Résumé

Émile Montégut La Démocratie et la Révolution…

« Ma province m’est plus chère que ma famille, ma patrie que ma province, et l’humanité que ma patrie, » disait Fénelon. Ce sont là de nobles paroles, mais qui ne sont vraies que pour Fénelon et ceux qui lui ressemblent. Pour la plupart des hommes, tout amour s’éteint quand son objet est trop général. Rien n’est plus froid pour eux qu’une idée abstraite. Dites au premier venu d’aimer Dieu, il vous comprendra, et peut-être vous obéira ; dites-lui d’aimer l’être en soi, et cherchez ensuite si son cœur bat bien fort.
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Émile Montégut La Démocratie et la Révolution…

Posséder une petite patrie est donc pour l’homme le plus sûr moyen d’en aimer une plus grande, car la grande patrie cesse d’être une abstraction pour quiconque en contemple l’image dans une plus petite : c’est une réalité tout comme la petite, il la voit, il la touche, il pourrait en faire le tour ; pour s’élever jusqu’à elle, son cœur n’a pas d’effort douloureux à faire, il n’a qu’à monter d’un degré. Lorsque cette première patrie lui manque au contraire, il se sent comme perdu au milieu d’un vaste et monotone océan d’hommes
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Émile Montégut La Démocratie et la Révolution…

Oui, la grande unité qu’elle créa peut arracher l’admiration du philosophe, le respect du lettré, inspirer l’amour à quiconque sait aimer par l’intelligence, mais non pas faire battre le cœur d’un pauvre homme, et révéler à l’ignorant les émotions de cette piété nationale sans laquelle il n’est point véritablement de patrie. La patrie telle que la révolution la fit, c’est une philosophie, ce n’est pas une religion : or il faut qu’elle soit une religion pour la plus grande partie des hommes, sans quoi elle n’est point.
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