Yves Farge

Yves Farge

Résumé

Portrait de Yves Farge Yves Farge Vent des fous (1946)

Lorsqu'il rase les flots en trombe, les vagues se font courtes, trapues, toutes fleuries d'écume, et leur mouvement n'est plus horizontal ; c'est un déplacement vertical, une montagne d'eau qui naît sur place sous la pression du vent. Le drame qui vient, c'est le sol de la côte qui le commande, et la falaise de la calanque, et la digue du port, et les rades hérissées de pics qui prétendent freiner la tourmente. Chaque fois que, vaincue, l'eau recule, des rouleaux de mer montent, la rappellent à l'ordre.
Source : Gallica

Portrait de Yves Farge Yves Farge Vent des fous (1946)

Le patron n'ose rien dire. Les petites vieilles du bord de mer, pense-t-il, sont comme les bergers qui montent d'Arles pour prendre leurs quartiers sur les pâturages du Briançonnais : ils voient plus loin que le moment parce que la vérité leur vient du ciel. Bien sûr, le vent ne s'arrête pas à des questions industrielles. C'est une force de la nature, le vent, qui se moque de tout et qui ignore si sous ce toit une marmite soupire ou un moteur tourne rond. Ce qu'elle dit, Doucette, n'a rien à voir avec la volonté du vent ; le vent n'a pas de volonté, il est vent et pas autre chose.
Source : Gallica

Portrait de Yves Farge Yves Farge Vent des fous (1946)

On distingue mal en cet instant la mer de l'a terre, et la terre du ciel ; et l'on se persuade vite à quel point toutes choses deviendront anonymes dès que l'univers sera dépeuplé. On dirait que le sang se retire des veines de Caréjou, que ses maisons sont livides sous le ciel gris, et que ses collines se meurent. Le Russe n'ose aller plus loin ; il redoute de voir tomber en cendre ce paysage familier. Plus rien ne compte pour lui que la clef lourde et froide qui pèse sur sa cuisse. Plus rien ne compte pour Doucette que l'intérieur de sa maison.
Source : Gallica

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