“ Votre sagesse, je veux le croire, est au-dessus de votre âge ; mais croyez-vous pouvoir, dans un pays inconnu, lutter contre un guerrier plein d’expérience et fécond en ruses comme le prince d’Orange ? Vous imaginez-vous qu’un homme que je n’ai vaincu qu’à force de stratagèmes, d’adresse et de prudence, cède à votre fougue et à votre impétuosité ? — Seigneur, répliqua le duc de Médina-Cœli quand son émotion lui permit enfin de prendre la parole, j’ignore quelles seront les conséquences de la faveur que le Roi m’a accordée, mais je suis déterminé à encourir la chance. ”
Henri Moke
Élements biographiques
Henri Moke (1803-1862), historien et écrivain belge francophone, s’inscrit dans la tradition des récits historiques marqués par une conscience nationale.
Issu d’une famille flamande, ses romans, tels que Les Gueux de mer (1827) ou Hermann ou la Civilisation et la Barbarie (1832), explorent les conflits d’identité belge sous l’occupation espagnole, mêlant récits de résistance et réflexions sur la mémoire partagée. Son œuvre, ancrée dans les enjeux de l’histoire européenne, allie érudition et dramaturgie pour dépeindre les tensions entre tradition et modernité.
Citations de Henri Moke
“ Quelque odieux que fut le cruel Espagnol, l’altération de ses traits et sa voix déchirante inspirèrent de la pitié à Louis de Winchestre. Votre fils ! répondit-il, je l’ai enlevé à l’opprobre et à l’infamie : il est mort de la mort des braves... — En combattant son père ! interrompit le duc avec un geste de désespoir. — En arrachant une femme à des soldats effrénés, répliqua le jeune homme. Il s’est conduit en homme généreux, et son dernier soupir a été reçu par des amis. — Ainsi, reprit Ferdinand de Tolède, après un moment de silence, vous avez assisté à ses derniers moments ? ”
“ Déjà le soleil avait parcouru près du tiers de sa course, et depuis quatre heures les deux marins s’occupaient à reconnaître les parages dans lesquels ils naviguaient, quand tout à coup celui qui ramait, laissant échapper ses rames, se baissa et saisit un gros mousquet posé au fond de la chaloupe. — Eh bien ! pilote, s’écria d’un ton impérieux le jeune homme qui se tenait debout à l’arrière du canot, pourquoi nous arrêtons-nous ? Le vieux marin étendit le bras vers le rivage, et, montrant du doigt un homme qui se tenait près du bord : Mon lieutenant, dit-il, c’est un soldat espagnol. ”
