Résumé

Portrait de Joseph Bédier Joseph Bédier Le Roman de Tristan et Iseut

La reine songea: «D’où vient cette mélodie?...» Soudain elle comprit: «Ah! c’est Tristan! Ainsi dans la forêt du Morois il imitait pour me charmer les oiseaux chanteurs. Il part, et voici son dernier adieu. Comme il se plaint! Tel le rossignol quand il prend congé, en fin d’été, à grande tristesse. Ami, jamais plus je n’entendrai ta voix!»
La mélodie vibra plus ardente.
«Ah! qu’exiges-tu? que je vienne! Non, souviens-toi d’Ogrin l’ermite, et des serments jurés. Tais-toi, la mort nous guette... Qu’importe la mort! Tu m’appelles, tu me veux, je viens!»
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Portrait de Joseph Bédier Joseph Bédier Le Roman de Tristan et Iseut

« C’est la reine, dit Kaherdin à voix basse.
— La reine ? dit Tristan ; non, c’est Camille sa servante. »
Alors s’en vient, sur un palefroi vair, une autre damoiselle plus blanche que neige en février, plus vermeille que rose ; ses yeux clairs frémissent comme l’étoile dans la fontaine.
« Or, je la vois, c’est la reine ! dit Kaherdin.
— Eh ! non, dit Tristan, c’est Brangien la Fidèle. »
Mais la route s’éclaira tout à coup, comme si le soleil ruisselait soudain à travers les feuillages des grands arbres, et Iseut la Blonde apparut. Le duc Andret, que Dieu honnisse !
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Portrait de Joseph Bédier Joseph Bédier Le Roman de Tristan et Iseut

Tristan gémit :
« Bel oncle, on dit : « Nul n’est vilain, s’il ne fait vilenie. » Mais, en quel cœur a pu naître un tel soupçon ?
— Sire Tristan, que voulez-vous dire ? Non, le roi mon seigneur n’eût pas de lui-même imaginé telle vilenie. Mais les félons de cette terre lui ont fait accroire ce mensonge, car il est facile de décevoir les cœurs loyaux. Ils s’aiment, lui ont-ils dit, et les félons nous l’ont tourné à crime. Oui, vous m’aimiez, Tristan, pourquoi le nier ? ne suis-je pas la femme de votre oncle et ne vous avais-je pas deux fois sauvé de la mort ?
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