Dr C. Vanlair

Résumé

Dr C. Vanlair Revue des Deux Mondes

A parler vrai, le souvenir de la douleur n’est pas le rappel de la douleur. Quelque intense, quelque tenace qu’il soit, jamais il ne fera revivre l’impression disparue. Celle-ci pourra bien évoquer en nous un sentiment rétrospectif d’épouvante et d’horreur : mais, en aucun cas, l’imagination la plus plastique, la mémoire la plus fidèle ne parviendront à reconstituer ses traits. La page de notre vie où s’est inscrite une souffrance passée, cette page, nul d’entre nous ne l’a jamais relue.
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Dr C. Vanlair Revue des Deux Mondes

Dans ce fier défi porté à la douleur, rien n’apparaît encore du renoncement des ascètes futurs. Les stoïciens d’alors ne songeaient guère à considérer les vicissitudes de l’existence comme une épreuve rédemptrice, une juste expiation imposée à l’homme par la volonté divine. Pour eux, la souffrance formait, au contraire, une condition essentielle de la félicité terrestre : soit qu’elle prodiguât à tous ses fortifiantes leçons, soit que, par contraste, elle nous fît mieux apprécier les bonheurs de la vie. On ne peut, disaient-ils, éprouver la sensation du bien-être parfait qu’après avoir pâti.
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Si, rebelles à toute médication, les assauts de la douleur se répètent sans trêve, l’insomnie et l’inanition triomphent de l’énergie physique et morale du malade. Le poids du corps diminue, l’impotence musculaire devient complète, la peau se décolore, le cœur ne bat plus que faiblement, la température s’abaisse. Au fond de leurs orbites, les yeux seuls conservent encore une apparence de vie avec, dans leurs prunelles à demi éteintes, la navrante expression d’un désespoir incurable.
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