Résumé

Portrait de Lucrèce Lucrèce De la nature des choses

Mais tout n’est pas formé que d’éléments sensibles,
Il existe du vide, et cette vérité
Va fixer ton esprit par le doute agité ;
Et, du monde à tes yeux éclairant la science,
Elle m’assure enfin ta pleine confiance.
Il existe du vide, un libre et pur milieu.
Et comment supposer un mouvement sans lieu ?
L’office de tout corps étant la résistance,
La substance tiendrait en échec la substance,
Si les corps ne cédaient à leur choc mutuel ;
Or, de la mer aux monts et de la terre au ciel,
Nous voyons en tous sens s’agiter la matière.
Le vide au mouvement peut seul donner carrière
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Portrait de Lucrèce Lucrèce De la nature des choses

Mais, d’un visage cher, que peut garder l’amant ?
D’impalpables baisers sans corps, frêles fantômes
Dont l’espoir en pleurant jette au vent les atomes !
Parfois, on cherche à boire en songe, et l’eau s’enfuit ;
Rien n’étanche la soif dévorante ; on poursuit
Des fantômes de source où l’on croit qu’on s’abreuve.
Vains efforts ! La soif reste, et l’on brûle en plein fleuve.
Ainsi d’illusions Vénus repaît l’amour,
Sans le rassasier ; et, du tendre contour
Où s’égaraient les yeux en des charmes sans nombre,
Rien ne reste en nos mains qu’un fantôme et qu’une ombre.
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Portrait de Lucrèce Lucrèce De la nature des choses

C’est bien là cependant l’esprit même, le maître
Et le dominateur du corps, le fond de l’être.
Ne faut-il pas d’ailleurs qu’en ce mélange d’air,
De chaleur et de vent qui vit dans notre chair,
L’un des germes domine et sous sa loi commune
Fasse que tout se tienne et que l’âme soit une :
Pour qu’aux fuites de l’air, de la flamme ou du vent
Survive en quelque lieu le sentiment vivant ?
L’âme contient du feu, le feu que la colère
Allume au cœur, le feu dont l’œil sanglant s’éclaire ;
L’âme contient du vent, frisson avant-coureur
Qu’en nos sens ébranlés fait glisser la terreur
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