“ Je le croyais loin, et déjà ramassais la précieuse clochette enfin conquise. Un appel me fait redresser. — « Gueito ! » crie Galfar, ce qui, en langage du Puget-Maure, signifie, paraît-il : « Garde-toi ! » Et, à quelque quarante mètres, j’aperçois, dans la clarté du jour levant, mon enragé qui, de sa seule main valide, tient un fusil en joue et vise. J’ai un pistolet. Visons aussi à tout hasard. — « Gueito ! » crie encore Galfar. Sans m’attendre, il tire, je tombe. Galfar a peut-être tiré trop tôt ? mais après m’avoir averti ; et, en somme, l’honneur est sauf. ”
Résumé
"La Chèvre d’or", de Paul Arène, publié en 1884, mêle légendes locales et aventure romantique dans le cadre du Puget-Maure. L’œuvre suit le narrateur et Norette, protagonistes d’une quête pour un trésor mythique, entourés de personnages comme Galfar et Ganteaume.
Les thèmes de l’amour, de la jalousie et des traditions méditerranéennes s’entrelacent, tandis que des éléments comme la clochette et sainte Sare ancrent l’histoire dans une mythologie populaire. L’œuvre, riche en détails sensoriels, explore la tension entre réalité et mystère, illustrée par des scènes de pêche aux oursins ou de conflits familiaux.
Citations de La Chèvre d’or (Paul Arène)
“ M. Honnorat prétend même, laissons-lui la responsabilité de cette affirmation, que, par certains jours clairs, avec une bonne lunette, on peut, du haut de ma tour, découvrir, sur son roc trempant dans la mer, le vieux Monaco moyen-âge; plus bas Monte-Carlo, ses jardins de marbre, ses palais; et entre eux, le petit port d'Hercule où des tartanes se balancent.Je vois mieux cela dans le souvenir.Et surtout je me vois moi-même, il n'y a pas deux mois, sous les grands rosiers fleuris en hiver, respirant l'air salin, écoutant les palmiers chanter, admirant la splendeur frissonnante du golfe. ”
“ Norette n'a jamais songé à déchiffrer ces pages jaunies; Norette croyait, comme j'y croyais, au trésor gardé par la Chèvre; et c'est de bonne foi tous les deux, d'un même élan de cœur, avec le même enthousiasme, que, le jour de la pêche à l'oursin, dans la calanque d'Aygues-Sèches, Norette, pour être sûre que je l'aimais, moi, pour prouver que j'aimais Norette, nous renouvelâmes, en le complétant, le sacrifice de dame Guiraude.Au surplus, tout est bien mieux ainsi: les légendes, comme les amours, gagnent à garder leur mystère! ”
“ C’est patron Ruf qui bravement, sans craindre les pointes, décoiffe l’un après l’autre les oursins comme on fait des œufs à la coque. Une ! deux ! et l’étoile de chair jaune-orange apparaît nageant dans une noirâtre mixture d’eau de mer et d’algues triturées. L’abbé, homme aux préjugés montagnards, répugne à manger ces bêtes vivantes. Moi-même, amateur novice, je fais tomber l’algue et l’eau de mer sur mon assiette, me contentant du jaune que je cueille avec mon couteau. M. Honnorat et patron Ruf nous raillent. Ils n’y mettent pas, eux, tant de façons. ”
“ « C’est gentil de se savoir seuls ! » En effet, la brume gagnant peu à peu, nous nous trouvons dans une atmosphère de nacre et d’opale, lumineuse pourtant, où Norette apparaît grandie, comme transfigurée, et sur laquelle, visibles à deux pas de nous, se découpent avec une singulière vigueur quelques tiges de graminées, et la silhouette d’un figuier enraciné au bord du précipice. Tout à coup, Norette s’agenouille près du figuier, elle se penche, elle m’appelle. J’arrive à temps pour la relever, un instant dans mes bras, émue et frémissante. — « Ah ! Ganteaume, que j’ai eu peur ! » ”
“ Oui, je l'ai connu du jour où j'épousai Norette: un bonheur tranquille, ingénu, que rien n'eût altéré sans le deuil qui, subit, vint ennuager de ses ombres la douce lumière persistante de notre lune de miel.Le mariage accompli—que de poudre brûla la Bravade, à cette occasion, et que de peaux fraîches écorchées enguirlandèrent le portail 252 de la demeure des Gazan!—un certain calme, après tant d'événements, régnait de nouveau sur le Puget-Maure.Ganteaume, désillusionné, s'en est retourné à la Petite-Camargue. Un peu d'amour le tient encore, mais la mer le consolera. ”
“ Sans Galfar, sans ses jalousies, j'ignorerais encore Norette.Et Norette! comme il serait bon, savoureux d'avoir à soi, à soi tout seul, cette âme neuve.Je me sens au cœur une sensation de délicieuse fraîcheur, sensation presque physique, en me rappelant sa rougeur ingénue, quand je lui offris le bouquet, et le subit frémissement de sa petite poitrine passionnée.S'imaginer qu'on vous aime est le commencement de l'amour. Norette m'aimant, il me semble que je ne pourrai plus m'empêcher d'aimer Norette.Mais comment savoir? Je crois avoir trouvé le moyen.Patron Ruf s'en retourne demain. ”
“ Mais, hélas ! comme en peu de temps les choses s’emparent de vous ! Me voici tout triste, maintenant, à la seule idée de partir, de laisser ce village et ses tortueuses ruelles, cette vieille maison devenue mienne, ce pavé de l’âne dont les galets pointus, depuis quelque temps, me semblaient doux. Et Misé Jano qui m’apparut dans le vallon, bondissante, surnaturelle, pour me souhaiter la bienvenue ! Et M. Honnorat, et Saladine !... Je n’ose pas ajouter : et Mlle Norette ! par crainte de voir trop clair en moi. ”
“ Le gendarme s'inclina, sourit; et son sourire signifiait:«Ce sont là histoires du Puget-Maure. Vous ne désirez pas que le gouvernement s'en mêle, à votre aise!»Puis il sortit, d'un pas militaire, tandis que Saladine, jalouse avant tout de l'honneur des Gazan, heureuse du scandale évité, me jetait le seul regard aimable que je lui ai connu de sa vie, et que Peu-Parle, desserrant les dents, murmurait:—«Vous avez raison! Querelles d'honnêtes gens ne regardent pas les gendarmes. Ce matin pourtant, nul autre que nous ne le saura, il m'a bien semblé reconnaître la voix du fusil de Galfar.» ”
“ Oui ! une enfant, cette Mlle Norette. Tout à fait une enfant : ses yeux le disent, que rien ne semble inquiéter, très noirs, malicieux et doux, innocemment ouverts sur la vie. Elle est femme par la volonté. Ayant perdu sa mère à douze ans, entre un père ami du repos et la rugueuse Saladine, depuis c’est elle qui gouverne. Oh ! sans paraître commander. Seulement, avec ses airs de bon tyran, M. Honnorat ne fait que ce qu’elle a bien voulu approuver d’avance, et, malgré ses colères et ses cris d’aigle, Saladine elle-même lui obéit. ”
“ Je le vis sauter dans les ronces, disparaître, traverser le vallon, remonter la pente, et reparaître tout gaillard, portant son chien à bras tendu. Puis les voilà qui prennent les perdrix à revers comme pour les rabattre sur moi. Le chien se met en quête et va. Les perdrix s’envolent du milieu d’un plan d’herbes sèches, là, devant mon nez, en rideau. Galfar épaule... Un instant je tremblai, tant je me trouvais dans sa ligne, croyant qu’il allait faire feu sur moi. Il vise, il tire : pan ! pan ! J’entends quelque chose siffler aux alentours de mes oreilles. Deux perdrix tombent à mes pieds. ”
“ Sans compter quelques portraits d’ancêtres suffisamment rébarbatifs ; partout, des tentures aux vives couleurs provenant de Smyrne et d’Alep, des armes damasquinées, des lampes de forme bizarre, des tabourets, des tables, des miroirs à incrustations de nacre font au milieu de meubles d’il y a cent ans le fouillis le plus bizarre du monde. Rien d’ailleurs qui sente le culte du bibelot, inconnu, Dieu merci ! sur ces hauteurs ; mais quelque chose de patriarcal, la trace restée de plusieurs générations. Mlle Norette m’explique qu’en effet on a de tous temps beaucoup voyagé dans la famille. ”
“ Cependant je me représente M. Honnorat, le grave M. Honnorat faisant le Turc : image qui me remplit de joie. — « Choisir ce Galfar, si c’est Dieu possible ! » Ce Galfar, à première vue, ne me paraît pas précisément un méchant diable. Pourtant, s’il faut en croire la rancunière Saladine, j’aurais tort de me fier aux apparences. C’est un mange-tout, un songe-fêtes, le digne fils des vieux Galfar, riches jadis, mais prodigues, tenant maison ouverte, et sous prétexte de cousinage, tout le monde est cousin quand on cherche ! logeant et nourrissant des mois entiers les premiers venus. ”
“ Mlle Norette m'a repris la clochette, riant et me remerciant; elle l'a suspendue au cou de Misé Jano qui aussitôt s'est mise à courir devant sa maîtresse vers le village.M. Honnorat grondait lorsque nous rentrâmes.—«Est-ce raisonnable, Norette, de fier ainsi cette clochette d'argent à la chèvre? Un jour ou l'autre tu peux la perdre!—Tu vois bien, père, qu'elle n'est pas perdue.—Sans doute! mais des gens l'ont vue. Cela fait toujours parler les gens.»Et, de sa voix doucement entêtée:—«J'aime assez faire parler les gens!» disait Norette. ”
“ C’est à croire positivement que la Chèvre existe. Depuis le jour où, tirant sur sa pipe et raillant, patron Tuf m’en parlait à la calanque d’Aygues-Sèches ; depuis ma rencontre, le soir, dans le vallon, avec Misé Jano, — car tout le monde l’appelle Mademoiselle, l’espiègle et cabriolante favorite de Norette ! — et la trouvaille que je fis d’une clef de collier perdue par elle : voici la troisième fois que cette endiablée Chèvre d’Or se met en travers de mon chemin. ”
“ Peu à peu, je m’habituai, sans réfléchir, à vous confondre tous les deux, le trésor et vous, dans les mêmes vagues projets de conquête. Pourquoi ne vous l’avoir point dit ? Mon silence fut mon seul crime ! Crime involontaire que j’expie, puisqu’il me coûte votre amour. Mais s’il est vrai que vos paroles d’aujourd’hui présagent une séparation éternelle, je jure ici, devant Dieu, en présence de Ganteaume, que nul calcul ne guidait mes pas, quand je suivais le torrent pierreux qui me conduisit au Puget-Maure ; je jure que, la première fois que je vous vis, prêt à vous aimer déjà, Norette ! ”
“ En exil au milieu du monde moderne, j’ai cette infirmité qu’aucune chose ne m’intéresse si je n’y retrouve le fil d’or qui la rattache au passé. Mon sentiment, d’ailleurs, peut se défendre : l’avenir nous étant fermé, revivre le passé reste encore le seul moyen qui s’offre à nous d’allonger intelligemment nos quelques années d’existence. Tu sais aussi, pour m’avoir souvent plaisanté sur un vague atavisme barbaresque que ton érudition moqueuse me prêtait, tu sais quel faible j’eus toujours pour les souvenirs de la civilisation arabe. ”
“ De sorte que, maintenant, ma marche vers le Puget-Maure n'est plus qu'une série de périlleuses escalades à travers des cascades sèches, amas de pierrailles et de blocs traîtreusement polis que rend plus glissants encore un tapis d'aiguilles de pins.Combien durèrent les deux heures? je l'ignore! le temps passe vite lorsqu'on fait ce ridicule métier de s'accrocher, sans repos ni trêve, des pieds, aux aspérités de la pierre, des mains, à quelque touffe de ciste, de lentisque, à quelque branche de figuier sauvage, dont les feuilles froissées m'entêtaient de leur forte odeur. ”
“ Au retour, j’ai retrouvé Norette, en compagnie de Tardive, dans la chambre où se consumaient les trois cierges, et qu’elle n’avait pas voulu quitter. Le soleil entrait par la fenêtre grande ouverte, caressant du même rayon le lit sur lequel M. Honnorat venait d’expirer, et le front pale de ma femme, ses yeux pleins de larmes, mais agrandis, animés déjà par l’étonnement et l’orgueil des premières maternités. Quel que soit l’excès de douleur, la vie proteste contre la mort, et toujours à la trame de nos deuils se mêle celle de nos joies ! ”
“ XXXIsainte sare — « Bon ! conclut Norette, ceci n’est rien, puisque j’ai tout de même mon bouquet... Voyons, Ganteaume : le ruban ? le cierge ? le carré de drap rouge ? » Ganteaume sort tout cela de l’inépuisable panier. — « Et maintenant il s’agirait de ne plus perdre une minute si nous voulons passer par le Pas du Sarrasin... Ganteaume, appelez Misé Jano. Heureusement que la brume ne doit pas s’étendre bien bas, et que je sais le bon chemin. » ”
“ Le clair de lune était magnifique, et l’on prolongeait la soirée au jardin. Nous étions assis, Norette et moi, sur le banc de pierre. M. Honnorat nous tournait le dos, fumait sa pipe et rêvassait, appuyé des deux coudes à la crête du petit mur. Nous causions doucement, de choses indifférentes, comme causent les amoureux, une émotion se devinant sous le flot des paroles vaines. Les dents de Norette brillaient. Je songeais, vaguement jaloux, l’amour est fait de ces sottises ! à l’enfantin baiser dont Ganteaume connaissait la douceur. ”
“ XXXIXla pierre Sans être ce qui s’appelle effrayé, je commence à craindre que mon aventure finisse par tourner au tragique. Je sens dans l’air, autour de moi, comme des dangers et des menaces dont le coup double de Galfar aurait été le significatif présage. Cet état de guerre ne me déplaît pas. Quelque romanesque en rejaillit sur le fond un peu monotone de mon existence au Puget. Norette semble plus émue. Elle connaît la haine que son brun cousin m’a vouée, et l’hommage ironique des perdreaux lui donne à réfléchir. Mais elle ignore, par bonheur ! ”
“ « Ceci, me dit-il, en prenant un air grave, est une clavette de sonnaille ; mais bien qu’ayant, dans le temps, gardé les troupeaux, je n’en vis jamais de pareille. D’abord, si je ne me trompe, on la croirait en fin ivoire. Et puis remarquez ces dessins : les bergers d’aujourd’hui ne savent plus travailler ainsi. Ça m’a l’air vieux comme les chemins. L’homme qui fit la clavette doit être mort depuis longtemps, et aussi la bête qui la portait au cou. » Je jugeai inutile de détromper l’hôtelier en lui racontant que la chèvre qui avait perdu la clavette se trouvait vivante, et bien vivante. ”
“ L’idée leur en vient tout à coup, au four, au lavoir, en causant du beau temps et de la pluie. La chose décidée, elles mettent leur robe de grand’messe, un bonnet repassé de neuf, et se présentent. Le petit bâton, qui symbolise une quenouille, est pour que la fillette, en grandissant, devienne active et laborieuse ; le sel, pour qu’elle reste pure ; le pain, pour qu’elle soit bonne comme le bon pain... — Et l’œuf, demande Ganteaume, à quoi sert l’œuf ? — L’œuf, répond Norette avec le plus grand sérieux, est pour qu’elle fasse un heureux mariage et pour qu’elle ait beaucoup d’enfants ! ”
“ Attention: patron Ruf se raille lui-même; et quand un Provençal se raille, il n'est jamais long à railler quelqu'un autre.Maintenant c'est aux gens du Puget-Maure qu'en a patron Ruf. Ils possèdent eux aussi un trésor, et c'est ce qui les rend si fiers, une chèvre en or qu'on rencontre la nuit broutant la mousse des montagnes. Jamais personne n'a pu la prendre tant elle court vite. Mais l'espoir fait vivre quoiqu'il engraisse peu; et si les Mouresq, comme on les appelle, sont tous maigres, c'est que, depuis longtemps, pécaïre! ils ne vivent guère que d'espoir. ”
“ Elle est si noble ! elle est si belle, la demoiselle du Puget-Maure ! Belle et brune comme Sara, noble comme la princesse dont elle m’apporta les fleurs. Si elle voulait, nous la ferions reine. Mais elle ne veut pas, son Destin est ailleurs... Nous la ferions reine au village des Saintes, selon la coutume, dans le rond de nos chariots, sur un trône en plein air, parée de diamants et d’or. ”
“ Sortir ? Jésus, Marie ! y pensez-vous ? s’est-elle écriée, les yeux au ciel, en faisant craquer ses mains ridées. Mais, par un temps pareil, le Père Éternel resterait chez lui. Écoutez un peu cette musique. Il pleut des tuiles, les arbres se rompent, l’eau des fontaines s’envole en farine ; et tout à l’heure, voulant aller chez un voisin, à deux pas, où tourne la rue, de peur de me voir emportée, j’ai dû me cramponner au mur, et je recevais dans la figure, en guise de sable, des poignées de cailloux plus gros que les dragées d’un baptême. — C’est le mistral ? — C’est le mistral. ”
“ XXIla fontaine Que le trésor ait existé, c’est certain ; la légende, la tradition, certains faits relevés par moi, tout le prouve. Qu’il existe encore, c’est probable : comment aurait-on fait pour en tenir secrète la découverte ? Mais le moyen de l’atteindre... voilà l’obscur ! Et peut-être sa destinée est-elle de dormir jusqu’à la fin des jours, aveugle sous terre, inutile, comme tant d’autres trésors perdus, dont les métaux, les pierreries, ne ressusciteront plus jamais aux joies vivantes de la lumière. ”
“ Un matin, arrive M. Honnorat, joyeux, bruyant, en équipage de poche. — « Allons, debout, tout est fini ! le médecin autorise une sortie. La lune nouvelle a fait son apparition cette nuit, et les châtaignes de mer doivent être pleines. » Tout convalescent est sensible à la gourmandise. Ce mot de châtaignes de mer éveilla soudain je ne sais quelles gastronomiques nostalgies endormies au fond de mon être. Depuis six mois au moins. M. Honnorat me la promettait cette pêche, et bien des fois, levés avant le soleil, nous étions descendus vers la Calanque, dans l’espérance d’un temps favorable. ”
“ LES PAPILLONS BLANCS—«Norette! Norette!» criait, de son creux d'ancien caboteur, M. Honnorat debout au pied de la tour.—«Norette!...» Mais Norette ne répondait point.—«Ah! vous pouvez bien l'appeler jusqu'à demain, interrompit une voix irritée, mademoiselle a quitté le four, me laissant seule, avec tout le souci, aussitôt la fougasse faite. Maintenant Mademoiselle est sous les toits, à son grainage; et quand Mademoiselle est à son grainage, le Père Éternel pourrait tonner qu'elle ne se dérangerait pas.» ”
“ Comme l’après-midi a été brûlante et que plantes et fleurs s’inclinaient altérées, Mlle Norette et Saladine font ruisseler largement, joyeusement, l’eau de la citerne, au grand désespoir de M. Honnorat, qui proteste. Mlle Norette rit. Les voix montent dans l’air frais du soir. — « Dès que l’on touche au robinet, s’écrie Saladine en montrant M. Honnorat, on dirait que son sang se verse. » Et Mlle Norette ajoute : — « Père sème ses haricots par gloire, moi, je leur donne à boire par pitié. » Puis M. Honnorat est sorti, toujours en querelle avec Saladine, et Mlle Norette est restée seule. ”
“ Norette s’est comme fermée. Elle paraît ne se rappeler rien. Et quelquefois je me demande si je n’aurais pas rêvé nos soirs d’amour au jardin, sous le regard complice des étoiles, comme j’ai rêvé notre visite à la grotte de la Chèvre d’Or. Ceci me torture affreusement, et m’empêche de savourer, dans leur pénétrante douceur, les joies de la convalescence. À se sentir vivre quand on croyait mourir, l’âme éprouve les émotions d’un retour. Mais quoi ? un ciel si bleu, un si clair soleil, des fleurs, des parfums, des chants d’oiseau, et pas le sourire de Norette. ”
Termes fréquents
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