“ J’allai vers lui comme la tempête vers les chênes et, dans un délirant désespoir, j’implorais son aide, je lui montrais avec des gestes d’insensé la couche vide de Sabine. Un cercle d’hommes et de femmes se formait autour de moi dans la pâleur de l’aube, et les yeux d’escarboucles, les larges prunelles rigides me regardaient avec une évidente compassion. Les brumes se levaient au soleil ; l’horizon, sauf vers l’orient et l’occident, devenait d’une clarté précise, et je pus voir, loin dans le nord, une tache imperceptiblement mouvante que je signalai à mon frère des eaux. ”
J.-H. Rosny aîné
Résumé
« Nymphée », de J.-H. Rosny aîné, explore un univers aquatique où l'amour et le danger se mêlent. Sabine, entourée des mystérieux Hommes-des-Eaux, devient le cœur d'une quête passionnée, mêlant radeaux, marécages et tempêtes.
Les thèmes de la nature sauvage, de l'isolement et des relations humaines s'entrelacent dans un récit poétique et dramatique. L'auteur, à travers des descriptions oniriques et des conflits intenses, immortalise un amour tragique, traversé par la puissance des éléments et les ambiguïtés de l'existence.
Citations de Nymphée (J.-H. Rosny aîné)
“ Or, debout sur mon radeau, entouré de fermes et beaux nageurs, dans le vent, dans l’étincellement du lac, les vagues où chaviraient un monde de lueurs, le chant éperdu de mes Hommes-des-Eaux, c’était une chose vertigineuse. L’espoir et l’impatience se rencontraient dans ma poitrine comme des corps de cavalerie au nœud d’une bataille. Je voyais Sabine, mais elle ne pouvait me voir ; elle avait la tête tournée vers le large. Par quel artifice la contraignaient-ils ? Pourquoi le regard adoré ne venait-il pas au mien ? Vagues préoccupations d’amant, puéril jusqu’au cœur d’un drame. ”
“ L’enfant montra de la crainte aux premiers coups de tonnerre. Ces coups, d’abord étouffés sous les basses nues irrégulières, bientôt eurent un fracas épouvantable, quand la voûte fut plus haute et plus homogène. Les éclairs mordaient l’eau d’un zigzag bref, ou s’allumaient doux et larges comme des lunes électriques. Les vagues, visiblement s’élançaient vers le ciel, tandis que des nues descendaient, lentes d’abord, capricieuses, mais bientôt tout le lac se couvrit de flammes et de vacarme. La terreur de l’enfant me réveilla. Je lui fis signe de s’abriter au fond du lac et que je l’attendrais. ”
