Auteur :Pierre Villet

Résumé

Auteur :Pierre Villet Revue des Deux Mondes

Tandis que le conservatisme politique et religieux de Montaigne était regardé le plus souvent en France comme une addition postiche à son scepticisme, comme une abdication de ses principes, une intolérable contradiction de ses propres théories, voire comme une supercherie, on a estimé souvent en Angleterre qu’il en formait le complément naturel. La tradition est le fait devant lequel la raison sceptique ne peut que s’incliner, qu’elle est sans force pour attaquer, puisqu’elle n’a pas foi en ses propres constructions.
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Auteur :Pierre Villet Revue des Deux Mondes

Si pourtant nous voulons serrer les faits de plus près, et nous demander ce que les Anglais ont principalement goûté chez Montaigne, interrogeons les écrivains qui viennent de déposer en sa faveur sur les raisons de leur préférence. Presque tous ceux qui s’expliquent à ce sujet nous diront avec Emerson que ce qu’ils goûtent surtout en Montaigne c’est sa franchise, sa sincérité, sa manière directe, si je puis dire, d’aller au réel et de le représenter, ce qu’on pourrait appeler son sens des réalités concrètes. Il nous met en relation immédiate avec les choses, il en donne la sensation.
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Auteur :Pierre Villet Revue des Deux Mondes

Nous ne pouvons affirmer qu’une chose : que Shakspeare a lu Montaigne, et qu’il s’en est inspiré au moins une fois, et supposer que son génie a su tirer profit de la rencontre d’un pareil moraliste.
Quelle que soit l’étendue de sa dette, Shakspeare, comme Marston et Webster, a dû demander à Montaigne moins des leçons pour lui-même que des suggestions pour son art. Ils ne paraissent pas avoir enrichi leur propre personnalité avec les idées qu’ils empruntaient aux Essais, mais plutôt avoir enrichi la personnalité de leurs héros.
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