“ Le lâche aura dans l'ombre, au gré de ses souhaits, Par le plus noir de tous couronné ses forfaits. Il aura... Quel soupçon dans mon coeur vient de naître ? Serait-il vrai, grands Dieux ! que Pison fût un traître ? Lui de qui tant de fois le zèle peu commun... Il m'aime, il l'a fait voir ; n'importe c'en est un. Pour venger son amour que sa rage surmonte, Il a fait ce grand crime, et se cache de honte : Aux fureurs d'un tyran son désespoir s'est joint. Je ne m'étonne plus s'il ne se montre point : Il me craint. Va méchant ta crainte est inutile : À qui veut l'imiter César offre un asile ”
Edme Boursault
Élements biographiques
Edme Boursault (1638-1701), dramaturge français né à Mussy-sur-Seine, s’impose comme une figure essentielle du théâtre classique grâce à ses comédies en épisodes et ses satires percutantes. Auteur de Germanicus, Le Mercure galant et Ésope à la ville, il allie esprit critique et ironie sociale, dénonçant à la fois les normes du théâtre et les hypocrisies du pouvoir.
Son style, caractérisé par une verve mordante et des dialogues dynamiques, se distingue par une structure décentralisée, où des scènes indépendantes s’entrelacent sans suivre une trame linéaire. Son différend avec Molière et Boileau, notamment autour de L’École des femmes, met en lumière une sensibilité aiguë aux enjeux artistiques et culturels de son temps.
Citations de Edme Boursault
Edme Boursault,
Théâtre de feu M. Boursault
“ Rendez-moi votre amour ; reprenez votre haine. ISMENE. Mais lorsqu’on vous a pris dans le Cours de la Reine... Le premier NICANDRE. Lui, Madame ? C’est moi qu’on a pris dans ce lieu. IACINTE. Tout va le mieux du monde, ou je me donne à Dieu ; Car aucun contre aucun n’aura sujet de plainte. CRISPIN. Puisqu’Isméne est aimée, Hipolite, & Iacinte, Sans nous embarrasser d’aucune autre raison, Prenons chacun la nôtre, & sortons de prison. Que dis-tu de l’avis ? Di-moi donc, ma petite ? Le second NICANDRE. Pour moi, j’adore Isméne. ”
Edme Boursault,
Théâtre de feu Monsieur Boursault
“ Je n’en veux vraiment point.Connois-tu bien Esope ? LAIS. Il ne faut pour le voir prendre aucun Microscope. De son hideux aspect on est d’abord frapé. Hors l’esprit qu’il a droit, il a tout éclopé ; Et quoique sa Morale ait des traits admirables, L’Hymen n’est pas un Dieu qu’on repaisse de Fables ; En un mot, quelque Epoux qui me soit destiné, Je le veux, si je puis, bien conditionné ; Que rien n’y manque. ARSINOE. Que rien n’y manque.Esope a l’esprit net, affable. LAIS. L’esprit net, il est vrai ; le corps indéchiffrable. C’est d’une fort belle ame un fort vilain étui. ”
