Florentine de Launay

Résumé

Florentine de Launay Étrennes aux grisettes (1790)

Ah ! monsieur le maire, comme tout change avec le temps ! Cette loi admirable sommeille aujourd’hui dans la plus effrayante léthargie ; la lubricité s’est tellement propagée de nos jours, qu’il n’est pas une rue, pas même une seule maison où, sous le titre apparent de fille honnête, il ne soit possible de compter au moins une grisette la plus dépravée : cette branche de commerce jadis si florissante et si lucrative pour l’exposante, semble, s’il est permis de s’exprimer ainsi, aujourd’hui tombée en désuétude par le grand nombre de rejettons qu’elle a produit.
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Florentine de Launay Étrennes aux grisettes (1790)

Depuis le mal est bien empiré ; le commerce de l’exposante dégénère tous les jours ; les affaires du temps ont si fort déplacé les siennes, que c’est presqu’aujourd’hui, à la commisération publique, qu’elle est redevable de son existence.
D’après l’étrange résultat de ce calcul, n’est-il pas évident qu’elle ne peut légitimement s’en prendre qu’aux grisettes ? Vous n’aurez pas de peine à vous en convaincre, monsieur le maire, lorsque le public impartial, en applaudissant à sa réclamation, s’empressera de vous attester cette grande vérité.
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Florentine de Launay Étrennes aux grisettes (1790)

Pardon, monsieur le maire, si l’exposante a pu s’égarer un instant ; mais par sa franchise et ses malheurs elle a quelques droits à des égards. Si elle n’avoit la certitude que vous daignerez réprimer la licence effrénée des grisettes, le dernier vœu qu’il lui resteroit à former, seroit d’obtenir du ciel un despote devant qui tous soient égaux, pourvu que, comme chez l’empereur de la Chine, il y ait un tambour à la porte du palais, et que le prince soit tenu de descendre dès que le moindre de ses sujets a frappé sur le tambour, et que le signal de l’oppression a retenti.
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