“ LES PAPILLONS BLANCS—«Norette! Norette!» criait, de son creux d'ancien caboteur, M. Honnorat debout au pied de la tour.—«Norette!...» Mais Norette ne répondait point.—«Ah! vous pouvez bien l'appeler jusqu'à demain, interrompit une voix irritée, mademoiselle a quitté le four, me laissant seule, avec tout le souci, aussitôt la fougasse faite. Maintenant Mademoiselle est sous les toits, à son grainage; et quand Mademoiselle est à son grainage, le Père Éternel pourrait tonner qu'elle ne se dérangerait pas.» ”
Norette
Définition et enjeux
Citations sur “Norette”
“ Sans Galfar, sans ses jalousies, j'ignorerais encore Norette.Et Norette! comme il serait bon, savoureux d'avoir à soi, à soi tout seul, cette âme neuve.Je me sens au cœur une sensation de délicieuse fraîcheur, sensation presque physique, en me rappelant sa rougeur ingénue, quand je lui offris le bouquet, et le subit frémissement de sa petite poitrine passionnée.S'imaginer qu'on vous aime est le commencement de l'amour. Norette m'aimant, il me semble que je ne pourrai plus m'empêcher d'aimer Norette.Mais comment savoir? Je crois avoir trouvé le moyen.Patron Ruf s'en retourne demain. ”
“ Norette n’a jamais songé à déchiffrer ces pages jaunies ; Norette croyait, comme j’y croyais, au trésor gardé par la Chèvre : et c’est de bonne foi tous les deux, d’un même élan de cœur, avec le même enthousiasme, que, le jour de la pêche à l’oursin, dans la calanque d’Aygues-Sèches, Norette, pour être sûre que je l’aimais, moi, pour prouver que j’aimais Norette, nous renouvelâmes, en le complétant, le sacrifice de dame Guiraude. Au surplus, tout est bien mieux ainsi : les légendes, comme les amours, gagnent à garder leur mystère ! ”
“ Je regarde Mlle Norette, brune, frêle, presque une enfant, sauf la précocité orientale du corsage, Mlle Norette qui s’est remise au travail, et, souriante, sans penser à mal, avec une ingénue chasteté, une cruauté ingénue, de ses fins doigts ambrés, marie et démarie les papillons femelles dont visiblement le cœur s’ouvre, les mâles tout vibrants d’une palpitation de désir. ”
“ « Alors, demandai-je à Norette, ceci nous sépare éternellement ? — Éternellement ! répondit-elle. — Rien ici-bas ne vaut l’amour. Pourquoi attrister notre vie de ce qui empêche d’aimer. La mer, sous la barque, est profonde, je n’ai qu’à desserrer les doigts pour que le secret de la Chèvre d’Or s’y ensevelisse pour toujours. — Vous êtes le maître ! » soupira Norette. Je tins la clochette encore un instant suspendue ; puis, me penchant, je desserrai les doigts. ”
“ C’est avec l’espoir de plaire à Norette que, d’après les conseils de Peu-Parle, il avait imaginé le galant envoi de bouquets dont Norette me fait honneur. Mais Ganteaume comprend désormais combien tout cela est irréalisable. Il a renoncé à Norette silencieusement, sans se plaindre, dès qu’il a vu qu’elle m’aimait. Et maintenant, meurtri par l’écroulement de son rêve, il me supplie de le garder, de ne pas le renvoyer à patron Ruf. La joie est mère d’indulgence : je pardonne à mon rival de douze ans. ”
“ Le clair de lune était magnifique, et l’on prolongeait la soirée au jardin. Nous étions assis, Norette et moi, sur le banc de pierre. M. Honnorat nous tournait le dos, fumait sa pipe et rêvassait, appuyé des deux coudes à la crête du petit mur. Nous causions doucement, de choses indifférentes, comme causent les amoureux, une émotion se devinant sous le flot des paroles vaines. Les dents de Norette brillaient. Je songeais, vaguement jaloux, l’amour est fait de ces sottises ! à l’enfantin baiser dont Ganteaume connaissait la douceur. ”
“ Heureux Ganteaume! Il pense toujours à la Chèvre d'Or, et cela le console un peu de Norette.Moi, je ne pense qu'à Norette. Je suis prêt à rester ainsi, loin de tous, sans rien regretter, aussi longtemps qu'il plaira aux follets de l'air qui mènent vacarme autour de notre tourelle enchantée.D'autres fois, quand le vent redouble, assis à côté de Norette, il nous semble que tout va partir, que les murs tanguent et s'ébranlent, et nous faisons le rêve de nous trouver seuls, tranquilles et perdus sur l'infini des flots, dans un naufrage sans danger. ”
“ « Prenez donc ! Pourquoi hésiter ? n’aurez-vous pas ainsi tout ce que vous désiriez de Norette ? » Je pris la clochette. Norette pâlit ; mais un éclair de joie illumina l’œil mélancolique de Ganteaume. Accepter le trésor, c’était renoncer à Norette. Et, moi faisant cela, Ganteaume pouvait espérer. ”
“ « C’est gentil de se savoir seuls ! » En effet, la brume gagnant peu à peu, nous nous trouvons dans une atmosphère de nacre et d’opale, lumineuse pourtant, où Norette apparaît grandie, comme transfigurée, et sur laquelle, visibles à deux pas de nous, se découpent avec une singulière vigueur quelques tiges de graminées, et la silhouette d’un figuier enraciné au bord du précipice. Tout à coup, Norette s’agenouille près du figuier, elle se penche, elle m’appelle. J’arrive à temps pour la relever, un instant dans mes bras, émue et frémissante. — « Ah ! Ganteaume, que j’ai eu peur ! » ”
“ Comme l’après-midi a été brûlante et que plantes et fleurs s’inclinaient altérées, Mlle Norette et Saladine font ruisseler largement, joyeusement, l’eau de la citerne, au grand désespoir de M. Honnorat, qui proteste. Mlle Norette rit. Les voix montent dans l’air frais du soir. — « Dès que l’on touche au robinet, s’écrie Saladine en montrant M. Honnorat, on dirait que son sang se verse. » Et Mlle Norette ajoute : — « Père sème ses haricots par gloire, moi, je leur donne à boire par pitié. » Puis M. Honnorat est sorti, toujours en querelle avec Saladine, et Mlle Norette est restée seule. ”
Paul d' Aigremont, Les Mystères du coeur [par Paul d'Aigremont… (1898)
“ Et Norette confiante répondait : — Si votre père est bon comme vous le dites, il est impossible qu'il fasse de la peine à maman, et qu'il ne la comprenne pas. Maman a tant de cœur et est si loyale ! Salomé, se précipitant comme une folle dans le petit salon, les yeux irradiés de bonheur, le sourire-aux lèvres et les joues couvertes des larmes que faisait couler une émotion arrivée à son paroxysme, tout cela eut vite fixé Norette. ”
“ Norette s’est comme fermée. Elle paraît ne se rappeler rien. Et quelquefois je me demande si je n’aurais pas rêvé nos soirs d’amour au jardin, sous le regard complice des étoiles, comme j’ai rêvé notre visite à la grotte de la Chèvre d’Or. Ceci me torture affreusement, et m’empêche de savourer, dans leur pénétrante douceur, les joies de la convalescence. À se sentir vivre quand on croyait mourir, l’âme éprouve les émotions d’un retour. Mais quoi ? un ciel si bleu, un si clair soleil, des fleurs, des parfums, des chants d’oiseau, et pas le sourire de Norette. ”
Paul d' Aigremont, Les Mystères du coeur [par Paul d'Aigremont… (1898)
“ Et quand j'ai donné une petite parcelle de mon cœur ou de ma tendresse, c'est pour toujours!. En parlant ainsi, on eût juré qu'elle l'enveloppait de l'effluve ardent de ses beaux yeux sombres, qu'elle faisait allusion à lui seul, et que la terre entière n'existait plus pour elle. Mais les amoureux, qui sont jeunes et sincères, sont en général très aveugles. Maurice ne devina pas, ou n'osa pas deviner le sens caché des paroles de Norette, et avec un soupir profond il dit : — Voyons ce que cette bienheureuse comtesse de Prémesnil a pu faire pour être aimée ainsi de vous, mademoiselle Norette?. ”
“ Oui ! une enfant, cette Mlle Norette. Tout à fait une enfant : ses yeux le disent, que rien ne semble inquiéter, très noirs, malicieux et doux, innocemment ouverts sur la vie. Elle est femme par la volonté. Ayant perdu sa mère à douze ans, entre un père ami du repos et la rugueuse Saladine, depuis c’est elle qui gouverne. Oh ! sans paraître commander. Seulement, avec ses airs de bon tyran, M. Honnorat ne fait que ce qu’elle a bien voulu approuver d’avance, et, malgré ses colères et ses cris d’aigle, Saladine elle-même lui obéit. ”
“ Oui, je l’ai connu du jour où j’épousai Norette : un bonheur tranquille, ingénu, que rien n’eût altéré sans le deuil qui, subit, vint ennuager de ses ombres la douce lumière persistante de notre lune de miel. ”
“ Au retour, j’ai retrouvé Norette, en compagnie de Tardive, dans la chambre où se consumaient les trois cierges, et qu’elle n’avait pas voulu quitter. Le soleil entrait par la fenêtre grande ouverte, caressant du même rayon le lit sur lequel M. Honnorat venait d’expirer, et le front pale de ma femme, ses yeux pleins de larmes, mais agrandis, animés déjà par l’étonnement et l’orgueil des premières maternités. Quel que soit l’excès de douleur, la vie proteste contre la mort, et toujours à la trame de nos deuils se mêle celle de nos joies ! ”
Paul d' Aigremont, Les Mystères du coeur [par Paul d'Aigremont… (1898)
“ Obéissant à un mouvement plus fort que sa volonté, elle lui dit, très gracieuse : — Vous êtes à un âge où l'on est encore embrassée, mademoiselle ; voulez-vous me permettre de vous donner un baiser? car je suis comme madame de Prémesnil, et je crois que ces beaux yeux sombres, si rieurs et si francs, trouveront pour moi aussi, comme pour elle, la route de mon cœur. — Et cependant, répondit Norette, avec son joli timbre de voix clair et gai, vous ne me connaissez pas du tout !. — Ce qui veut dire que quand je vous connaîtrai, je vous adorerai ; cela, c'est possible; mais je me réserve. ”
“ « Ah ! je suis malheureuse et bien punie de tant aimer quelqu’un que je ne connais presque pas ! » Qu’ai-je répondu ? Je l’ignore. Mais, quand nous sommes sortis du jardin, Mlle Norette ne pleurait plus, et, malgré mes dénégations étonnées, on m’avait prouvé que c’était moi qui, chaque soir depuis vingt jours, laissais, du haut de ma terrasse, tomber un bouquet sur le banc aimé de Norette. ”
Paul d' Aigremont, Les Mystères du coeur [par Paul d'Aigremont… (1898)
“ Devrais-je envoyer mon mari au vestiaire, je vous prends avec moi, ma toute belle! -r- Oh! madame, fit Norette, en devenant toute rose, comptez sur moi ; votre toilette sera le plus pur chef-d'œuvre sorti de mon crayon, et des doigts de marraine, vous pouvez y compter. — Très bien, dit Salomé, et ma permission?. Norette regarda sa mère, avec ses grands yeux d'Orientale, dans lesquels monta subitement une flamme si douce, si caressante, que Salomé, malgré elle, tressaillit. — Est-ce que tout ce qui me rend heureuse ne fait pas pas ta joie? ”
Paul d' Aigremont, Les Mystères du coeur [par Paul d'Aigremont… (1898)
“ Puissent la reconnaissance et l'amour d'une petite créature aussi simple que moi vous porter bonheur, madame !. Immaculée, bouleversée jusqu'au fond de l'âme, releva Norette, l'embrassa éperdument et lui dit : - Ne parlez pas de reconnaissance. Aimez-moi seulement comme vous me semblez capable d'aimer, et c'est moi, au contraire, qui vous devrai plus que vous ne pouvez vous l'imaginer. Sabine, qui revenait avec son chapeau, prête à sortir, les trouva encore enlacées l'une à l'autre. ”
Paul d' Aigremont, Les Mystères du coeur [par Paul d'Aigremont… (1898)
“ Ma mère est une sainte, répondit Sabine avec conviction. L'amertume n'est jamais entrée en elle. Elle n'a jamais connu le besoin de rendre du mal à qui lui en avait fait. Toute sa vie, elle n'a vécu que pour faire du bien et être bonne. Lorsque Norette est née, elle ne m'a pas fait un reproche, elle qui a si profondément dans son âme le sentiment du devoir et de l'honneur 1. ”
“ Vous ne vous êtes pas trompé, le trésor existe, continuait Norette. Depuis la défaite et l’embarquement, le secret en resta dans notre famille. Longtemps conservé par tradition, c’est au quatorzième siècle seulement qu’un de nos arrière-grands-pères, maître Michel Gazan, astrologue et médecin de la reine Jeanne, fondit et grava, de peur qu’à la fin ce secret ne se perdît, le fameux talisman figurant une clochette à la mode sarrasine... Prenez-le, prenez, le voici ! rouge de votre sang comme quand vous l’avez arraché à Galfar. ”
“ Mlle Norette m'a repris la clochette, riant et me remerciant; elle l'a suspendue au cou de Misé Jano qui aussitôt s'est mise à courir devant sa maîtresse vers le village.M. Honnorat grondait lorsque nous rentrâmes.—«Est-ce raisonnable, Norette, de fier ainsi cette clochette d'argent à la chèvre? Un jour ou l'autre tu peux la perdre!—Tu vois bien, père, qu'elle n'est pas perdue.—Sans doute! mais des gens l'ont vue. Cela fait toujours parler les gens.»Et, de sa voix doucement entêtée:—«J'aime assez faire parler les gens!» disait Norette. ”
Paul d' Aigremont, Les Mystères du coeur [par Paul d'Aigremont… (1898)
“ Norette ne dansait plus. Appuyée au bras de son rapin, elle avait entendu tout ce que le rebouteux avait dit à la baronne. — Vous savez, sorcier, dit-elle, je grille d'envie que vous me disiez ce que l'avenir me réserve, à moi aussi.. — Je ne demande pas mieux, mais il faut pour cela que votre mère m'y autorise. — Ma mère n'est pas ici. Mais madame que voilà la remplace. — Permettez-vous, ma cliente ?. — Certainement, répondit madame Nollet ; vous êtes un brave homme, et je crois bien qu'avec vous les oreilles d'une fillette ne seront pas choquées. ”
Paul d' Aigremont, Les Mystères du coeur [par Paul d'Aigremont… (1898)
“ Ah ! s'écria Michel vaincu. sois pardonné!. Sois aimé!. Tu n'es plus seul sur terre !. Va où ton grand cœur te pousse. Mais ta famille de France pensera à toi toujours, et fera des vœux pour que, dans ton œuvre sublime, les blessures de ton âme se cicatrisent, et que Dieu L'envoie le suprême bien : la paix !. Il se sépara alors du désespéré, mais, comme dernière marque de pardon et de tendresse, il mit Norette dans les bras de Maxime, Norette toute couverte de sa blanche parure de vierge, Norette la pureté, l'innocence, la loyauté mêmes. ”
“ Je me disais : il n’ose pas me les donner lui-même ; mais il est brave, c’est un homme : le courage, un jour ou l’autre, lui viendra... Le courage vous était venu, puisque hier vous m’avez offert un bouquet de ces mêmes fleurs, devant mon père... Et, maintenant, vous nous quittez !... Que vous importe notre amitié ! Que vous font les pleurs de Norette ? ”
Paul d' Aigremont, Les Mystères du coeur [par Paul d'Aigremont… (1898)
“ Ton père qui est tout ce qu'il y a de meilleur, de plus noble et de plus honnête au monde. Lui qui, après des souffrances extraordinaires, a enfin reconquis la fortune, l'estime, le droit d'être heureux à la face de tous. — Et il est en France? demanda Norette, le sein palpitant, ses beaux yeux sombres luisant comme des lucioles. ”
“ Norette semble plus émue. Elle connaît la haine que son brun cousin m’a vouée, et l’hommage ironique des perdreaux lui donne à réfléchir. Mais elle ignore, par bonheur ! que ce soit la Chèvre d’Or qui, en réalité, nous divise ; elle met ingénument, présomptueusement, cette haine, et, certes ! je n’aurai garde de la détromper, au compte d’une jalousie amoureuse de Galfar. ”
“ « Vous tombez mal ! c’est aujourd’hui jour de lessive, et les jours de lessive la maison devient inhabitable. J’avais pris la fuite et n’osais plus aller chercher ma pipe, malheureusement oubliée. Norette est avec Saladine en train d’étendre dans la cour. Après tout, rien ne coûte d’essayer, un bouquet embellira peut-être son humeur. » Sur des cordes partout se croisant, d’un angle à l’autre, entre les arcades, Saladine, privilégiée par sa haute taille, disposait, d’un air toujours bourru, les toiles que Norette lui passait, et que Ganteaume, religieusement, passait à Norette. ”
“ Alors, oubliant les oursins, regardant Mlle Norette toujours impassible et hautaine, je me mets à envier le colonel. Il ne songe point aux amours; un encouragement de patron Ruf est plus doux à son cœur que tous les sourires de Norette; et je voudrais, comme lui, être mousse, oui! bon vieux mousse à barbe grise avec l'ami Ruf pour patron. ”
