“ Madeleine marchait à l’aise dans cette fournaise ardente ; elle laissait voluptueusement le soleil mordre son cou et ses bras nus ; un peu pâle, le front couvert de petites gouttes de sueur, elle s’abandonnait aux caresses de l’astre. Cela, disait-elle, lui donnait de nouvelles forces quand elle était lasse ; elle se sentait mieux vivre sous le poids écrasant du ciel en flammes, que ses fortes épaules portaient légèrement. Mais Guillaume souffrait beaucoup de la chaleur ; lorsqu’elle le voyait haleter, elle l’entraînait de nouveau dans l’allée ombreuse, au bord du ruisseau clair et froid. ”
Citations sur “Madeleine Férat”
“ Le visage de Madeleine était adorable sous l’ombrelle ; il avait une pâleur tendre, avec des ombres d’un gris argenté ; autour de la bouche, des lueurs roses couraient, et il y avait là, au coin des lèvres, du côté de Guillaume, un petit réseau de veines bleuâtres d’une telle délicatesse qu’il prenait à ce dernier des envies folles de poser un baiser à cette place. Il était timide, il hésita jusqu’au haut de la montée. Là, en voyant tout d’un coup le plateau s’étendre devant eux, il sembla aux jeunes gens qu’ils n’étaient plus cachés. ”
“ Férat goûta une grande joie à ne pas retrouver d’abord sa forte nature dans Madeleine ; il put ainsi s’imaginer qu’elle lui venait tout entière de celle qui n’était plus. Quand il la faisait sauter sur ses genoux, il lui prenait la folle pensée que sa femme était morte pour redevenir enfant, pour qu’il l’aimât d’une tendresse nouvelle. Jusqu’à l’âge de deux ans, Madeleine resta chétive. Elle était toujours entre la vie et la mort. Née d’une mourante, elle avait dans les yeux une ombre vague que le sourire éclairait rarement. Son père l’aimait davantage pour les maux qu’elle souffrait. ”
