“ Toute la physique d’Épicure, dont Lucrèce est le chaleureux interprète, ne semble avoir été inventée que pour anéantir dans l’homme la croyance à l’intervention redoutable des dieux dans le monde et les affaires humaines. Il n’a point prétendu, comme on l’a dit, enlever aux hommes toute espèce de frein moral, mais leur procurer la tranquillité promise par la doctrine et les défendre contre les frayeurs insensées qui dans l’antiquité troublaient la vie. Le paganisme, on le sait, offrait aux âmes peu de consolations et d’espérances, et paraissait n’être qu’un immense instrument de terreur. ”
C. Martha
Résumé
Le Poète Lucrèce de C. Martha explore la figure du poète et philosophe romain à travers le prisme de l’épicurisme, confrontant ses doctrines à la superstition et aux croyances religieuses. L’œuvre souligne la tension entre la quête de sérénité morale et les terribles frayeurs de l’antiquité, tout en mettant en lumière l’amertume et la tristesse sous-jacentes chez Lucrèce, malgré ses prises de position contre les dieux.
En analysant ses vers et son combat contre les illusions humaines, Martha révèle une lutte intérieure entre la raison et l’émotion, illustrant ainsi la complexité du génie poétique et philosophique.
Citations de Le Poète Lucrèce (C. Martha)
“ A en croire Lucrèce, la crainte d’une autre vie, loin de retenir les hommes, leur fait commettre tous les crimes. Comme on leur dit que dans les enfers ils ne trouveront que la Pauvreté et l’Ignominie et tous ces spectres odieux que la superstition donne pour cortège à la Mort, ils se hâtent, dans cette vie, de s’emparer des richesses et des honneurs, pour n’avoir pas à souffrir d’avance dans ce monde tous les maux qui leur sont assurés dans l’autre. Singulier raisonnement que nous laissons à Lucrèce, mais qui montre du moins que le poète croyait défendre les intérêts de la morale ! ”
“ Qu’il s’agisse de puissance ou de plaisir, le poète semble rencontrer partout les bornes des choses et s’y heurter avec douleur. L’éternelle passion qui anime ses vers, leur accent tragique, ce mélange de terreur et de pitié qui est le caractère de son éloquence, font penser que son cœur n’était pas entièrement pacifié par la philosophie, et donnent quelque crédit à la tradition qui nous parle de folie et de suicide. La meilleure réfutation de l’épicurisme est dans la tristesse de son grand poète. Faut-il l’attribuer au caractère de l’homme ou aux principes de la doctrine? ”
