Maurice Bonneff

Élements biographiques

Maurice Bonneff Didier homme du Peuple

Papa surgit quelquefois, au milieu de fantômes, mais Didier n’a guère le temps de retenir une pensée. Elles volètent dans sa mémoire et se sauvent à tire d’ailes, chassées par l’effort musculaire qui absorbe toutes les forces, y compris celle du cerveau. Didier besogne comme un chien qui tourne une meule, un cheval qui meut un manège. Didier pousse la brouette et son jeu mécanique ne lui inspire bientôt plus que les idées qui naissent du métier : l’évaluation d’un poids, le nombre de briques, la facilité pour le roulage d’un chemin sec ou détrempé.
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Maurice Bonneff Didier homme du Peuple

Lorsqu’il a la crampe dans les cuisses, les bras insensibles, il est onze heures et il est temps aussi de reposer les brancards, à moins de tomber le nez sur l’argile... Le repas du soir est délicieux, non point à cause des mets, — Didier ne distingue plus la saveur du lard, des haricots secs, des pommes de terre, ou du collet de bœuf — mais parce qu’il indique la fin du travail. Au contraire, Didier n’aime pas le genièvre, parce que la goutte précède le départ de la première voiture à bras... Pour lui, la vie est une colline escarpée qu’il gravit, la brouette aux mains.
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Maurice Bonneff Didier homme du Peuple

Didier sent qu’il va pleurer, mais il se retient parce qu’il a peur du monde... Ça fait bouger sa figure et il fait une grimace. La phrase : Tu bouffes le pain des autres, hurle à son tympan ; elle frappe son cerveau comme le battant d’une cloche. Et il s’arrête pour dire : « Je ne veux plus être nourri par eux et je n’irai plus les voir ! »
D’abord, il va mourir, comme papa. Il se mettra à plat ventre sur la chaussée, un omnibus passera sur lui ! On verra ce que dira M. Voisin quand il ne sera plus saoûl et qu’il saura la mort de Didier !
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