Résumé

A. Suarès Revue des Deux Mondes

Le dur ennui pèse sur l’âme du Nord, quand elle doute ou qu’elle nie. Il n’est point de parfait sceptique : la sensation ne doute pas ; sentir, sur le moment, c’est croire. On ne doute qu’ensuite : l’heureux railleur du Midi ne souffre point de la contradiction ; car, tandis qu’il sent, il jouit. Le Nord, soufflant contre l’enclume, le lourd marteau au poing, se forge des rêves. Il donne moins aux sensations qu’à l’esprit. Il ne sort d’une prison que pour entrer dans une autre. Il lui faut ajouter foi aux raisons qu’il invente. L’esprit n’est tout libre que s’il entreprend contre la vie.
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A. Suarès Revue des Deux Mondes

Il se laisse épuiser, il ne veut point tarir ses sources lui-même. Cette sécheresse lui fait horreur. Le parti pris de Tolstoï n’est pas moins beau que celui de Pascal : mais il n’est pas si rare. Tolstoï ne connaît point un abîme si profond, et il ne revient pas de si loin en dépit de la différence des temps. Son néant n’est qu’un des cercles de la spirale, où l’infini néant de Pascal se décrit ; et Pascal n’eût jamais comblé le sien de ce qui le comble. Le dieu de Tolstoï n’est, après tout, qu’un être de raison, et que le cœur suscite à la raison.
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A. Suarès Revue des Deux Mondes

Je ne dis rien de l’objet de la foi ; l’objet y importe beaucoup moins que la foi même. L’essentiel est que vous ne vous passiez point de foi, et qu’enfin vous y pensiez. Sans la foi, qui oblige le cœur, il faut perdre la vie ou la raison : on ne peut les borner à la prison de la pourriture charnelle. Il est insupportable de voir cette foule d’hommes s’accoutumer à ne rien être qu’un peu de chair qui pourrit sur pied : je l’entends tout ensemble des dévots sans cœur, et des athées sans âme ; ils ne diffèrent pas plus qu’ils ne se ressemblent. Qu’y a-t-il où la foi n’est point ?
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