“ Très froid, l'Américain affectait de sourire et, d'un ton net, continuait, en se croisant les jambes et en jouant avec un cigare qu'il ne fumait pas:—Oh! ce n'est pas Mlle Offenburger. Non. Une charmante jeune fille. Très bonne. Toute à se dévouer à celui qu'elle aimera. Un petit cœur d'or, et, avec ce cœur-là, pour dot, trois millions.—Norton! dit Solis en fronçant le sourcil.—C'est peut-être trop peu? fit l'Américain, en souriant, comme s'il se méprenait sur le sentiment du marquis. Mais elle peut regarder comme à elle une partie de ce que je possède. C'est Éva, ma nièce Éva! ”
Jules Claretie
Résumé
L’Américaine, de Jules Claretie, explore les tensions entre amour, statut social et identité à travers les destins entrelacés de Norton, un millionnaire américain, et Sylvia, sa jeune épouse. Le roman mêle récits de passion et de conflits familiaux, notamment entre le marquis de Solis et les Norton, tout en dépeignant les ambiguïtés de la vie parisienne.
Les thèmes de l’honneur, de la liberté et des illusions sociales se dégagent des dialogues et des réflexions introspectives des personnages, comme le révèle l’émotion de Sylvia face à l’art ou les découvertes sur les origines de Norton. L’œuvre, publiée en 1876, reflète les enjeux d’une époque en mutation.
Citations de L'américaine (Jules Claretie)
“ Toute la vie de Norton tenait en ces deux images. La maisonnette de bois, c'était la famille, le vieux couché maintenant sous le marbre d'un monument de pierre portant ce nom, glorieux comme celui d'un fondateur de dynastie; Abraham Norton. C'était le père, la mère au bon sourire, les sœurs, mariées maintenant, et les deux frères, tous deux tués pendant la guerre de sécession, sous le drapeau étoilé. Le yacht, c'était la vie présente, l'amour profond d'une existence, l'unique amour, la récompense de toute une vie laborieuse, la femme adorée, la chère Sylvia! ”
“ Elle est très heureuse. Bah! mon cher Georges, une femme console d'une femme! Il y a un proverbe espagnol qui dit: «La tache de sang de la mûre, une autre mûre l'efface!» Vous en verrez chez moi, au parc Monceau, des Américaines, brunes, blondes, rousses, et de délicieuses, et de capiteuses, et de charmantes, et c'est peut-être—en dépit de vos restrictions sur la race—l'une d'elles qui effacera l'image de votre compatriote.—Peut-être! répondit M. de Solis.Puis, regardant toujours cette pendule où l'œuvre d'art se faisait machine, il ajouta:—Je ne crois pas!L'Américain haussa les épaules. ”
