Résumé

Portrait de Georgette Leblanc Georgette Leblanc Un pélerinage au pays de Madame Bovary

La vie d’autrui est-elle jamais pour nous autre chose qu’une série d’images que nous interprétons selon notre âme ? Dans l’horizon qui s’éteint, j’évoque un chapeau bergère, des « repentirs » caressants un « cou de cygne », et, comme dit Flaubert, « une robe de soie bleue à quatre falbalas »... Fleurs, parfums, couleurs et lignes fugitives, baisers, larmes et sourires, vous ne mentez sûrement point, c’est là que fut Delphine !
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J’en éprouvais tout à la fois de la joie et de la crainte, car rien ne défend l’entrée d’une âme qui n’est plus, et je sais bien qu’elle sera partout et nulle part... Certes, je n’ai aucune sympathie particulière pour la pauvre Emma Bovary, mais je ne sentirai jamais plus profondément qu’en cette journée la misère d’un souvenir qui flotte de bouche en bouche, à la merci d’autrui. Enfants, on nous enseigne à marcher à pas muets dans les églises, les hommes s’y découvrent, les femmes s’y agenouillent, il y a des objets que l’on n’ose toucher, d’autres que les regards ne peuvent souiller.
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Et je la vois tourbillonner dans son jardin tel un calice renversé. Ses « repentirs » (car pour se distraire, Delphine, comme Emma, changeait chaque jour l’arrangement de sa chevelure) dansent autour de son visage et caressent ses épaules nues ; elle cueille à plein bras toutes les fleurs de ses corbeilles, elle en pare son salon, ses fenêtres, sa table, puis elle revient alerte et vive sur le seuil de sa maison, et dit en riant :
« J’attends mes invités. »
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