Résumé

E. Caro Joseph Joubert et ses pensées

Y a-t-il un rôle plus enviable et plus attachant pour une femme d’élite que celui que Mme de Beaumont a rempli auprès de Joubert, conscience littéraire, autorité adorée, encourageant la timidité de sa pensée à sortir d’elle-même, excitant les secrètes langueurs, contraignant l’esprit à produire ce qu’il peut, le talent à montrer ce qu’il vaut, le récompensant d’un mot, d’un sourire, d’un silence ému, d’un de ces suffrages inestimables qui n’ont de prix que par la supériorité de l’âme d’où ils viennent et par la délicatesse de celle qui les reçoit ?
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E. Caro Joseph Joubert et ses pensées

Le triomphe de Joubert est là, c’est par là qu’il est vraiment écrivain original et créateur dans notre langue ; il parvient à exprimer ce qui semble déjouer l’effort de la parole, à renfermer l’immatériel dans des sons, dans ce qu’il appelait de l’air sonore, de l’air lancé, vibré, configuré, articulé. Composer son style d’idée pure, le vider de matière, faire ressembler autant que possible les mots aux idées et les idées aux choses, c’était l’effort, c’était le rêve de Joubert. Il y réussit parfois d’une façon qui tient du miracle.
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E. Caro Joseph Joubert et ses pensées

Il y aura bien de la grâce encore dans ces lettres, le charme primitif n’y est plus ; il y a plus de galanterie de manières et de ton, on n’y sent plus cette émotion secrète et communicative, cette vivacité douce, intarissable, où se marque la consécration intérieure d’une âme à une âme choisie entre toutes. C’est le même style pourtant, la même perfection, la même subtilité exquise : rien n’y fait, Mme de Vintimille a pu s’y tromper ; le lecteur qui compare avec sang-froid jugera qu’elle n’est pas aimée comme l’a été Mme de Beaumont.
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