Louis-Frédéric Choisy 

Résumé

Louis-Frédéric Choisy  Revue des Deux Mondes

Vous êtes fervente, vous êtes religieuse, vous avez une patrie autre encore que Genève ; et cette patrie n’est pas la mienne. Et c’est une patrie vers laquelle on s’achemine ou dont on s’écarte de plus en plus, à mesure qu’on avance dans la vie. Vous vous y acheminez dès la jeunesse et vous continuerez d’y tendre. Je m’en éloigne, ou plutôt je ne m’en éloigne ni ne m’en approche, dans mes idées, puisqu’à mes yeux elle n’est qu’un mirage, une illusion d’optique morale, et qu’elle n’est pas. C’est là un sujet de tristesse pour celui qui aurait aspiré à un accord moral [19] .
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Louis-Frédéric Choisy  Revue des Deux Mondes

Vous êtes pour moi une amitié telle qu’il ne m’en reste aucune qui en approche, et telle que je n’en eusse osé espérer en cette saison aride, une de ces amitiés délicates qui devraient être les seules des dernières années où l’âme a tant de besoin de vivre par elle seule, de revivre et de se raviver, de retrouver, s’il se peut, une innocente fleur.
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Louis-Frédéric Choisy  Revue des Deux Mondes

Cette correspondance est précieuse pour la connaissance de Sainte-Beuve intime ; elle nous révèle chez lui une sensibilité qui l’accompagna jusqu’au seuil de la vieillesse ; Joseph Delorme n’était pas mort en lui. Aux approches de la soixantaine, il a conservé quelque chose des rêves et des désespérances romantiques. En pleine gloire, il est malheureux parce qu’il n’a pas trouvé l’équilibre intérieur. Sentimental, il a pratiqué le vagabondage du cœur et des sens sans jamais se fixer sur une affection ; épris de vie champêtre et paisible, il ne peut prendre sur lui de quitter Paris.
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