“ Il n’y a pas de paradis, il n’y a pas d’enfer, il n’y a pas de purgatoire, hors du monde, hors de la nature, hors de la vie. Avec leur enfer, leur purgatoire, leur paradis, toutes leurs craintes et toutes leurs espérances éternelles placées hors de la nature, hors de la vie, les hommes ont fait fausse route. Car ils ont eu deux routes, savoir la réalité, c’est-à-dire la nature et la vie, où il leur fallait bien être et marcher, quoi qu’ils fissent, et cette route du ciel qui, du premier pas, les entraînait hors de la réalité, hors de la nature, hors de la vie. ”
Résumé
Publié en 1840, De l’humanité de Pierre Leroux est un essai philosophique qui examine les bases de l’humanité, la métempsychose et la relation entre l’individu, la nature et Dieu. L’auteur remet en question les visions traditionnelles du ciel et de l’enfer, soutenant que la vie terrestre est la seule réalité.
À travers des méditations sur la communion, l’égoïsme et la spiritualité, Leroux met en avant l’unité de l’existence, qu’elle soit limitée ou infinie. Son ouvrage, influencé par Platon et Leibniz, présente une conception de la vie comme expression de l’éternel, où la nature et la raison s’associent pour un progrès commun.
Citations de De l’humanité (Pierre Leroux)
Pierre Leroux,
De l’humanité
(1840)
“ Nous puisons notre raison en lui, notre amour en lui, la force et la lumière de nos sens en lui. Les uns puisent en lui plus de raison, plus d'amour, plus d'activité que les autres ; mais tous nous ne puisons jamais en lui notre vie que comme de faibles ruisseaux pourraient puiser un peu d'eau à un grand fleuve ou à l'Océan. Quant à l'autre ciel, c'est la vie du monde et des créatures, c'est la vie puisée en Dieu, c'est la vie manifestée ; c'est le temps, c'est l'espace ; c'est le fini, manifestation de l'infini ; le présent, manifestation de l'éternel. ”
Pierre Leroux,
De l’humanité
(1840)
“ Le monde que nous habitons n'est formé que de ruines, et nous ne pouvons y faire un pas sans détruire. Que nous le prenions, ce monde, dans le temps ou dans l'espace, sous ses deux dimensions c'est un réseau de mal, de destruction, et de carnage, si bien tissé et si plein, que cela ressemble à ce tableau de Salvator, où tout tue et est tué en même temps, où hommes, chevaux, et jusqu'à un oiseau qui passe sur le champ de bataille, tout est frappé, tout meurt, sous un ciel pâle, dans un affreux ravin, tandis que le soleil s'éteint tristement à l'horizon. ”
“ La vie présente n’est pas déshéritée de ciel ; et nous sentons que Dieu la porte en son sein, comme il portera la vie future. Au lieu de nous imaginer que nous sommes à présent bien loin de Dieu, mais que d’un seul bond, par la mort, nous entrerons dans son paradis, nous comprenons que nous sommes unis à Dieu dès à présent, et d’une façon, quant à l’essence, toute semblable à celle dont nous serons unis à lui après notre mort, quand nous renaîtrons de nouveau à la vie : la différence seulement sera dans le degré de notre intelligence, de notre amour, et de notre activité. ”
“ Car l’homme est un être fini qui aspire à l’infini. Le fini absolu est pour lui le mal. L’infini est son but ; l’indéfini son droit. Que cet indéfini donc, qui est le progrès, lui soit refusé ; que la famille, la cité, la propriété, soient organisées en vue du fini, et voilà le mal sur la terre ; voilà la nature humaine violée dans son essence ; voilà l’homme esclave, et malheureux parce qu’il est esclave. Je prendrai la famille pour exemple. La famille existe bien essentiellement et par elle-même ; mais la famille n’existe pas indépendamment du genre humain. ”
“ Hors de là, votre charité n’a aucune efficacité quant à la vie et au perfectionnement de la vie. Et la preuve, c’est qu’à mesure que votre charité s’accroît, elle se tourne de plus en plus vers Dieu seul, et de plus en plus vos semblables vous paraissent méprisables. Vous allez au ciel tout seul, et vous laissez en route la compagnie qui arrêterait votre essor. Aussi, tout le monde en convient, la dernière expression du christianisme est de considérer cette vie comme une vallée de larmes, toute créature comme méprisable, et Dieu seul comme digne d’amour. ”
“ Enfin, pour troisième amour, vous me dites de m’aimer moi-même. Or, m’aimer moi-même, c’est m’attacher à la vie, à la nature ; c’est avoir une famille, une patrie, une propriété. M’aimer moi-même, c’est me faire du bien ; c’est fuir le mal pour moi, et pour ceux que j’aime d’un amour particulier, et envers qui j’ai contracté des devoirs particuliers. Donc, si je m’aime, je ne puis aimer mon prochain comme moi-même. ”
“ Vous cesseriez d’être, si, en continuant d’être ou en étant de nouveau, vous n’étiez pas de nouveau dans la nature, dans le relatif, dans la vie, dans l’infini créé, dans le temps, dans l’espace. L’infini créé, manifestation de l’infini être, ou de Dieu, embrasse tout, contient tout, excepté Dieu. L’espace est infini et continu ; le temps est infini et continu. Il n’y a donc qu’une seule vie, qui unit ensemble toutes les créatures ; et la nature se confond avec l’éternité et l’infinité. ”
“ C’est la terre qui, un jour, rejoindra les astres. Ce n’est pas l’homme qui, sans l’humanité et sans la terre, ira dans les astres. L’homme, comme tous les êtres, se manifeste à la vie par une naissance, fruit d’une génération. Quel être du ciel, c’est-à-dire des astres que nos yeux nous montrent dans l’immensité de l’espace, pourrait l’engendrer comme un fruit naturel de son être et de son amour ? ”
Pierre Leroux,
De l’humanité
(1840)
“ Mais ne rien aimer est la mort de notre âme, la mort la plus affreuse, la véritable mort. Ainsi, soit que nous sortions de nous-mêmes pour nous attacher à quelque objet extérieur, soit que nous nous détachions de tous les objets que le monde nous offre à aimer, nous sommes assurés de souffrir. Mais ce n'est pas seulement parce que tous les objets du monde sont changeants et périssables que nous souffrons ; c'est encore parce qu'ils sont si misérablement imparfaits, qu'ils ne sauraient remplir notre soif de bonheur. ”
“ La communication avec l’univers est mon droit. Vous ne pouvez pas absorber l’univers sans m’anéantir. Vous ne pouvez donc pas non plus établir des barrières absolues qui limitent invariablement ma propriété, c’est-à-dire ma communion avec l’univers, sans blesser ma vie, puisque l’univers tout entier est mon objet possible, et que virtuellement l’univers m’appartient, à cause que, par la volonté du créateur, il est l’objet dont je suis le sujet. De là une première forme du mal, la forme relative à l’opprimé, c’est-à-dire la privation, la souffrance, l’esclavage. ”
“ On met Dieu bien loin de la terre, bien loin de nous. Mais Dieu pourtant est partout, Dieu est en nous à tous les moments de notre existence ; car nous ne pouvons pas vivre sans lui, et nous vivons en lui : in Deo vivimus, et movemur, et sumus, comme dit S Paul. Donc le ciel existe doublement, pour ainsi dire, en ce sens qu’il est et se manifeste. Invisible, il est l’infini, il est Dieu. Visible, il est le fini, il est la vie par Dieu au sein de chaque créature. L’invisible devient visible sans cesser d’être l’invisible. L’infini se réalise sans cesser d’être l’infini. ”
“ L’homme n’existe pas plus dans le fini resserré et absolument limité que dans l’infini. Il a besoin du fini et de l’infini, comme il a besoin de la terre qui est sous ses pieds et du ciel qui est sur sa tête. Il est si vrai que l’homme a besoin de famille, de patrie, de propriété, que l’homme individuel, dans une autre hypothèse, n’a plus même de nom. ”
Pierre Leroux,
De l’humanité
(1840)
“ L'être, ou l'âme, est éternel de sa nature. L'être, ou l'âme, est infini de sa nature. L'être, ou l'âme, est permanent et toujours le même de sa nature. L'être, ou l'âme, est un de sa nature. L'être, ou l'âme, est Dieu de sa nature. Ce qui n'est pas Dieu, ce qui n'est pas un, ce qui n'est pas permanent et toujours le même, ce qui n'est pas infini, ce qui n'est pas éternel, c'est cet être, on cette âme, uni à la matière, que Platon appelle l'autre, par opposition avec l'être lui-même, qu'il appelle, à cause de son unité, de son identité, et de sa permanence, le même. ”
Pierre Leroux,
De l’humanité
(1840)
“ L'égoïsme cesse véritablement d'être l'égoïsme, pour devenir la liberté. Cet égoïsme, ou cette liberté, fonde le droit ; et le droit se trouve précisément être la charité. Ainsi la charité devient la liberté même. Donc, nulle division, nul abîme infranchissable entre le moi, ou la liberté humaine, et le semblable, ou la charité humaine. On peut s'aimer soi-même et les autres ; car on s'aime dans les autres, et on aime les autres en soi. Et s'aimer ainsi, c'est aimer Dieu ; c'est aimer Dieu, comme dit le Christ, par-dessus toute chose. ”
Pierre Leroux,
De l’humanité
(1840)
“ Il a été providentiel que l'humanité se fixât pendant plusieurs siècles à cette croyance ; mais cette croyance n'est qu'un mythe, qui, comme tous les mythes, cache une vérité. Le mal, comme nous venons de le dire, est nécessaire ; c'est lui, pour ainsi dire, qui nous a créés ; c'est lui qui a fait notre personnalité ; sans lui notre conscience n'existerait pas. Mais la conclusion est aussi que le mal devient de moins en moins nécessaire, si nous savons créer en nous une force vive qui nous permette d'agir et de perfectionner la vie humaine et le monde, sans avoir besoin de l'aiguillon du mal. ”
Pierre Leroux,
De l’humanité
(1840)
“ Celui qui ne sait jamais dominer sa colère semble un lion qui mugit. Le poltron qui tremble devant son ombre rappelle la nature du cerf. La vie perdue dans la torpeur et la stupidité nous rapproche de l'âne. Quelle différence y a-t-il entre l'homme léger qui ne s'attache à rien et vit dans une perpétuelle inconstance, et un oiseau ? Croupir dans la fange de passions immondes, n'est-ce pas se ravalera la volupté des pourceaux ? Ainsi, en définitive, quiconque, abandonnant la vertu, cesse par là d'être homme, ne pouvant certes par là passer à la nature divine, se change par là même en bête. ”
“ Mais un état ne peut exister sans qu’il y ait des chefs et de simples citoyens. Ce qui a conduit l’homme à vouloir une patrie, ce qui lui en fait un besoin, c’est de se sentir dans d’autres hommes, de retrouver son moi dans ceux qui avec lui constituent la patrie. Que ceux donc qui ont plus énergiquement en eux ce sentiment constitutif de la cité deviennent despotes, et tous les autres hommes engagés dans la cité seront esclaves. Ainsi revient encore ici la dualité du bien et du mal, de la paix et de la guerre, de la liberté et de l’esclavage. Enfin il en est encore de même de la propriété. ”
“ Devant la vie future progressive au sein d’un infini, d’un éternel toujours présent, ces deux chimères s’évanouissent. Ne vous cherchez pas de vie absolue ; ne vous cherchez pas de ciel hors de l’infini créé, c’est-à-dire hors du temps et de l’espace. Hors de l’infini créé, il n’y a d’existence absolue que la vie infinie de Dieu, de l’être existant éternellement par lui-même. Et quant à la vie continuée dans l’infini créé, ne la rêvez pas comme différente par essence de votre vie présente. ”
“ Mais, il y a plus : je dis que cet amour des hommes ne pouvait pas être un amour réel des hommes, mais une espèce de violence pour les faire sortir de la condition humaine, et les entraîner dans la même abnégation et dans le même ascétisme où l’on était soi-même plongé. Le monde alors était un affreux chaos, où toutes les races d’hommes se déchiraient entre elles, où tous les hommes se déchiraient entre eux. Aimer les hommes, c’eût été espérer pouvoir quelque chose pour leur salut, sans les faire sortir de la nature et de la vie. ”
Pierre Leroux,
De l’humanité
(1840)
“ Ce qui est donc véritablement en nous, ce n'est pas l'être modifié par le plaisir ou la douleur, c'est l'être qui sort de cette modification. Émersion d'un état antérieur, et immersion dans un état futur, voilà notre vie. L'état permanent de notre être est donc l'aspiration. Or la multitude des hommes, qui n'a pas réfléchi à cela, accomplit ses phases de changement et de transformation sans en avoir conscience. Elle cherche le bonheur sans jamais le rencontrer ; mais, en cherchant le bonheur, elle remplit sa fin, qui est, non pas d'être heureuse, mais d'avancer. ”
“ Le mal est plus grand encore dans cette négation d’un amour réel appliqué aux autres ; car non seulement vous vous anéantissez vous-même, mais vous anéantissez autant qu’il est en vous les autres. Vous êtes fait, dites-vous, pour Dieu uniquement : que vous importent donc vos semblables ! Vainement vous dites que vous n’aimerez, à la vérité, que Dieu, mais que pourtant, en vue de Dieu, vous agirez avec les créatures comme si vous les aimiez. Vous ne les aimerez pas comme elles doivent être aimées. ”
“ Si donc la France, après avoir ouvert la route du rationalisme solitaire, ou de la psychologie, par Descartes, s’en est retirée, pour en prendre une autre, cela est un bonheur pour l’humanité. Il fallait que la recherche sur la nature abstraite de l’esprit humain fût continuée, sans doute ; aussi l’a-t-elle été par d’autres peuples. Mais il fallait aussi qu’une carrière nouvelle fût tentée ; il fallait que la nature véritable de l’homme, non pas à l’état psychologique, à l’état virtuel et potentiel, mais à l’état de nature, à l’état de vie et d’existence, fût signalée. ”
“ Vous ne voulez ni famille, ni patrie, ni propriété : mais ne voyez-vous pas que c’est anéantir l’homme, et jusqu’au nom de l’homme ? Vous ne voulez pas de famille : donc plus de mariage, plus d’amour stable ; donc plus de père, plus de fils, plus de frères. Vous voilà sans relation avec aucun être dans le temps, et sous ce rapport déjà vous n’avez plus de nom. Vous ne voulez pas de patrie : vous voilà donc seul au milieu du milliard d’hommes qui peuplent aujourd’hui la terre ”
“ Dans le sommeil, dis-je, nos perceptions s’élaborent au point de devenir une force potentielle de notre être, et en ce sens notre être lui-même. C’est ainsi que le sommeil nous régénère, et que nous sortons plus vivants et plus forts du sommeil, avec un certain oubli. Eh bien, dans la mort, qui est un plus grand oubli, il semble que notre vie se digère et s’élabore, de manière que, tout en s’effaçant sous sa forme phénoménale, elle se transforme en nous, et augmente, en passant à l’état latent, la force potentielle de notre être. ”
“ Notre foi est que le premier ciel, le souverain ciel, ou Dieu, l’invisible, l’éternel, l’infini, se manifeste de plus en plus dans les créations qui se succèdent, et qu’ajoutant création à création, dans le but d’élever de plus en plus à lui les créatures, il s’ensuit que des créatures de plus en plus parfaites sortent de son sein à mesure que la vie succède à la vie. C’est ainsi que, sur notre globe, l’humanité a succédé à l’animalité. L’homme, a dit Goethe, est un premier entretien de la nature et de Dieu. ”
Pierre Leroux,
De l’humanité
(1840)
“ L'homme est bien forcé d'accepter la vie présente telle qu'elle est : le sage cherche à la passer avec le moindre tourment possible ; l'insensé la gaspille et la dévore. Alors viennent ces époques, si marquées dans l'histoire, de passions raffinées, de volupté frénétique et de mélancolie profonde, d'incrédulité et de superstition. Alors aussi vient Épicure, sous ce nom ou sous d'autres noms, qui calme l'ardeur insatiable de bonheur dont les hommes sont enfiévrés, qui les console, qui les sauve de la folie, et qui les éloigne autant qu'il peut, par la volupté même, de la fausse volupté. ”
“ Et le ciel ne se voit pas ; Dieu ne se voit pas. Il est l’infini : donc il n’est contenu en aucun lieu. Il est l’éternel : donc il n’est contenu en aucun temps. Mais, pour n’être contenu en aucun lieu et en aucun temps, il n’en est pas moins en tout lieu et en tout temps, en tout point de l’espace et de la durée ; et il est l’infini et l’éternel dans chaque point de l’espace et de la durée. Ainsi le ciel, qui comprend tout, est aussi dans tout. Il se manifeste dans tout. ”
“ Après avoir tout désuni, tout séparé, tout abstrait, après avoir réduit l’homme à la sensation, au pur fini, et nié sa solidarité avec le genre humain, après avoir nié jusqu’à l’être infini qui relie entre eux tous les êtres particuliers, voilà, au bout de leurs raisonnements, les philosophes de la sensation et de l’égoïsme qui prêchent à l’homme ainsi individualisé la vertu et l’union avec tous les hommes ! ”
Pierre Leroux,
De l’humanité
(1840)
“ Le bonheur le plus ardemment désiré, quand il est obtenu, effraie l'âme de son insuffisance. Notre coeur est semblable au tonneau des Danaïdes, que rien ne pouvait remplir. En nous donc, autour de nous, tout est combat, tout est lutte. Si nous considérons le monde, nous y voyons tout en guerre : les espèces se dévorent, les éléments luttent ensemble ; la société humaine est à bien des égards une lutte continuelle et une guerre. Combien de philosophes ont trouvé que le plus cruel ennemi de l'homme était l'homme ! ”
“ Dans le christianisme, c’était l’église, vivant hors de la nature, qui s’était chargée du soin d’organiser la charité. La société temporelle avait pour principe l’égoïsme. De là un dualisme qui a rempli l’histoire. Au contraire, avec le principe de la charité compris comme nous le comprenons, c’est-à-dire avec le principe de la solidarité mutuelle, la société temporelle est investie du soin d’organiser la charité, parce que la charité au fond c’est l’égoïsme. Donc, la société temporelle, qui jusqu’à présent n’avait pas de principe religieux, en a un. L’église peut cesser d’exister. ”
“ L’amour, l’amitié, la haine, toutes nos passions, n’ont pas une existence véritable, une existence d’être ; et pourtant nous n’existons que par elles. Comment ces passions, qui n’existent réellement pas, sont-elles néanmoins cause de notre vie, et notre vie même ? C’est qu’elles sont en nous ; et, de plus, c’est qu’elles y sont de deux façons, subjectivement et objectivement. Il en est de même de l’humanité, qui est à la fois dans le moi et dans le semblable, et qui relie ainsi par l’identité le moi au semblable. ”
“ Le ciel absolu, le ciel éternel et infini, le ciel invisible, comme l’appelle Socrate, le souverain ciel en un mot, ou Dieu, devient donc le guide de notre vie présente ; et il nous apparaît en même temps comme le lien entre notre vie présente et notre vie future. Car, désirant plus d’infini dans la vie future, nous comprenons comment nous pourrons y parvenir, étant déjà, tout finis que nous sommes, participants de l’infini dans la vie actuelle. En Dieu nous sentons par avance notre vie future ; car l’objet de notre vie future est déjà l’objet de notre vie présente. ”
“ D’être véritable, je ne vois que les hommes, les individus, les êtres particuliers ; je ne vois rien qui ait vie, sentiment, conscience, intelligence, responsabilité, dans cet être abstrait que conçoit mon esprit ! Qu’est-ce donc, encore une fois, que l’humanité ? Je dis que c’est l’homme. C’est l’homme-humanité ; c’est-à-dire, c’est l’homme, ou chaque homme, dans son développement infini, dans sa virtualité qui le rend capable d’embrasser la vie entière de l’humanité, et de réaliser en lui cette vie. ”
