“ Nous gagnions visiblement. De quart d’heure en quart d’heure, le radeau de Sabine devenait plus distinct, et je jetai un cri de suprême allégresse en voyant se dessiner confusément sur le ciel une silhouette de femme. Mais l’angoisse mordit mon cœur à ce même moment : le jeune chef, plutôt que de nous abandonner Sabine, ne l’attirerait-il pas au fond du lac ? Ah ! qu’elle ne soit pas traînée dans les lourdes nappes de l’humide, son pauvre corps plus doux qu’un corps d’oiseau, son être aérien, sa beauté de créature faite pour peupler les jardins fragiles de notre Occident. ”
Sabine
Définition et enjeux
La Sabine est un fleuve traversant le Texas et la Louisiane, frontière naturelle et historique entre ces deux États. Son cours, long de 893 km, a marqué des conflits territoriaux et des échanges culturels, notamment au XIXe siècle. Des écrivains comme J.-H.
Rosny aîné ou Anna de Noailles ont abordé ce thème dans leurs œuvres littéraires, liant le fleuve à des symboles de vie, d’émotion ou de métamorphose. La Sabine, à la fois géographique et mythique, révèle une dualité entre son rôle stratégique et son importance symbolique dans la littérature française.
Citations sur “Sabine”
Anna de Noailles,
La Nouvelle Espérance
“ Des amis de son père, leurs fils, quelques jeunes filles de son âge venaient à leur maison à Paris, les rejoignaient en été au château que M. de Rozée possédait en Touraine. Sabine goûtait les plaisirs de l’air, des jeux ; elle éprouvait, avec un cœur affermi, qu’un plus robuste sentiment de la vie diminuait en elle la langueur et la mélancolie qui avaient accablé son enfance, l’avait retenue oppressée devant les violets du crépuscule, l’odeur molle des pétunias, le vent de l’automne dans les cheminées, le brusque cri de l’hirondelle. ”
Anna de Noailles,
La Nouvelle Espérance
“ Sabine voyait trembler les langues d’or des bougies, les bouquets blancs des fleurs de l’autel. Sur leurs sièges de velours, Marie et Jérôme étaient tout pâles, troublés de grandeur. Cette étonnante ivresse, ce ciel déchaîné, c’était pour célébrer leur pauvre amour ; cette fête d’or et de feu les rendait précieux l’un à l’autre. Sabine fut jalouse ; jalouse de penser que pour elle il n’y aurait plus jamais cette pompe, cet apparat ; quand elle aimait un homme, les cieux ne s’en mêlaient plus. Et le ténor continuait d’exhaler sa plainte vers la Vierge Marie. ”
