des éclipses dans la lune que nous en avons ici ? Il me paraîtroit tout à fait burlesque que les Indiens de ce pays-là se missent à l’eau comme les nôtres, que les Américains crussent notre terre fâchée contre eux, que les Grecs s’imaginassent que nous fussions ensorcelés, et que nous allassions gâter leurs herbes, et qu’enfin nous leur rendissions la consternation qu’ils causent ici-bas. Je n’en doute nullement, répondis-je. Je voudrois bien savoir pourquoi Messieurs de la lune auroient l’esprit plus fort que nous.
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Portrait de Bernard Le Bouyer de Fontenelle Bernard Le Bouyer de Fontenelle Entretiens sur la pluralité des mondes

Du moins, reprit la Marquise, une commodité fort réelle qu’a notre monde par sa situation, c’est qu’il n’est ni si chaud que celui de Mercure ou de Vénus, ni si froid que celui de Jupiter ou de Saturne. De plus, nous sommes justement dans un endroit de la Terre où nous ne sentons l’excès ni du chaud ni du froid. En vérité si un certain philosophe rendoit grâce à la nature d’être homme et non pas bête, Grec et non pas Barbare, moi je veux lui rendre grâce d’être sur la planète la plus tempérée de l’univers, et dans un des lieux les plus tempérés de cette planète.
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N’avons-nous plus rien à voir dans la lune ? Ce monde-là n’est pas encore épuisé, répondis-je. Vous vous souvenez bien que les deux mouvemens, par lesquels la lune tourne sur elle-même et autour de nous, étant égaux, l’un rend toujours à nos yeux ce que l’autre leur devroit dérober, et qu’ainsi elle nous présente toujours la même face. Il n’y a donc que cette moitié-là qui nous voie ; et comme la lune doit être censée ne tourner point sur son centre à notre égard, cette moitié qui nous voit, nous voit toujours attachés au même endroit du ciel.
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