“ Je viens affranchir Rome, & vous estes captive. Pour prix de vostre amour, pour fruit de mes exploits, Camille, Aufide icy vous tiennent sous leurs lois. Je suis aimé de l’une, & vous l’estes de l’autre : J’ai sçeu garder mon cœur : garderez vous le vostre, Madame ? Quelle force auront vos tristes pleurs Contre l’amour jaloux de vos cruels vainqueurs ? Vous estes dans leurs fers. VIRGILIE. J’y suis : mais en Romaine, Et ma captivité me cause peu de peine. Oüy, Seigneur, je sçavois vos ordres inhumains, Et l’accueil qu’en ces lieux on faisoit aux Romains. ”
Gaspard Abeille
Résumé
"Coriolan", tragédie de Gaspard Abeille, explore les tensions entre amour, honneur et vengeance dans un conflit opposant Romains et Volsques. Les personnages principaux, Coriolan, Virgilie, Aufide et Camille, incarnent des dilemmes émotionnels et politiques.
L'œuvre mêle récits de rivalité, de trahison et de dévotion, comme en témoignent les dialogues chargés de passion et de conflits intérieurs. Publiée dans un contexte où les rapports de pouvoir et les enjeux sentimentaux occupent une place centrale, cette œuvre révèle les contradictions d'un héros déchiré entre devoir et désir, aboutissant à des conséquences fatales pour tous.
Citations de Coriolan (Gaspard Abeille)
“ À son pays détruit par son amant rebelle ! Que dis-je ? songe-t-elle en ce cruel moment Qu’après trois ans d’amour elle n’a plus d’amant ? Tant de serments si saints n’ont donc fait qu’un parjure ? Madame, à vos appas mes larmes font injure : En vain pour les cacher je fais ce que je puis. Mal-gré moy... CAMILLE. Je conçois l’excez de vos ennuis. Ils ne m’offencent point : mais j’ay peine à comprendre Que l’amitié produise une douleur si tendre. Aux maux de Virgilie avez-vous tant d’égard ? VIRGILIE. Ah ! ses maux à mes pleurs n’õt que la moindre part. ”
“ Non, j’atestay les Dieux en essuyant ses pleurs, Qu’un plus heureux moment réüniroit nos cœurs. Ce moment n’est pas loin. Je tiendray ma parole. Bien-tost tu me verras au pié du Capitole Demander Virgilie à ces seditieux : Et de leur sang versé faire hommage à ses yeux. ALBIN. Vous croyez donc qu’Aufide y consente sans peine ? Que Camille vous cede aux vœux d’une Romaine ? Et qu’après la victoire elle vous laisse en paix Par de cruels mépris répondre à ses bien-faits ? Défiez-vous, Seigneur, de l’amour de Camille. Craignez tout d’un pouvoir qui luy rend tout facile. ”
