Nicolas-Marc Desfontaines

Résumé

Nicolas-Marc Desfontaines La vraye suitte du Cid

LE ROY. Vostre ressentiment vous fait parler ainsi,
Mais brave Celimant, laissez m'en le soucy,
J'en veux prendre le soin, & je vous la demande,
Un seigneur de ma Cour dont la naissance est grande,
Mais de qui la vertu passe la qualité,
Ayme avec passion cette jeune beauté:
Il est vray qu'à sa flame, il mesle un peu d'audace,
Et qu'il n'a point de Rois pour autheur de sa race,
Mais si par le merite on peut tout esperer,
Ce genereux amant n'a rien à desirer.
C'est don Sanche en un mot qu'à ses voeux je destine.
Source : Gutenberg

Nicolas-Marc Desfontaines La vraye suitte du Cid

LE CID. Hé! pourquoy?
LE ROY. C'est l'amour.
Ouy, ce petit Tyran du Ciel & de la terre,
Est le fier ennemy qui me livre la guerre,
Et sans avoir esgard au vain tiltre de Roy,
Desja comme vainqueur il triomphe chez moy:
Je suis son prisonnier, mon coeur est sa conqueste,
Et mon esprit vaincu consent à ma deffaite,
Si bien que je me vois sur le point de perir,
Si Rodrigue aujourd'huy ne me veut secourir.
LE CID. Si vostre allegement depend de mon service,
Sire, attendez de moy cet agreable office,
Dites-moy seulement ce que vous desirez.
LE ROY. Ah! Rodrigue?
LE CID. Seigneur, hé!
Source : Gutenberg

Nicolas-Marc Desfontaines La vraye suitte du Cid

Un object plus charmant le pourra satisfaire,
Et certes mon esprit ne sera point jaloux
Qu'amour blesse son ame avec des traits plus doux,
Pourveu que le Tyran qui va finir ses peines
Ne remette mon coeur en de nouvelles chaisnes,
Et que ce grand bon-heur ne soit pas achepté
Au prix de mon honneur ou de ma liberté.
LE CID. Madame jugez mieux d'un objet qui vous aime,
Pour mieux vous obliger, je me nuis à moy-mesme,
Et c'est pour vous donner un absolu pouvoir,
Que mon affection cede aux loix du devoir.
Source : Gutenberg

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