“ Olimbre Mais l'amour quelques fois, ne paraît qu'amitié. Genseric Je sais leur différence, et les dois bien connaître. [2025] Olimbre Ce premier fort souvent, se cache comme un traître. Genseric Ha je le connais trop, pour l'endurer en moi. Vous savez bien pourtant, qu'il est plus fort qu'un roi. Genseric Oui qu'un roi suborné, par la voix d'un infâme ; Mais après mes malheurs, il n'est plus dans mon âme. [2030] Olimbre Quoi seigneur, si tôt libre, et si tôt dégagé ? Genseric Mon coeur n'est plus esclave, il n'est plus qu'affligé. Olimbre Quoi déjà sans amour ! ”
Résumé
“Eudoxe”, est une œuvre de Georges de Scudéry. Des thèmes tels que Ursace, Olimbre ou Thrasimond y sont abordés.
Citations de Eudoxe (Georges de Scudéry)
“ À la mort, à la mort, ou plutôt à la gloire ; La fortune aujourd'hui ne tient point la victoire ; Elle dépend de nous, elle est en cette main ; [585] Elle s'en va punir ce monarque inhumain ; Rien ne peut s'opposer à ma juste vengeance : Mais un si haut dessein veut de la diligence ; Ne perdons point de temps, et montrons aujourd'hui, Qu'en méprisant sa vie, on tient celle d'autrui. [590] Olimbre Je suis prêt de mourir, et pour votre service, Et pour ma Placidie, et pour l'impératrice : Ursace, aucun péril ne peut m'épouvanter, Et je n'en connais point que je n'ose tenter. ”
“ Car je suis Genséric, et je suis à Carthage. L'impératrice Seigneur avec raison ce discours me surprend : Je ne l'attendais pas d'un monarque si grand : Je sais qu'il est certain que vous m'avez servie, Et je m'en souviendrai le reste de ma vie : [740] Mais tenant ce service, et si grand et si cher, Il n'était pas besoin de me le reprocher. Et moins encor seigneur était-il raisonnable, De me faire un discours qui n'est pas pardonnable, Qui vous offense plus, qu'il ne peut m'offenser, [745] Puisqu'un prince bien né, n'y peut jamais penser. ”
“ Genseric Craignez, craignez un roi, que vous mettez si bas : L'impératrice Je ne crains que le ciel, que je n'offense pas. [850] Genseric Enfin votre rigueur est toujours obstinée. L'impératrice Je veux mourir en reine, ainsi que j'y suis née. Genseric Prenez un bon conseil, L'impératrice Le conseil en est pris, Et je n'ai pas un coeur, à souffrir le mépris. Genseric Enfin c'est trop souffrir cet orgueil qui me brave : [855] C'est trop faire le faible, et trop faire l'esclave ; L'excès d'humilité ne sied pas bien aux rois, Et le vainqueur tout seul, doit imposer des lois. ”
“ Dites leur que s'il se trouve des corps dans la nature, que le feu ne détruit jamais ; il en est de même des esprits dont l'innocence est à l'épreuve des plus ardentes affections. Dites leur que ces esprits amoureux et purs, sont dans le feu comme l'or : mais qu'il y sont comme lui sans altération, et sans que leur prix diminue. Enfin, illustres et belles dames, dites leurs encore, que la flamme que j'allumai dans Carthage, justifie celle qu'Ursace avait allumée en mon coeur : et qu'une personne qui voulut mourir, pour conserver sa pureté, n'avait garde de vivre pour la ternir. ”
“ L'impératrice Je n'ai nul sentiment qui ne soit équitable : Mais le vôtre paraît injuste, et redoutable ; Mon coeur en a tremblé, mon teint en a blémi ; [1285] Vous n'êtes plus amant, vous êtes ennemi. Genseric Ha je suis un amant, mais amant qu'on outrage, Mais amant sans bonheur, et non pas sans courage, Mais amant sans espoir, mais amant méprisé, Mais amant qui peut tout, et qui voit tout aisé. [1290] L'impératrice Quoi cruel tant de pleurs ne touchent point votre âme. ”
“ Ursace Je l'ai toujours madame, et veux toujours l'avoir. L'impératrice Mais elle est sans courage, Ursace Ou plutôt sans pouvoir. Ciel, Ursace me quitte, et me quittant, il m'aime ! Ursace Le véritable amant, n'agit point pour soi-même. ”
“ Je crains qu'il ne se trouve des esprits assez injustes, pour dire que j'ai mérité mes disgrâces : et des censeurs assez sûrs, pour blâmer une affection toute pure et toute innocente. Il est de gens qui croient qu'on en peut jamais rien aimer rien sans crime, parce qu'il n'ont jamais rien aimé sans cela : et qui condamnent toute la terre, parce qu'ils en sont condamnés. C'est contre cette dangereuse espèce d'homme, que l'implore votre assistance : et c'est par votre propre gloire que je vous conjure de vouloir défendre la mienne. ”
“ Lâche, meurs plutôt, d'avoir voulu mourir. Entends, entends la voix de la triste princesse, Qui se mêle à ses pleurs, qui t'appelle sans cesse, Qui signale en ce lieu son amour et sa foi, Et qui semble te dire, Ursace, sauve-moi. [570] Pardonne, chère Eudoxe, au dessein qui te fâche : Ce cœur est affligé, mais ce cœur n'est point lâche. Il a voulu mourir, te voyant enlever, Il veut vivre et mourir, afin de te sauver. Allons, allons, Olimbre, où la fureur m'emporte ; [575] Il n'est point de palais, ni de garde assez forte, Pour retenir un cœur qu'on ne peut surmonter. ”
“ Venez rendre immortel, un coeur qui veut mourir. Placidie Hé madame, Eudoxe Calmez ces pensées qui vous troublent : L'impératrice Mes filles, c'est pour vous que mes douleurs redoublent : [900] Et mon esprit sensible à la juste amitié, S'il a beaucoup de peur, n'a pas moins de pitié. Car si pour mon bonheur la Parque nous sépare, Vous restez après moi dans les mains d'un barbare, À qui tout est permis, et qui fait tout aussi ; [905] Et je mourrai deux fois, si vous mourrez ici. Ciel écoute la voix, que je pousse pour elles ; Arrête après ma mort, leurs disgrâces cruelles ”
“ Seigneur, évitez cet affreux précipice : Aspar À qui peut tout oser toute chose est propice. Olicharsis Il vous pert. Aspar Je vous sauve. Olicharsis Il vous nuit. Aspar Je vous sers. Genseric Que doit faire un esclave accablé de ses fers ? À quoi se doit résoudre une âme infortunée ? [515] Mais qui tient en ses mains sa bonne destinée. Qui peut faire son sort, heureux, ou malheureux : Ha ! Qui peut consulter n'est pas bien amoureux ! Courons, courons au bien que l'amour nous présente ; Si la chose n'est juste, au moins elle est plaisante ”
“ Que ce coeur ne mérite, et ne veuille souffrir. Ursace Non, non, le seul destin, cause notre disgrâce. Olimbre Non, non, Olimbre seul, a perdu son Ursace. [1565] Ursace Le crime n'est causé que par l'intention. Olimbre De moi quoi qu'il en soit vient ton affliction. Ursace On ne peut éviter, ce que le ciel ordonne. Olimbre Mais on peut éviter, un conseil que je donne. Ursace L'amitié le donnait, l'amitié le reçut. [1570] Olimbre L'amitié me trompa, l'amitié te deçut. Ursace L'amitié parle en toi, l'amitié te replique. Olimbre Et par cette amitié, tu perds tout en Afrique. ”
“ Olimbre Non madame, et mon coeur en conçoit l'espérance. J'imagine un dessein, et sûr, et bien conduit ; Mais dans ce pavillon, allons passer la nuit, [1715] Et qu'on me laisse après le soin de cette affaire ; Le ciel m'inspirera, ce que je devrai faire. Vous verrez que le roi me chérit autrefois, Et qu'en la main de Dieu, se voit le coeur des rois. L'impératrice J'y consens, et ce dieu redouble mon courage. [1720] Thrasimond Soyez donc le pilote, en un si grand orage. Ursace S'il faut perdre quelqu'un, pour le salut de tous, Ciel acceptez un coeur qui se présente à vous. ”
“ Et l'amour veut qu'on meure, afin de la sauver. [1190] Faisons donc l'un et l'autre ; ô prince magnanime ! Je sais que votre esprit est ennemi du crime, Souffrez donc que mon bras signale ici ma foi, Il n'en veut qu'au méchant qui conseille le roi. Thrasimond J'approuve une douleur, et si juste, et si forte, [1195] Mais non pas le dessein où la douleur vous porte. Sans doute il vous perdrait, veuillez donc le changer ; C'est moi qui le puis faire avec moins de danger ; Car je ne pense pas, que pour la mort d'un traître, Le roi puisse oublier que lui seul m'a fait naître. ”
“ Et puisse un malheureux, vivre en votre mémoire ; C'est l'unique bonheur qu'il ose désirer, [1790] Si sans excès d'orgueil, il y peut aspirer. Hélas la voix me manque, en cet état funeste ; Mais le cours de mes pleurs, vous dira bien le reste ; Oui lisez dans mes yeux, et la rigueur du sort, Et la force d'amour, et l'arrêt de ma mort. [1795] L'impératrice Ursace un tel discours me surprend davantage, Que n'ont fait tous les maux qu'on m'a fait à Carthage. Je ne l'attendais pas d'un coeur si généreux, D'un coeur si magnanime, et d'un coeur amoureux. ”
“ Genséric, Olicharsis . Genseric Stances. Si le regret d'un sacrilège Peut obtenir le privilège, D'être souffert aux lieux, qui virent son erreur : Hélas ombres dolentes, Sachez qu'étant pressé de douleurs violentes, [1860] Je viens vous immoler un qui me fait horreur, Et m'immoler moi-même, à ma juste fureur. Ici fut commis notre crime, Ici le remords légitime, Le conduit à la mort, et m'y conduit aussi : [1865] Mais ô faible allégeance ! Pour un crime si grand, c'est trop peu de vengeance ; Un si juste courroux, ne s'éteint pas ainsi ”
“ Juge si ton Eudoxe est volage ou fidèle ; Si son coeur méritait les soins que tu pris d'elle, S'il conserve un objet, et si cher et si beau ; [925] Et s'il estime un trône au prix de ton tombeau. Mais je discours en l'air, et mon esprit s'égare, On ne peut réunir ce que la mort sépare, Les morts n'entendent plus, ni soupirs, ni clameurs, Ursace ne vit plus, meurs donc Eudoxe, meurs. [930] ”
“ Je veux, je ne veux plus, et l'âme balancée, Tâche inutilement, d'exprimer sa pensée. L'amour lui rend la force, et puis la lui ravit ; Par l'amour elle meurt, par l'amour elle vit ; Il la force à parler, il la force à se taire ”
“ Et fais un monstre d'un amant. Père cruel, fils pitoyable, [355] Prince inhumain, amant discret, Hélas, qu'en ce tourment secret, Ma douleur se rend effroyable : Et combien j'ai peu de pouvoir, Entre l'amour et le devoir ! [360] Ô ciel, que ma peine est extrême, En ce dessein mal affermi ! Genseric est notre ennemi ; Il est vrai, mais son fils nous aime ; Et pourquoi voulons-nous blâmer, [365] Celui qui n'a rien fait qu'aimer ? ”
“ Aspar Et qui peut s'opposer à cette jouissance ? Olicharsis Et son aversion, et sa haute naissance : [500] Car enfin tout esprit est né libre, est né franc, Et l'on ne force point les femmes de son rang. Genseric Mais doit-on mépriser le vainqueur d'un empire ? Mais doit-on mépriser un amant qui soupire ? Aspar Oui seigneur on le doit, quand sa facilité, [505] Souffre qu'on le méprise, avec impunité : Celui ne connaît pas les droits d'une couronne, Qui n'use absolument du pouvoir qu'elle donne. ”
“ Lors en vain nous mettrons notre force en usage, Et leur sang jaillira jusqu'à votre visage. Ursace Ha ! Cruel je me rends, et tu m'as su forcer ; Mon cœur ne peut souffrir un si triste penser ; [630] Il faut sauver Eudoxe, et suivre ton envie, Puisque tu me fais voir qu'il s'agit de sa vie. Vous, desseins criminels, abandonnez mon coeur, Cédez à Genseric, qui doit être vainqueur ; Et vous, cœur affligé, mourant pour l'amour d'elle, [635] Soyez moins généreux, pour être plus fidèle ; Préférez l’intérêt d'un objet si charmant ; Faites-la vivre en reine, et mourez en amant ”
“ Aspar Ainsi doivent agir les grands rois, pour leur bien. Olicharsis Ha ! Seigneur rappelez dedans votre mémoire, Ce qu'on doit à l'honneur, ce qu'on doit à la gloire : Le nom de Genseric a volé jusqu'aux cieux, [445] Ne veuillez point détruire un bruit si précieux ; Et par une action digne d'être blâmée, Imprimer une tâche à votre renommée : Fuyez, fuyez l'amour, qui veut vous suborner, Et le mauvais conseil qu'on tâche à vous donner. [450] Genseric Cruel Olicharsis, que veux-tu que je fasse ? Un puissant ennemi me suit de place en place ; Qui force les mortels à recevoir ses lois ”
“ Thrasimond Lâches, tout votre effort est un trop faible obstacle : Dieu qu'est-ce que je vois, quel horrible spectacle ! Tout le palais en flamme, hélas il faut mourir ; Par où pourrai-je entrer, par où dois-je courir ; Ici la flamme éclate, ici le feu se montre ; [1375] Partout elle ravage, en tout je la rencontre ; Je ne saurais passer, et puis il n'est plus temps : On ne peut s'opposer, à la mort que j'attends : Mon Eudoxe a péri, mon Eudoxe est perdue ; Mon Eudoxe (ô malheur) ne peut m'être rendue ”
“ L'Impératrice, Thrasimond, Olimbre, Placidie, Ursace, Eudoxe . L'impératrice Seigneur, nous voici : Mais avec tant de crainte, et tant d'inquiétude, Que je crois que la mort n'a rien qui soit plus rude. ”
“ Ursace, Olicharsis, Olimbre . Ursace Il prétend (dites-vous) forcer l'impératrice ? Olicharsis Il n'est point de conseil dont son coeur ne s'aigrisse : Il prend un bon avis, pour une trahison, Et ne peut écouter la voix de la raison. [530] Par celle d'un méchant, son âme est obsédée ”
“ Ha l'horreur de mon crime occupe tous mes sens ; [2055] Je succombe à la fin, sous les maux que je sens ; Chères âmes pardon, et du ciel où vous êtes, Regardez dans mon coeur, tout ce que vous y faites ; Voyez-y mon regret, voyez-y ma douleur ; Voyez que mes pêchés n'y mêlent rien du leur ; [2060] Voyez si ce regret, est grand, et véritable ; Et si votre bonté me le rend profitable, Si vous me voulez faire un agréable don, Accordez à mes pleurs, accordez un pardon, Qui m'ôte avec le jour, des sentiments si sombres. [2065] Scène dernière . ”
“ Qu'Eudoxe une autrefois se montrât à mes yeux, Et que par un prodige, aussi grand qu'impossible, En sortant du sépulcre, elle devint sensible, Quand elle paraîtrait avec tous ses appats ; Mon coeur l'honorerait, et ne l'aimerait pas. [2040] Olimbre Seigneur l'objet présent, a beaucoup de puissance. Genseric Ha tu ne connais pas quelle est ma repentance ! Ha tu ne connais pas quel est le changement, Qu'aujourd'hui la raison a fait en un moment ! Mon coeur est pour jamais incapable du crime, [2045] Qui cause un repentir, si grand, si légitime ”
“ Ursace Tous deux également, le destin nous accable ; Olimbre Tu n'es que malheureux, et moi je suis coupable. Ursace Cher ami, Olimbre Cher Ursace, Ursace Ô mes pleurs ! Olimbre Soupirons ; Ursace Eudoxe, Olimbre Ne vit plus ; Ursace Elle est morte ; Olimbre Ha mourons ! Ursace Olimbre, ton conseil ne se doit jamais suivre : [1580] Quand il fallait mourir, il me força de vivre ; Maintenant qu'il faut vivre, il me porte à mourir Au lieu de m'assister, et de me secourir. Olimbre Il faut vivre (dis-tu) parmi tant de tristesses ! ”
“ Ne fit aucun progrès dans l'esprit de mon maître, [135] Une autre passion en son cœur se vit naître ; J'aimai trop hautement, et son cœur ravalé, D'un feu moins éclatant voulut être brûlé : Car enfin, il estime, il chérit, il adore Une fille au palais, qui s'appelle Isidore ; [140] Qui servait la princesse, et qui pour la beauté Ne lui cédait pas moins que pour la qualité. Olicharsis Sans doute cet amour ne nuisit pas au vôtre. Ursace Je tirai du profit de la faute d'un autre : La princesse parut sensible au dernier point ”
“ Afin de l'opposer au dessein qui vous mène ; Regardez ce palais, regardez ce flambeau, Car la flamme et la cendre, en feront mon tombeau, [1310] Si vous entreprenez de rompre cette porte : Aspar La crainte de la mort, en son âme est trop forte. Genseric Dans l'état déplorable où vous m'avez réduit, Après tant de travaux, que j'ai souffert sans fruit, Non, après la rigueur d'une si longue attente, [1315] Rien ne peut empêcher que je ne me contente. L'impératrice Oubliez-vous l'honneur ? Genseric Tout, pour vous posséder : L'impératrice Ecoutez la raison. ”
Termes fréquents
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