“ Toute la vie de Norton tenait en ces deux images. La maisonnette de bois, c'était la famille, le vieux couché maintenant sous le marbre d'un monument de pierre portant ce nom, glorieux comme celui d'un fondateur de dynastie; Abraham Norton. C'était le père, la mère au bon sourire, les sœurs, mariées maintenant, et les deux frères, tous deux tués pendant la guerre de sécession, sous le drapeau étoilé. Le yacht, c'était la vie présente, l'amour profond d'une existence, l'unique amour, la récompense de toute une vie laborieuse, la femme adorée, la chère Sylvia! ”
Norton
Définition et enjeux
Citations sur “Norton”
“ Norton se livrait, parlant de ce monde d'affaires qu'il traitait, brassait, à distance, qu'il tenait comme au bout du câble transatlantique, inquiet de ce qui s'agitait dans la ville enfumée, Smoky town, Norton City, qui portait son nom, préoccupé de ses puits de gaz naturel de Pittsburg, de ses mines de Saint-John, de ses offices de New-York, la Cité Empire, remuant un monde à travers l'Atlantique et ne songeant cependant, en réalité, qu'à la santé de cette femme pour laquelle il venait quémander, lui, le roi du fer, du pétrole et de la houille, la science du maître de la Charité. ”
“ Comment ne lui serais-je pas reconnaissante de tout ce qu'il a fait pour moi! répondait Sylvia. M. Norton n'aime point Paris et il y est venu parce qu'il prétend que le docteur Fargeas peut seul me guérir de cette espèce de maladie qui me mine, une sorte d'anémie, une affection cardiaque, je ne sais pas trop quoi. Norton a des soucis d'affaires à New-York et il a tout quitté pour cette vie nouvelle, qu'il s'efforce de me rendre, en France, aussi brillante et aussi enviée que possible. Je ne connais pas d'homme meilleur, d'ami plus dévoué, de cœur plus loyal. ”
“ C'est comme ça! Mme Norton donc? Vraiment souffrante! dit le docteur, qui, tout en se dirigeant vers la porte, regardait Sylvia du coin de l'œil.—Pas imaginaire? fit Montgomery.—Eh! eh! L'imagination joue peut-être aussi son rôle dans cette souffrance-là.... L'imagination... ou le souvenir!—Pauvre Norton! murmura l'Américain, il l'aime tant!—Oh! aucun danger! Dieu merci! Bonsoir! dit Fargeas.Et il se retira vivement, à l'anglaise.La soirée d'ailleurs s'avançait. Et depuis l'arrivée de Georges, une sorte de contrainte particulière emplissait le salon, planait sur les invités de Norton. ”
“ Mais Mme de Solis, comme si elle eût tout deviné, répondit bien vite en s'adressant à Norton:—On ne guérit pas en un jour des affections qui datent de loin déjà, mais tout arrive à qui sait attendre! Je suis persuadée que mistress Norton retournera à New-York complètement rétablie. Rétablie et heureuse! Oh! je n'ai pas besoin du docteur Fargeas pour prédire ça! Je suis femme. Cela suffit!—Je souhaite que vous disiez vrai, marquise! fit Norton, car la santé de ma chère Sylvia, le bonheur de mistress Norton, voilà ce qui me rend anxieux à toute heure de ma vie! ”
Arthur de Gobineau,
Souvenirs de voyage
“ Cette race normande, la plus agissante, la plus ambitieuse, la plus turbulente, la plus intéressée de toutes les races du globe, est en même temps la plus portée à reconnaître et à pratiquer le renoncement aux choses. Norton, né dans une situation sociale propre à lui permettre de prétendre à beaucoup, ne s’était jamais reposé sur les protections qui entouraient sa jeunesse, et, par orgueil comme par activité naturelle, il s’était donné autant de mal que l’eût pu faire un homme de rien pour gravir le plus vivement possible les échelons de son métier. ”
Arthur de Gobineau,
Souvenirs de voyage
“ Norton rendit silencieusement le salut que lui adressa le navigating-officer, enveloppé dans son paletot comme un digne homme arrivé à la fin de son quart de nuit, et promena les yeux sur la scène ouverte autour de son navire. L’aube se levait et donna vivement à Norton l’impression de la sagesse extrême des poètes du passé, qui ont vu et décrit l’Aurore avec des doigts de rose ; en général, aucun pays au monde ne porte si bien à personnifier les phénomènes de la nature que les pays du Levant. ”
“ C'est le plus loyal des hommes!...—Il ne vous comprend pas, il voit dans vos yeux des larmes et il ne fait rien pour les empêcher de couler. Ah! il me semble, moi, que, pour ramener à vos lèvres un sourire, je remuerais ciel et terre!—Norton est votre ami! Ne parlez pas de Norton! répéta Sylvia fermement.—Eh! dit le jeune homme avec colère, il est votre mari!... Et, quand j'y songe, toute cette amitié me pèse et je la déteste, et je voudrais le haïr!...—Georges!—Vous aime-t-il autant que moi? s'écria M. de Solis. Vous devine-t-il comme moi? ”
“ Norton, nerveux, haussa les épaules et, comme pour se contraindre au calme, mit les mains dans ses poches, arpentant le salon à grands pas et se retournant pour regarder M. de Solis qui, debout, restait impassible. L'Américain, qui maniait les hommes et le fer, redevenait, pour un moment, brutal et laissait, avec des halètements de locomotive, exhaler ses doutes:—Oui, ah! parbleu, oui, d'une autre! Voilà le mot. Et voilà bien aussi ce qui fait que votre refus m'est expliqué! Comment épouseriez-vous Éva si vous en aimez une autre? ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ Les admirateurs ne leur manquent pas. Mme Norton, victime éclatante de la société anglaise, et qui, à l’instar de lord Byron, joint beaucoup de fierté et d’énergie morale à la plus heureuse organisation poétique, s’est détachée avec bonheur de ce bataillon de muses nuageuses. C’est la seule femme de l’Angleterre actuelle qui réunisse les qualités de l’imagination poétique, de l’émotion passionnée et d’une grande habileté dans la forme. ”
“ Il avait dit cela d'une voix assurée, debout, cherchant des yeux Sylvia, qui écoutait, muette, avec un sourire de reconnaissance dévouée.—Monsieur Norton, dit Liliane en riant, prenez garde! Il ne faut jamais parler de son bonheur si haut.Norton la regarda, un peu inquiet.—Je sais. Cela tente le sort! Mais je lui paie rançon. Croyez-vous que si la santé de mistress Norton ne l'exigeait pas, j'aurais jamais quitté New-York pour Paris?... Oui, dit Richard en souriant à Fargeas, oui, c'est la faute de ce cher et illustre maître si je suis ici. ”
“ Mais je vous avoue, ma chère Sylvia, dit-il en se tournant vers sa femme, que ce n'est pas l'Amérique qui m'inquiète le plus vivement aujourd'hui.—Et c'est? dit-elle en posant sur un guéridon le Harper's Magazine.—C'est vous! répondit Norton.—Moi?—Oui! Vous êtes de plus en plus pensive, souffrante. J'ai bien peur que toute la science de Fargeas....Georges éprouvait une sorte d'angoisse. Jamais Norton, qui s'était confié à lui dans l'intimité, ne parlait tout haut de ses inquiétudes. Le marquis voulait détourner une conversation qui pouvait être pénible à Sylvia. Il n'osait pas. ”
Arthur de Gobineau,
Souvenirs de voyage
“ Norton s’avança vers le petit manoir le cœur tout ouvert, l’âme exaltée d’une joie sans cause et se laissant caresser l’esprit par mille idées, par mille pensées, par mille sentiments tous plus vifs, plus gais, plus animés les uns que les autres. ”
Richard Cortambert,
Un drame au fond de la mer ; suivi de L'histoire de trois capsules
(1876)
“ Le criminel ne pouvait être qu'un des deux ingénieurs, et toutes les probalités accusaient Norton. Le capitaine, qui avait appris à juger les hommes, comprit que dans la société bien des scélératesses ont un but ; l'enfant peut faire le mal par caprice ; l'homme, qui réfléchit, le commet presque invariablement par intérêt. Or, de Sartène disparu, Norton arrivait d'emblée au poste de premier ingénieur, qu'il ambitionnait. Les raisonnements les plus simples devaient, à priori, on le voit, être peu favorables à celui qui bénéficiait de la mort du pauvre Henri. ”
Richard Cortambert,
Un drame au fond de la mer ; suivi de L'histoire de trois capsules
(1876)
“ Quelques mots d'éclaircissement sur les deux ingénieurs à la veille d'accompagner Henri de Sartène. L'Américain Norton, désigné pour avoir le second poste, était un excellent marin, mais un esprit excentrique, mécontent, indocile, fantasque. Sa chevelure noire, épaisse, crépue, plantée sans ordre, lui venait jusque sur les yeux. Ses sourcils formaient une arcade sombre. ”
“ Le front volontaire, où l'ossature sous la peau semblait de pierre, s'encadrait d'une chevelure rousse un peu grisonnante aux tempes et les lèvres rasées énergiques, franches, la longue barbe au menton, les oreilles écartées du visage, la tenue même un peu puritaine—une redingote longue, boutonnée sur ce grand torse solide—rien, chez l'Américain, n'avait changé, subi d'atteintes; et, à son tour, Norton, de ses yeux gris enfoncés dans des sourcils hérissés en broussailles, interrogeait le visage du marquis et disait gaiement:—Vous êtes toujours le même! ”
“ Rien de romanesque, dans cette rencontre: il était tout simple que Georges allât droit à Richard qu'il aimait, et Sylvia, étant devenue la femme de Norton, tout naturel que le rêve d'autrefois se fondît en une sympathie faite de dévouement et de respect. La vie est pleine de ces romans inachevés. Mais, dans la première pression de mains, en donnant à Sylvia ce «shake-hands à l'américaine», dont parlait Norton, Solis avait, presque avec effroi, senti un frémissement inattendu et comme une terreur. ”
Jean-Marie Dargaud, Histoire de Marie Stuart
“ Norton avait été choisi par Northumberland pour porter le drapeau de la nouvelle croisade contre l'hérésie de Henri VIII et de sa fille, et ce drapeau était décoré de trois symboles : la croix, les cinq plaies du Sauveur et le calice de l'Eucharistie.Norton consulta ses neuf fils, et délibéra avec eux. Et huit d'entre eux parlèrent et répondirent en chœur : « O mon père! jusqu'au jour de notre mort, nous serons fidèles à ce bon comte et à vous. »L'aîné, Francis, est le seul à dissuader son père, mais le voyant résolu, il lui demande la permission de le suivre sans armes. ”
Richard Cortambert,
Un drame au fond de la mer ; suivi de L'histoire de trois capsules
(1876)
“ Norton est un véritable modèle, etc. » Nos lecteurs sont gens trop perpicaces pour ne pas compléter la lacune de l'et cœtera. Passons au portrait tracé dans une autre feuille, le célèbre Times lui-même : « L'ingénieur Norton est un homme de 40 ans, petit, trapu, un véritable taureau; ses cheveux sont roux, sa barbe est fauve ; il agite sa crinière comme celle d'un bison. Ses yeux bleu faïence lancent des regards furtifs, indécis, inquiets. Il a les lèvres minces, le front assez découvert, etc. » ”
“ Plus de nerfs, n'est-ce pas?—Plus du tout, répondit Sylvia qui s'efforçait de sourire.—Oh! les nerfs, les nerfs! ajouta Mme Montgomery en riant. Une femme s'en sert comme de son éventail, pour les besoins de sa cause. Est-ce qu'on a des nerfs?Le gros Offenburger s'était approché, les yeux allumés, quand Norton avait parlé de ses tableaux, comme s'il eût entendu compter un sac d'écus. Collectionneur d'œuvres d'art, il savait que la galerie Norton était célèbre.—Diable, cher monsieur Norton, vos tableaux, disiez-vous, vous les avez fait transporter en France? ”
“ Mme Norton! Elle portait un autre nom, lorsqu'il l'avait rencontrée, il y a quatre années déjà, à New-York, chez M. Harley, son père, et lorsque, dans les causeries de jeune homme à jeune fille, dans les confidences irréfléchies, plus intimes chaque jour, il s'était laissé aller à avouer presque à cette Sylvia—Sylvia! l'écho de ce nom était ce qui lui restait de ce passé!—tout un amour grandissant, le seul amour vrai qu'il eût éprouvé de sa vie. Et elle-même, cette Sylvia, ne semblait-elle pas l'aimer? ”
Georges Pradel,
Le Diamant rouge
(1884)
“ Mais le houcka fume tout seul et le plateau est intact. Les sourcils de sir Gérald sont froncés ; par moments il prête l'oreille, mais il ne peut entendre que les roulements du tonnerre et le bruit de la pluie qui tombe à torrents. A tout instant Norton se lève, marche à grands pas, s'arrête, reprend sa marche et revient s'asseoir en se tordantt les mains. ”
Georges Pradel,
Le Diamant rouge
(1884)
“ Des ordres, répéta sir Gérald, des ordres !. A moi, sir Gérald Norton ! Mais c'est un rêve, un horrible cauchemar. – Ce n'est point un rêve. Ce qui est un rêve, c'est ta noblesse, ta fortune, ton luxe, tout cela est le fruit de mes oeuvres, comme ce palais que tu habites, comme les chevaux que tu montes, les joyaux que tu portes, comme tout ton bien, comme toi-même, car tu n'existes, ne l'oublie jamais, et le doigt menaçant de Butler s'étendit vers le jeune homme, que de par ma volonté. ”
“ Norton laissa tomber enfin le mot:—Oui. Le divorce.Elle tressaillit.Mais lui, froidement:—Oh! rien n'est plus simple. Malheureuse avec moi, vous pouvez être heureuse une fois libre. Si je n'acceptais pas ce moyen, je serais un égoïste. Et je puis être un farouche, un violent... je ne suis pas un égoïste, Sylvia.—Et c'est vous qui voulez....—C'est moi. Je vous aime assez pour faire ce sacrifice. Voilà où m'a conduit la réflexion de cette nuit. Je ne vous dis point que je n'en souffre pas, mais peu importe! L'homme est fait pour souffrir! ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ Est-il pauvre, on le fait dissipateur. Si sa position est forte, on parvient à l’affaiblir ; si elle est faible, on la ruine. Le procédé est d’une simplicité excessive et ne manque jamais son coup. Quant à mistriss Norton, elle offrait beaucoup de prise à cet ennemi sans pitié, par un mariage peu assorti, que l’inégalité d’âge et d’humeur signalait à la curiosité, et par ses talens variés. ”
Charles Malo, Trois ans de voyage d'un prince indien… (1865)
“ Sir Norton et lui s' étaient liés franchement d' amitié ; quoique leur caractère fût si différent , ils s' entendaient fort bien ensemble , à la seule condition toutefois de n' amener jamais la conversation entre eux sur le chapitre de la France ou de l' Angleterre : c' est un terrain brûlant sur lequel l' esprit national se montrait , de part et d' autre , singulièrement chatouilleux . ”
“ Plaie d'argent n'est pas mortelle! Ce qui tue, c'est la douleur morale!La nécessité, qui le contraignait à régler ses affaires à la Banque, à prendre sa place sur un transatlantique, balayait, du reste, un peu ses idées noires. Au Havre, le mouvement du port, vers les docks et les bassins, lui donnait l'illusion de la patrie, le frémissement des rudes labeurs au temps de sa jeunesse.Norton éprouvait, à se trouver parmi ces matelots, la sensation d'être à New-York ou dans quelque port américain où se brassaient des millions d'affaires. ”
“ Ah! mon pauvre oncle!... Sylvia! Sylvia!—Oh! il faut être juste, c'est M. Norton qui la veut, cette séparation, fit Mme de Solis, c'est lui. Mais mistress Norton a bien raison d'accepter, bien raison. D'abord et avant tout dans la vie notre bonheur à nous, notre destinée à nous! Il souffrira peut-être, lui, mais est-ce que vous ne souffrez pas, et depuis des années, ma chère Sylvia? Il est attristé, il est malheureux, mais, le malheur, nous savons tous le supporter, je pense? Surtout quand il atteint les autres! Soyez raisonnable, miss Meredith: mistress Norton est jeune! Elle peut être libre ”
“ Pourquoi ce visage inquiet? Norton avait la sensation que le duel de M. de Solis avec le colonel Dickson effrayait la jeune fille: mais il ne voulait ni la questionner ni donner d'explications. Il se contenta de quelques phrases vagues dites d'un ton paternel, et recommanda, comme Fargeas eût pu le faire à Sylvia, un peu de calme et de repos.Éva monta à son appartement en essayant de paraître rassurée.Norton, lui, sortait pour aller tout droit chez Georges de Solis. Il voulait parler en homme à celui qui avait été son ami. Rencontrerait-il le marquis? ”
“ L'Américain se retrouverait d'ailleurs prêt à la lutte et n'ayant rien perdu de cette énergie, de cette combativité, de cette sorte de courage à la fois musculaire et moral qu'ils appellent le pluck. Norton était debout, de grand matin, ayant combiné tout un plan de campagne. Il prit un bateau pour le Havre, voulant avant de quitter la France laisser des instructions à la Banque, arrêter aussi, à bord de la Normandie, qui partait dans trois jours, le samedi, une cabine pour lui et Sylvia, car peut-être demanderait-il à mistress Norton de l'accompagner. ”
