“Nous ne voulons pas, disent-ils, une liberté illimitée, mais nous voulons être libres autant que cela est possible ; et si nous défendons le gouvernement représentatif, c'est qu'il est, après le gouvernement républicain, le seul qui s'accorde avec la raison et la justice.”
“L'Italie en général continue à être féconde en prodiges ; il est vrai qu'il ne s'en fait plus en Grèce; mais on assure que, depuis que les Grecs se sont avisés de penser que Dieu n'avait pu choisir un prince mahométan pour gouverner des chrétiens, on assure, dis-je, que depuis que l'on raisonne en Grèce, les miracles deviennent chaque jour plus fréquens en Turquie; de sorte qu'il ne faut pas désespérer de voir le grand-seigneur devenir catholique, les janissaires se faire capucins ou jésuites; et qui sait s'il ne prendra pas envie quelque jour aux pirates d'Alger de se faire missionnaires?”
“S'il a un peu de coeur, et s'il est innocent, rien que le soupçon qui pèse sur lui est un poids terrible ; il cherche par tous les moyens à établir ses comptes pour montrer qu'il n'a pas volé, et jusqu'à ce que toute l'affaire soit claire comme eau de roche, il ne dort pas tranquille, il ne s'occupe que de cela, il ne rêve que réhabilitation. Un honnête homme tient plus à son honneur qu'à sa vie, et à plus forte raison qu'à des écus ; ces écus feraient-ils des millions.”
“Vous avouez que les rois sont gouvernés par leurs ministres ; or, il est incontestable que, presque toujours, les ministres sont eux-mêmes gouvernés par leurs femmes; celles-ci sont sous l'influence de leurs amans; ces derniers enfin sont gouvernés par des courtisanes, et les courtisanes sont à la dévotion de tout homme qui possède un peu d'or : ne voilà-t-il pas un peuple bien gouverné?...”
“Il est évident que nos ancêtres avaient beaucoup plus d'esprit que nous, et nous ne saurions mieux faire que d'imiter des gens si sages, de pieux patriarches qui ne soupçonnaient seulement pas le gouvernement représentatif, auquel vous feriez bien vous-mêmes de ne plus penser.”
“Eh bien ! le banquier c'est la France, l'Etat, le Trésor, tout ce que vous voudrez ; les citoyens sont les clients ; ils sont même plus, ils sont les actionnaires ; c'est leur argent qu'on manipule, dont on use pour les en faire bénéficier enquelque chose. Le caissier de cette banque, c'est l'homme qui a la haute main sur tout cela, qu'il s'appelle directeur ou président; gérant ou ministre, Pierre ou Paul, Jean Bonhomme ou Gambetta. Il est responsable. Les comptes doivent être justes, exacts, prouvés. Si la caisse s'envole, on le soupçonne”
“A les entendre, nous sommes le peuple souverain. C'est nous qui faisons la loi ; c'est nous qui commandons, qui nommons, changeons, cassons, brisons tout - 7 - ce qui n'est pas à notre guise. Avec un bulletin de vote, il paraît que nous avons le droit de tout faire. Je ne m'en étais jamais douté ; voilà tantôt trente ans que je vote, et ma foi ! je crois qu'on ne m'écoute guère. Car si on m'avait écouté, nous n'aurions eu ni Gambetta pour faire la guerre sans y rien connaître, ni Jules Simon pour brosser la manche de Gambetta, ni bien d'autres de la même trempe.”
“En Turquie, par exemple, le grand-seigneur peut, chaque jour, faire abattre quatorze têtes sans être obligé de dire pourquoi ; seulement, lorsqu'il lui prend la fantaisie d'en faire tomber un plus grand nombre , ce qui arrive souvent, il ne manque pas de dire qu'il en a agi ainsi parce que tel a été son bon plaisir, et le peuple turc est trop juste et trop raisonnable pour trouver mauvais que son souverain prenne son plaisir où il le trouve.”
“Ces gens-là, c'est nous ; nous ne sommes ni des lâches, ni des coquins, et si nous sommes de la campagne, il y a dans les villes pas mal d'ouvriers qui pensent comme nous, qu'en travaillant tout tranquillement, qu'en gagnant son pain chaque jour, on n'est ni moins brave, ni surtout moins honnête que tous les braillards du café Procope et autres.”
“Voyez pourtant ce que c'est que de défendre une mauvaise cause! on est amené à forger des argumens contre soi-même; car, s'il en est ainsi, c'està-dire si, si en fait de gouvernement absolu , vous reconnaissez que le point de départ est dans la volonté de la dernière classe du peuple, de quoi vous plaignez-vous ? Mais, diront les libéraux, car ces gens-là ont toujours quelque chose à dire, vous ne pouvez nier que, sous un souverain absolu, les abus soient mille fois plus nombreux et plus crians que sous toute autre espèce de gouvernement : par exemple, cette loi absurde du droit d'aînesse.”
“C'est la richesse de 2.500 propriétaires, c'est l'avoir de 25.000 petits cultivateurs. Eh bien! certaines gens ont su, outre bien d'autres choses, dépenser 243.000.000 de francs sans laisser de traces de leur emploi, l'as de quittances, pas de preuves. Diantre ! si un caissier ou un comptable se trouvait dans la position de ne pouvoir fournir la preuve, la justification seulement de 2.430 francs (mille fois moins) , on mettrait en doute sa probité, on crierait au détournement ; on le livrerait à la justice. Et voilà 243 millions, qui appartiennent au vrai peuple, ceux-là”
“Parmi les députés — au nombre de 533 —■ la plus grande partie avait promis de donner au maréchal un concours loyal.. Ils avaient raison, parce qu'en France quoi qu'on en dise, on n'aime pas à changer. Il y a bien quelques turbulents qui trouvent des partisans, et qui profitent d'un mauvais moment pour bousculer ceux qui sont en place et s'y mettre ; mais la masse reste tranquille, si tranquille que souvent elle vote pour ce qui existe par peur d'un nouveau changement.”
“Un roi absolu peut, d'ailleurs , mourir quand il lui plaît; son héritier monte aussitôt sur le trône, sans qu'il soit besoin que le peuple s'agite et se donne des soins pour lui élire un successeur; et cette tranquillité , cette impassibilité ne laisse pas d'avoir son prix.”
“Est-ce qu'on n'a pas condamné un appelé Courbet à payer les frais de reconstruction de la colonne Vendôme? Est-ce qu'on n'a pas déjà bien des fois fait main basse sur les biens des gens qu'on voulait faire payer?”
“En remontant des effets aux causes, on trouve que s'il arrive quelque catastrophe dans un pays gouverné par un roi absolu , c'est toujours la faute des sujets et jamais celle du prince. Si le saint roi David fit tuer son général Uri, nous trouvons, en remontant à la cause de ce meurtre, que c'était parce qu'Uri avait une jolie femme. Dieu , pour punir ce crime , envoya la peste à son peuple ; ce fléau tua quarante mille hommes, et David continua à se bien porter, ce qui prouve que ce n'était pas la faute du saint roi si Uri avait une jolie femme”
“Si tous ceux-là ne vont pas au scrutin, les autres y courent ou s'y laissent conduire, si bien qu'en vidant les urnes on ne sait pas le plus souvent ce que pensent les braves citoyens, et l'on n'est pas bien sûr de ce que veulent les autres parce qu'on connaît toutes lesficelles qui les ont mis en mouvement.”
“Il y a d'abord des républicains qui ont de l'argent ; il y en a même qui n'avaient pas le sou avant la guerre et qui ont des millions aujourd'hui. Est-ce qu'on ne pourrait pas regarder un peu d'où cet argent leur est venu ? Ce serait peut-être légèrement indiscret; mais la justice fait la même chose tous les jours. Supposons que moi, Jean Bonhomme, qui ne suis guère plus riche que ne l'était.”
“S'il y a très-long-temps qu'il ne s'en fait plus en Angleterre, c'est que les habitans de ce pays ont toujours eu dans l'esprit une certaine tendance à la liberté , et qu'ils ont été les premiers à établir le gouvernement représentatif. A Naples, les miracles sont aujourd'hui plus fréquens que jamais.”
“Je soutiens pourtant que non seulement ce serait faire justice, mais que ce serait encore une oeuvre pie ; car il est évident que les libéraux sont des hérétiques, et les hérétiques étant les ennemis de Dieu, on ne saurait mieux le servir qu'en les exterminant.”
“Il est une position dont les libéraux se sont emparés , et qu'ils croient inexpugnable , c'est l'histoire. Si le gouvernement absolu est le meilleur , disent-ils, c'est donc parce qu'il est le plus juste, le plus humain...”
“Les Turcs, dont nous ne prisons pas assez la sagesse , n'ont qu'un souverain, et on ne voit pas que l'envie leur ait jamais pris de s'en donner plusieurs : ils pensent que si, au lieu d'un maître , ils en avaient trois, ainsi que cela existe dans quelques républiques, et que chacun des trois eût autant de pouvoir que l'unique souverain qu'ils possèdent”
“Le roi Jean, comme on voit, était prévoyant, il avait une cheville pour chaque trou. Je sais bien que les libéraux ne manqueront pas 18 de me demander comment il pourrait se faire que des gens à qui on aurait coupé la langue blasphémassent encore. A cela le roi Jean n'eût pas manqué de répondre : Pourquoi un homme sans langue ne blasphémerait-il pas? Balaam avait bien un âne qui prophétisait ! En effet, l'un n'est pas plus extraordinaire que l'autre. Ce que c'est que d'avoir la foi !... et combien sont coupables les impies, les réprouvés, les libéraux enfin !”
“Une nation est gouvernée par un seul chef; 23 supposons un instant, et accordons aux libéraux que ce chef soit barbare et cruel; ne vaut-il pas mieux avoir affaire à un méchant homme qu'à trente ? Les libéraux prétendent que les souverains absolus sont des monstres , et au lieu d'un souverain par nation, ils en voudraient dix, cent, mille.... N'est-il pas évident que, d'après leur raisonnement, les libéraux voudraient augmenter le nombre des méchans ? Si un roi absolu est bon, gardons-le bien , car c'est chose précieuse”
“CHAQUE jour, à chaque instant, j'entends autour de moi parler de liberté : " Nous voulons » être libres, nous devons l'être ; la liberté est le « premier et le plus grand de tous les biens; » l'homme est né libre , etc., etc. » Telles sont les niaiseries que répètent sans cesse ces libéraux dont le monde pullule ; car le libéralisme est une maladie contagieuse, et cette épidémie menace de faire les plus grands ravages si l'on n'y apporte”
“Ces bonnes gens sont d'ailleurs persuadés qu'on n'a pas besoin des sciences et des arts pour vivre. Au reste , je dois à la vérité de reconnaître que cette manière de voir commence fort heureusement à trouver chez nous des partisans ; et je remarque avec plaisir que, depuis quelque temps, les ignorans sont les gens qui vivent le mieux.”
“Enfin, si un roi absolu est méchant, gardonsle bien , car dans ce cas , je le répète, un est préférable à dix : il n'est qu'heur et malheur en ce monde, et nous devons craindre de tomber de fièvre en chaud mal.”
“Cette loi, répondrons-nous, est sans contredit la plus sage qui soit émanée d'un législateur ; d'abord elle peuple les couvents , ce qui est très-utile à la société; ensuite elle empêche les propriétés de se diviser à l'infini ; les propriétés n'étant plus divisées, il s'ensuit que les riches propriétaires sont en plus grand nombre”
“Les empereurs de la Chine sont des souverains absolus, et cependant l'empire chinois est le plus ancien de la terre. Il est vrai que les sciences est les arts n'y font pas de progrès, et que, depuis un grand nombre de siècles , les usages , les moeurs et les connaissances sont in statu quo”