“ Et si mes actions sont autant de forfaits,Ce bras aurait puni les crimes qu’il a faits. Mais hélas une feinte, une feinte mortelleRend en la différant ma peine plus cruelle,Et me gêne aujourd’hui sans flammes et sans fers,Plus que mille bourreaux et plus que mille Enfers.Tout ce que des destins la haine redoutable Peut employer au mode à faire un misérable,Tout ce que la fortune a de plus outrageux,Tout ce que le Ciel même a de plus orageux,Tout ce qui fait trembler ou d’horreur ou de crainte,Mon esprit accablé le trouve en cette feinte. ”
Feinte
Définition et enjeux
La feinte désigne une action délibérément trompeuse, utilisée pour dérouter ou manipuler un adversaire. Dans la littérature, Pierre Du Ryer la représente comme un stratagème cruel, tandis que Marcel Proust la rattache à une tactique émotionnelle, où la sensibilité est impliquée comme en guerre.
En escrime, Roger de Beauvoir et Cordelois décrivent ses techniques précises, soulignant son rôle stratégique dans le duel. Adolphe Mazure, quant à lui, en explique l'étymologie, liant le terme à la simulation. Ce concept, présent dans les arts, les lettres et la philosophie, révèle une dimension universelle de la dissimulation, reliant attaque, parade et réflexion.
Citations sur “feinte”
Roger de Beauvoir,
Les armes et le duel. [précédé de Notice sur l'auteur…
(1864)
“ C'est une feinte employée pour faire tirer sur soi ou pour inquiéter l'adversaire et l'entraîner à des mouvements irréguliers ou dangereux pour lui. Ils s'emploient pour s'assurer que l'adversaire ne veut pas tirer en même temps que vous ; s'il fait la moindre démonstration de cette intention, il faut continuer votre assaut en précédant toutes les attaques de faux temps, afin de parer et riposter dans le but d'éviter le coup double. Le faux temps est le mouvement simulé d'un coup quelconque. Il est d'une grande utilité contre les hommes qui tirent au moment où vous-même portez un coup franc. ”
Adolphe Mazure, Dictionnaire étymologique de la langue française… (1863)
“ FEINDRE, lat. fingere, simuler, contrefaire, former; travail de l'esprit; — feindre des sentiments que l'on n'a pas; — feinte, fiction : La feinte est un pays plein Je terres désertes. LA FONTAINE. FÊLER, lat. fissulare, se dit d'un vase fendu, dont les morceaux demeurent, mais qui ne saurait garder la liqueur. — « Cœur fêlé, » dit Fénelon dans Télémaque; qui a des fentes et ne peut garder le secret. ”
Marcel Proust,
La Prisonnière
(1923)
“ Comme les généraux qui, jugeant que, pour qu’une feinte réussisse à tromper l’ennemi, il faut la pousser à fond, j’avais engagé dans celle-ci presque autant de mes forces de sensibilité que si elle avait été véritable. ”
Marcel Proust,
Le Côté de Guermantes
(1920-1921)
“ Une action particulièrement violente sur un point peut signifier le désir de le conquérir, mais aussi le désir de retenir là l’adversaire, de ne pas lui répondre là où il a attaqué, ou même n’être qu’une feinte et cacher, par ce redoublement de violence, des prélèvements de troupes à cet endroit. (C’est une feinte classique dans les guerres de Napoléon.) ”
Collectif, Encyclopédie méthodique/Arts académiques
“ Pour bien faire une feinte il faut i°. dégager. Voyez Dégagement volontaire, & faire le mouvement de porter une botte sans avancer le pied droit ; 2°. dans l’instant que l’ennemi pare cette fausse botte, vous évitez la rencontre de son épée, voyez l’article Dégagement forcé, & incontinent on allonge l’estocade, pour saisir le temps que son bras est occupé à parer. (Double feinte) ; elle se fait lorsqu’on attaque l'ennemi par deux feintes. Feinte droite, c’est faire une feinte sans dégager. ”
Roger de Beauvoir,
Les armes et le duel. [précédé de Notice sur l'auteur…
(1864)
“ Soyez donc persuadé que les feintes faites en marchant sont anormales. Car si votre adversaire attaque en ce moment, vous êtes perdu. Vous est-il facile de marcher, feinter, parer, lorsque l'adversaire peut vous porter un coup? Non, la feinte peut précéder ou suivre la marche, mais jamais elle lie doit avoir lieu en même temps. ”
Georges Lechartier, Revue des Deux Mondes
“ Il faut, pour bien conduire le bluff, de l’assurance, du coup d’œil, une grande habitude de la feinte, un tempérament sportif, surtout de l’audace et, — plus encore, — le mépris de toute considération d’humanité. ”
Cordelois, Leçons d'armes. Du duel et de l'assaut… (1872)
“ Engagé comme ci-dessus en tierce, faites feinte du coupé dans les armes, votre adversaire parant quarte, faites une feinte de dégagement bien prononcée sur les armes, en prenant l'opposition en dedans; il pare tierce, dégagez dans les armes en conservant l'opposition et l'élévation. ”
Roger de Beauvoir,
Les armes et le duel. [précédé de Notice sur l'auteur…
(1864)
“ Après le moyen si généralement connu de faire avancer la main sur chaque feinte et de ne laisser partir le corps qu'après l'exécution du dernier temps, un des modes que je conseille le plus, et l'expérience me sert de guide, est de travailler les feintes en riposte, car dans ce moment le corps tend essentiellement à se porter en avant et à précéder la main. ”
Cordelois, Leçons d'armes. Du duel et de l'assaut… (1872)
“ La manière que j'indique de prendre toujours l'opposition à la dernière feinte du côté où l'on doit terminer son attaque, pourra être critiquée par des tireurs d'armes qui n'auront pas bien réfléchi et qui croient que l'opposition doit être toujours prise du côté où l'on fait la feinte, ce qui est une grave erreur. ”
Collectif, Encyclopédie méthodique/Arts académiques
“ S’il vous fait des feintes dedans ou dehors des armes dans le temps même qu’il a dégagé pour marquer la feinte, tirez droit, le poignet bien soutenu, lors du pied levé, en prenant sa lame du fort au foible, & au coup de quarte dedans les armes, opposez la main gauche. L’ennemi dégageant de tierce en quarte, tirez la quarte coupée dans le principe qu’il est dit. ”
Cordelois, Leçons d'armes. Du duel et de l'assaut… (1872)
“ Pour ceux dont je ne parlerai pas, on devra toujours faite la marche à la première feinte. Dans une-deux trompez le contre, par exemple, la seconde feinte doit être faite en même temps que les pieds se posent sur le sol. Il en est de même pour la feinte de coupé-dégager et le dégagement, ou pour la feinte de coupé-dégager et le coupé, soit dessus, soit dedans. ”
Collectif, Encyclopédie méthodique/Arts académiques
“ S’il faisoit une feinte dessus les armes ou feinte à la tête, dans le même temps vous baisserez la pointe de votre épée subtilement, lui faisant faire le tour du bras & tirerez de seconde dessous les armes, en faisant le plongeon, la main la première & soutenue de la tête, les ongles tournés en-dessous. L’ennemi venant à tirer de flanconnade en dégageant ou en ripostant sur un coup de quarte, dans le même temps il faut subtilement, la main tierce, les ongles en-dessous sans dégager & soutenue haute, en tirant ferme au-dedans des armes. ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Lorsque vous faites le premier tems de la feinte, ou feinte droite, voyez Feinte, si l’ennemi va à votre épée, vous profitez de son mouvement pour entrer en mesure en dégageant, & incontinent vous recommencez la feinte. Remarquez que dans cette attaque vous dégagez quatre fois par la feinte, & trois fois par la feinte droite, que le premier dégagement est volontaire, & les autres forcés (Voyez deuxieme Dégagement forcé) , & qu’au dernier vous détachez l’estocade. Article III. L’ennemi qui vous attaque, est obligé, par votre position, de détourner votre épée. Voyez Engagement. ”
Manuel des jeunes gens, ou Sciences… (1831)
“ On se sert des feintes pour obliger son adversaire à se découvrir. La simple feinte une, deux, se fait de deux dégagemens séparés, en engageant soit en quarte ou en tierce , lorsque votre adversaire pousse ses simples parades. Si vous êtes engagé en quarte , dégagez très peu en tierce ; dégagez alors vite en quarte, et donnez-en le coup. ”
Collectif, Encyclopédie méthodique/Arts académiques
“ L’ennemi parant les coups tant au-dedans des armes qu’au dehors, au-dessus & au-dessous des- dites armes, vous lui faites une feinte au contre de la parade, qui fera le coup double ; & s’il pare encore, vous lui redoublerez la feinte au contre de la parade, qui fera le coup double ”
Roger de Beauvoir,
Les armes et le duel. [précédé de Notice sur l'auteur…
(1864)
“ Des coups aisément faits sont rarement aisés. Il faut toujours donner aux élèves une situation normale et leur dire : Dans le cas où vous vous trouvez, pour favoriser telle combinaison il faut tel coup, telle parade et telle riposte; dans telle circonstance employez telle feinte, car elle trompe infailliblement l'adversaire. ”
Pierre Nicolas Berryer, Exposé justificatif pour le maréchal Ney…
“ Quelle apparence, on le demande, qu'un homme de cette trempe, éprouvé par vingt-cinq années d'une conduite uni-' forme, ait été capable de se faire, en un jour, un système de la feinte, et d'agir avec une duplicité soutenue ! ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Si l’ennemi n’alloit pas à la parade de cette feinte, vous rompriez la mesure : si l’ennemi profite du tems que vous vous remettez en garde pour vous attaquer, faites retraite. Article IV. Vous pourrez aussi attaquer l’ennemi par un battement d’épée, voyez Battement d’Épée ”
Pierre Corneille,
L'Illusion comique
(1636)
“ Qui cache sa colère assure sa vengeance ; Et ma feinte douceur prépare beaucoup mieux Ce piége où tu vas choir, et bientôt, à mes yeux. ”
Alfred Binet,
Revue des Deux Mondes
“ La feinte consiste à exécuter la première partie seulement d’un acte connu et expressif ; puis on dérobe aux yeux la fin de l’acte, on cache par exemple la main derrière une table, derrière un écran ou derrière son corps pendant cette seconde partie de l’acte, que l’on se garde bien d’exécuter ”
Henri Rivière,
Edmée ; Le châtiment ; Flavien
(1877)
“ Les deux adversaires engagèrent leurs épées par la pointe avec cette prudence terrible qui dénote le parti pris d'une lutte à mort où rien ne doit être livré à la colère ou au hasard. De légères feintes, de faibles battements d'épée manifestent extérieurement le combat ; mais il est tout entier dans les regards qui s'épient, dans le travail de l'esprit qui médite une série d'attaques et le coup décisif, dans la double haine qui se tâte et s'essaie à frapper. ”
Georges Eekhoud,
Les Fusillés de Malines
“ Des ennemis feignent de se prendre à la gorge, et, après quelques feintes belliqueuses, de nature à donner le change aux regardants, tombent dans les bras l’un de l’autre, et vident leur querelle dans une longue accolade. ”
Cordelois, Leçons d'armes. Du duel et de l'assaut… (1872)
“ Puis viennentjes engagements, en quarte ou en tierce, les coups droits, les dégagements, les coupés, le liement du fer, les feintes, le battement, le froissement, la pression ; ensuite arrivent les parades, les contres, les ripostes. Le professeur conduit ainsi son élève aux coups composés de deux et de trois mouvements, espèce de phrases toutes faites dans le langage de l'escrime, dont un tireur habile saura plus tard varier les combinaisons et les formules, suivant les aptitudes particulières. ”
Rodolphe Töpffer,
Nouvelles et mélanges. [Par Rodolphe Töpffer…
(1840)
“ Sans cesse en butte aux attaques du ridicule, ils ramassent l'arme qu'on leur lance, et la renvoient aiguisée par une malice vengeresse. C'est dans ce triste exercice que leur oeil se forme à saisir du premier coup le côté vulnérable de leur adversaire, et à y décocher, d'une main prompte et sûre, un trait qui frappe juste et fort. ”
Fénelon,
Lettre de Fénelon à Louis XIV
“ Pendant que vous prenez, dans un rude combat, le champ de bataille et le canon de l’ennemi, pendant que vous forcez les places, vous ne songez pas que vous combattez sur un terrain qui s’enfonce sous vos pieds, et que vous allez tomber malgré vos victoires. ”
Eugène Pelletan,
Le Monde marche, Lettres à Lamartine
“ Lutter, mais il n’a ni croc ni griffe pour soutenir le combat, et, d’ailleurs, il présente toujours la partie la plus vulnérable du corps, le flanc ou la gorge, au choc de l’agresseur. Chaque coup contre lui porte la mort avec la blessure. ”
Jules Bois,
Le Satanisme et la magie
(1895)
“ Ah ! la résignation muette et furieuse elle défend plus efficacement que les autres armes. Inclinez la tête, baissez l’échine sous le fléau ; obéissez aux coups, l’élasticité du corps meurtri sait renvoyer à l’adversaire victorieux les blessures qu’il donne. ”
Jean Chrysostome,
Œuvres complètes
“ Pratiquons cette conduite quand on nous frappe ; si nous sentons le désir de rendre des coups, gardons-nous de les rendre. Voulez-vous porter à votre ennemi un coup mortel ? Présentez-lui votre autre joue, vous le percerez ainsi de mille blessures. ”
Antoine Jacquemoud, Le Comte Vert de Savoie, poëme héroïque… (1844)
“ Parfois, quand du combat l'ardeur opiniâtre, Comme un feu qui renaît sans cesse au fond de l'âtre, Trop avant prolongeait le carnage fumant; Pour mener l'action plus vite au dénoûment, Un instant descendu de sa hauteur sereine, Il entrait de plain-pied dans le choc de l'arène. ”
J.-M. Le Condamné, Les deux Hélène (épisode de 1870… (1872)
“ Qui mord l'autre animal, jusqu'aux grosses armées, Sous les yeux de leur chef en colonnes formées, On se bat volontiers, quand la colère a mis Dans le bang tout son feu : tuons les ennemis ! — Les ennemis ce sont des hommes ! — il est triste De voir que le progrès nous laisse avec ce kyste ! 0 profondeur du mal ! l'homme contre les lois A fini par polir ses rugueuses parois, Mais, au fond, ce levain, ce vice impur lui reste : La bataille ! ”
Gabriel Letainturier, Le Duel à travers les âges, histoire et législation… (1892)
“ Si la mort est le résultat de la défense à une irruption inopinée , à une provocation soudaine et à main armée , elle peut , suivant les circonstances et la vivacité de l' agression , être classée parmi les crimes légitimes et excusables . Si le duel a suivi immédiatement des menaces , des jactances , des injures , si les combattants ont pu être entraînés par l' emportement de la passion , s' ils ont agi dans l' ébullition de la colère , ils seront classés parmi les meurtriers ; mais si les coupables ont médité , projeté , arrêté à l' avance cet étrange combat ”
Charles-Victor Prévost d’Arlincourt,
Le Solitaire
“ Armés par la vengeance, implacables rivaux, les deux guerriers se frappent avec toute la violence de la haine, avec toute l’impétuosité de la rage ; leur sang inonde leur armure : tous deux paraissent invincibles. ”
François de Malherbe,
Poésies de Malherbe
(1867)
“ Cet assaut, comparable à l'éclat d'une foudre, Pousse et jette d'un coup ses défenses en poudre, Ne laissant rien chez lui que le même penser D'un homme qui, tout nu de glaive et de courage, Voit de ses ennemis la menace et la rage, Qui le fer en la main le viennent offenser. ”
Jacques Arago,
Histoire de Paris : ses révolutions…
(1856)
“ Un coup de pistolet est tiré; un soldat tombe; la troupe fait feu, et quelques citoyens rendent le dernier soupir. — Vengeance ! vengeance ! s'écrie-t-on de tous côtés, on assassine nos frères, vengeance et mort aux traîtres ! ”
Eugène Sue,
Martin l’enfant trouvé ou les mémoires d’un valet de chambre
“ Je devins furieux ; saisissant mon adversaire à la gorge, je l’envoyai rouler sur la berge, un second assaillant eut, je crois, la mâchoire brisée ; je me sentais en ce moment une force surhumaine ; mes artères battaient à se rompre, de sourds bourdonnements bruissaient à mes oreilles. ”
Roger de Beauvoir,
Les armes et le duel. [précédé de Notice sur l'auteur…
(1864)
“ A M. GRISIER APHÈS LA LECTURE DE SON MANUSCRIT Oui, tout homme d'honneur qui reçoit une offense Ne voit dans le duel qu'une juste défense ; Si l'insolente main qui joue avec l'affront Imprime, sans motif, la rougeur à son front ; Ou si la calomnie, à l'ombre du mystère, Fait planer sur sa couche un soupçon adultère; Ou si brutalement d'odieux agresseurs Insultent devant lui ses filles ou ses sœurs. ”
Antoine Jacquemoud, Le Comte Vert de Savoie, poëme héroïque… (1844)
“ Et l'ennemi, qui voit d'un effort ascendant L'attaque de plus près l'étreindre, et de sa dent Sur tous points à la fois aux murs atteindre et mordre, Laisse entrer dans ses rangs le trouble et le désordre ”
duc de Raguse Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse…
“ Lorsque l'attaque sera fortement engagée sur les hauteurs, ou si vous vous apercevez que l'ennemi se dégarnit trop devant vous, vous ferez ce que vous voudrez pour l'attaquer de votre côté et produire tout l'effet d'une fausse attaque. ”
Virgile,
Énéide/Traduction Guerle
“ Ainsi, fiers de leurs armes, et brûlant d’une nouvelle ardeur, l’un comptant sur sa fidèle épée, l’autre agitant d’un air superbe sa lance redoutable, les deux rivaux se heurtent plus terribles, et la violence du choc fait palpiter leurs flancs. ”
