“ «Repais-toi de ce corps, imbécile, de ce corps souillé, profané par moi.... Va!... va!... où que tu poses tes lèvres, tu respireras l'odeur impure de mes lèvres; où que tes caresses s'égarent sur cette chair prostituée, elles se heurteront aux ordures des miennes.... Va! va!... baigne-la, ta Juliette, baigne-la, toute, dans l'eau lustrale de ton amour.... Frotte-la de l'acide de ta bouche.... Arrache-lui la peau avec les dents, si tu veux; tu n'effaceras rien, jamais, car l'empreinte d'infamie dont je la marquai est ineffaçable.» ”
Octave Mirbeau
Résumé
Le Calvaire d’Octave Mirbeau (1886) est un roman autobiographique où l’auteur transpose sa liaison dévastatrice avec Juliette Roux (Judith Vinmer) en une quête de rédemption. À travers le récit du narrateur, Jean Mintié, Mirbeau explore les ravages de l’amour, la chute morale et les conflits entre passion et création.
L’œuvre mêle naturalisme, fantastique et critique sociale, dénonçant l’armée, la famille et les illusions patriotes. Une réflexion sur la souffrance humaine et la recherche d’absolution, marquée par des influences littéraires comme Dostoïevski et Poe.
Citations de Le Calvaire (Octave Mirbeau)
“ Et faisant tournoyer Spy dans l’air, de toutes mes forces, je lui écrasai la tête contre l’angle de la cheminée. Du sang jaillit sur la glace et sur les tentures, des morceaux de cervelle coulèrent sur les flambeaux, un œil arraché tomba sur le tapis... — Ce que je ferai, mère Sochard ?... répétai-je en lançant le chien au milieu du lit, sur lequel une mare rouge s’étala... Ce que je ferai ?... Ha, ha !... Vous voyez ce sang, cet œil, cette cervelle, ce cadavre, ce lit !... Ha, ha !... Eh bien, mère Sochard, voilà ce que je ferai de Juliette !... ”
“ J’étais parti, avec des ailes, ivre d’espace, d’azur, de clarté !... Et je ne suis plus qu’un porc immonde, allongé dans sa fange, le groin vorace, les flancs secoués de ruts impurs... Vous voyez bien, Lirat, que je suis perdu, perdu, perdu !... et qu’il faut que je me tue !... Alors, Lirat s’approcha de moi et posa ses deux mains sur mes épaules. — Vous êtes perdu, dites-vous !... Allons donc, quand on est de votre race, est-ce qu’une vie d’homme est jamais perdue ?... Il faut vous tuer ?... Est-ce qu’un malade qui a la fièvre typhoïde crie : « Il faut me tuer »... ”
