“ Regarda Bhîmasena comme s’il eût voulu le brûler avec son regard. Puis, le meilleur des Bharatides, la massue à la main, attaqua Bhîmasena comme s’il eût voulu lui couper la tête dans le combat. Ce magnanime, à l’héroïsme terrible, frappa à la tempe le valeureux Bhîma. Le fils de Prithâ, atteint par la massue, ne chancela pas plus qu’une montagne, et (n’en) brilla que d’un plus grand éclat. ”
Bhîmaséna
Définition et enjeux
Citations sur “Bhîmaséna”
“ Fuyaient par centaines dans la bataille, frappés des flèches de Bhîmaséna. Semblables à des montagnes, mais talonnés par la crainte, les uns vomissaient le sang, Et couraient, les membres blessés par les dards, comme des montagnes variées par les métaux. Je vis, agitant son arc, les deux bras de Bhîmaséna, ornés d’aloës et de sandal, pareils à deux grands serpents. Dès qu’ils l’eurent entendu faisant éclater à la surface de sa corde un son, égal au bruit du tonnerre, les éléphants s’enfuirent au plus vite, laissant échapper les excréments et l’urine. ”
Théodore Pavie,
Études sur l’Inde ancienne et moderne…
“ Au soir, accablés de fatigue, ils s’étendent sur la terre dure et s’endorment, calmes comme des exilés dont la conscience est tranquille. Bhîmaséna, celui qu’on nomme le Ventre-de-Loup, fait la garde auprès d’eux. Il déplore l’infortune de sa mère Kountî et de ses nobles frères, dignes de reposer sous les voûtes dorées d’un palais ; dans sa colère impuissante, il menace Douryodhana, l’auteur de tous leurs maux. ”
Théodore Pavie,
Études sur l’Inde ancienne et moderne…
“ À ce langage passionné de l’ogresse, qui se transforme en fée, Bhîmaséna répond avec indifférence. Il aurait honte d’abandonner lâchement ses frères pour fuir avec une femme, et le rakchasa ne lui cause nulle frayeur. Que le monstre vienne, il l’attendra de pied ferme. Le rakchasa descend en effet du haut de son arbre, et l’ogresse effrayée insiste auprès de Bhîmaséna pour qu’il prenne la fuite ; elle emportera en lieu sûr, à travers les airs, les frères et la mère du héros. ”
“ Soudain Bhîmaséna, ouvrant ses grands yeux rouges et les dardant sur lui, prononça, au milieu des rois, ces paroles d’une voix, qui fit résonner toute la salle : 2392. « Que Ventre-de-Loup n’obtienne jamais de partager le monde fortuné de ses ayeux, si, dans un grand combat, je ne te brise un jour cette cuisse par un coup de massue ! » 2393. Ce disant, les flammes du feu de sa colère jaillissaient par tous les pores du guerrier, comme elles ruissellent par toutes les fentes d’un arbre, qui brûle. 2394. ”
Alfred Philibert Soupé, Études sur la littérature sanscrite
“ Alors le vaillant Bhîmaséna dépose sa mère et ses quatre frères à l’ombre d’un immense figuier, suit le vol des grues dont la présence indique le voisinage des étangs et rapporte dans un pan de son écharpe une eau bienfaisante pour ces êtres chéris. Mais il les retrouve à terre, tous endormis par la lassitude, et les plaintes qu’il exale vers le ciel à la vue d’un tel abattement après tant de courage, et d’une telle misère après tant de splendeur, ont quelque chose de touchant dans ce héros terrible, qui n’a qu’à paraître pour effrayer, qu’à frapper pour vaincre. ”
“ « Courez vite ! La félicité descende sur vous ! Sauvez Râdhéya du profond danger, où l’a jeté Bhîmaséna ; arrachez-le de cette mer d’infortune, où il est plongé. » À cet ordre du roi, tous irrités, entraînés par le désir de tuer Bhîmaséna, ils s’approchent de lui, comme des sauterelles volent au feu. 2,444-2,445. C’était Çroutavat, Dourdhara, Krâtha, Vivitsou, Vikata et Sama, armé du carquois, de la cuirasse et du lacet, Nanda et Oupananda, 2,446. ”
Théodore Pavie,
Études sur l’Inde ancienne et moderne…
“ Ayant frappé à mort Douryodhana, le terrible Bhîmaséna s’approche du prince étendu à terre et lui dit : — Ce n’est qu’une vache, ce n’est qu’une vache ! Ainsi, ô insensé, as-tu jadis interpellé Draopadî, couverte d’un seul vêtement, en pleine assemblée, devant nous et en riant, ô pervers ! ”
“ Argument : Bhimasena combat les idées de Youdhishthira. 277. Bhîmasena dit : Ô roi, ton intelligence, comme celle d’un ignorant et aveugle çrotriya (brahmane de la troisième classe) , est obscurcie par la répétition (des formules que tu as entendu prononcer) . Elle ne voit pas les choses comme elles sont. 278. Ô excellent Bharatide, quel fruit un homme renonçant, (comme toi) , à l’action, méprisant les devoirs des rois, pourrait-il retirer de la destruction des Dhritarâshtrides ? ”
Théodore Pavie,
Études sur l’Inde ancienne et moderne…
“ À côté de la scène si délicate où le poète a représenté une divinité miséricordieuse enveloppant la chaste femme d’un vêtement sans fin, qui ne se déroule jamais jusqu’au bout, la colère frénétique de Bhîmaséna nous ramène brusquement à la réalité. C’est l’histoire qui parle plus haut que la fiction. Le brahmanisme cherche encore à maintenir les principes de la vertu, de la justice et de la modération sur la terre ; mais l’humanité, moins docile à ses enseignemens, se laisse entraîner à la fougue de ses passions : la voix des vieillards ne prévaut plus qu’à grand’peine dans les assemblées. ”
“ DISCOURS DE BHÎMASENA Argument : Bhîmasena expose à son frère aîné, qu’après avoir vaincu les ennemis, il doit lutter contre son propre esprit. 482. Vaiçampâyana dit : L’énergique et très impatient Bhîmasena, ayant entendu les paroles d’Arjouna, faisant appel à sa fermeté, dit à son frère aîné : 483. Ô roi, tu connais les devoirs, rien ne t’est caché ; nous nous efforçons constamment (d’imiter) ta conduite et nous ne pouvons pas (y réussir) . 484. « Je ne parlerai pas ! Je ne parlerai pas ! » Telle était ma résolution. Mais l’excès de la douleur me (force) à prendre la parole. ”
Alfred Philibert Soupé, Études sur la littérature sanscrite
“ Un daigne conclure avec elle un pacte ; à condition qu’elle ramènera son amant dans un court délai, on lui permet de partir avec lui, et le bouillant Bhîmaséna, non sans résistance, la suit derrière les montagnes, au sein d’une retraite délicieuse où elle jouit rapidement d’un bonheur bien éphémère, où elle épouse son esclave indocile, où elle lui donne un enfant, Ghadôtkatcha. À l’instant fixé, la fée abandonne en gémissant sa douce paix et le guerrier, semblant sortir d’un songe, revient en toute hâte vers les siens. ”
“ Il est digne de pitié à tous égards. Ce roi ne se dresse plus (devant nous) dans la bataille. 3328. Il est tombé, ses ministres, ses frères et ses sujets sont tués ; son armée est anéantie. C’était notre frère. Le traitement (que tu veux lui faire subir) n’est pas convenable. 3329. On disait jadis : « Bhîmasena est un homme de bien. » Comment, toi (qui avais) ces (qualités) , (oses-tu) te placer au-dessus d’un roi ? 3330. Ayant ainsi parlé à Bhîmasena, Youdhisthira, triste, ayant des larmes dans la voix, s’approcha de Douryodhana, dompteur des ennemis, et lui dit : 3331. ”
“ Ayant couru sur Bhîmasena, lui barrèrent le passage de tous côtés. Alors, ô grand roi, Bhîma, remonté sur son char, 1408. Lança des flèches aiguës contre les armures de tes fils qui, couverts de flèches par ce héros dans le grand combat (qu’ils lui livraient) , 1409, 1410. Se portèrent contre lui, comme (ils eussent attaqué) un éléphant, (pour le tuer) , hors d’un bosquet. Alors, Bhîma furieux, ayant, en combattant, tranché avec une flèche kshourapra la tête de Dourmarshana, le fit tomber à terre. ”
“ Il sait le devoir ! Que diront le fils de Pândou, Arjouna, invincible dans les batailles, et Bhîmaséna, et les deux jumeaux ? » 2369-2370. Quand le silence se fut rétabli, Bhîmaséna de lever son bras céleste, brillant, oint de sandal, et d’articuler ces mots : 2371. « Si le magnanime Youddhishthira est notre maître, nous ne pouvons supporter qu’un autre soit le maître de notre famille. 2372. » Il règne sur nous, qui avons pour objet la vertu ; nos vies sont elles-mêmes sa propriété. S’il pense qu’on a gagné sa personne, la nôtre fut gagnée avec elle ! ”
“ Ayant proclamé son nom, Vaka fondit sur le fils de Pândou ; il étreignit dans ses bras le vigoureux Bhîmaséna. 6287. Le fort Bhîmaséna aux longs bras, ayant embrassé lui-même ce Démon aux longs bras, l’entraîna de force, malgré sa résistance. 6288. Traînant le Pândouide et traîné par Bhîmaséna, l’anthropophage s’affaissait dans une accablante lassitude. 6289. La terre alors de trembler sous leur fougue immense ; eux, alors, de réduire en poudre les arbres aux troncs énormes. ”
“ Avant qu’il ne déploie sa magie, mets en œuvre la vigueur de tes bras. » 6029. À ces mots d’Arjouna, Bhîmaséna, flamboyant, pour ainsi dire, de colère, usa d’une force égale à celle du Vent dans la destruction du monde. 6030. Il enleva dans sa fureur le corps de ce Démon pareil aux nuages et le fit rouler dans l’air précipitamment une centaine de fois. 6031. Bhîma dit : « Le crime t’a nourri de chair humaine, le crime t’a engraissé, le crime est ta pensée, le crime t’a mérité la mort : tu vas cesser d’être à l’instant pour le crime ! » ”
“ Argument : Combat de Bhîmasena contre les frères de Douryodhana. Mort de Dourmarshana, Çroutânta, Satyasena, Jaitra, Bhoûribala, Ravi, Dourvimocana, Doushpradharsha, Soujâta, Dourvisaha. L’armée Kourouide attaque Bhîmasena qui en fait un grand carnage. 1401. Sañjaya dit : Ô Bharatide, la troupe des éléphants étant tuée par le fils de Pândou, et l’armée même étant détruite par Bhîmasena dans la bataille, 1402. En voyant Bhîmasena dompteur des ennemis, se comporter comme Antaka qui, dans sa colère, ravit la vie, son bâton à la main, 1403, 1404. ”
“ Son père fut jadis ce que nul autre homme ne fut nulle part sur la terre ; mais ce titre de fils d’un esclave ne convient pas à l’enfant, qui reçut les caresses des rois. » « Qu’il en soit ainsi que tu dis, noble dame, reprit Dhritarâshtra. Il faut que je t’accorde une seconde faveur ; choisis, illustre femme ! car déjà mon cœur te l’a donnée. Tu mérites plus qu’une seule grâce. » 2409-2410. « Je choisis donc pour grâce que Bhîmaséna, Arjouna et les deux jumeaux, sire, lui répondit-elle, soient libres et ne soient plus esclaves avec leurs archers et leurs chars ! » ”
Le Mahabharata : onze épisodes tirés de ce poème épique (1862)
“ En voyant que sa colère était passée, et qu'il était affligé du meurtre de Bhîmasêna, Vâsoudêva (Krichna) , le meilleur des hommes, dit au roi : Ne te désole pas, Dhritarâchtra, ce n'est pas Bhîma qui a été tué par toi. Cette image de fer, qui lui ressemble, a seule été renversée par toi. Quand je me suis aperçu que tu étais possédé par la colère, ô prince de Bhârata, j'ai éloigné le fils de Kountî, qui allait sous la dent de la mort. Il n'y a, ô prince des rois, personne qui t'égale en force. ”
Le Mahabharata : onze épisodes tirés de ce poème épique (1862)
“ Gândhârî dit : Ce n'est pas à cause de sa mort que tu loues mon fils ; dis-moi donc aussi tout ce que tu as fait de plus. Quand Nakoula eut son cheval tué par Vrichasêna, ô Bhârata, tu as bu dans le combat, le sang qui coulait du corps de Douhçâsana. Tu as fait une action horrible et cruelle, blâmée-par les sages et pratiquée par les gens vils : aussi est-elle indigne (de toi) , Vrikôdara*. Bhîmasêna dit : Le sang d'un autre ne doit pas être bu, pas plus que le sien: tel je suis moi-même, tel est mon frère, il n'y a nulle différence. ”
Théodore Pavie,
Études sur l’Inde ancienne et moderne…
“ Au lieu d’aider son frère à dévorer les Pândavas, elle veut les sauver tous et épouser celui pour qui elle ressent une flamme subite. Désireuse de plaire à Bhîmaséna, elle change de forme tout aussitôt ; revêtue d’un corps humain parfaitement beau, elle s’approche doucement du guerrier qu’elle aime, et, le front rouge de pudeur, elle l’invite à fuir avec elle loin de ces lieux que hante nuit et jour un ogre redoutable, ce même Hidimba dont elle se garde de dire qu’elle est la propre sœur. ”
“ Bhîmaséna à la vaste renommée conquit l’orient, le héros Arjouna soumit le nord, Nakoula vainquit l’occident et Sahadéva, le meurtrier des héros ennemis, subjugua les pays du midi. C’est ainsi que tous ils mirent cette terre entièrement sous leur domination. ”
“ Ô maître des hommes, l’impatient et très énergique Bhîmasena, joyeux, les yeux épanouis de plaisir, fier de sa victoire après avoir tué ton fils dans le combat, se plaça devant Dharmarâja, le salua, et lui dit, après avoir fait l’añjali : 3382. Ô roi, maintenant la terre est à toi. Elle n’offre plus aucun danger et elle a perdu ses épines. Jouis en, ô grand roi, observe ta propre loi. 3383. L’auteur de cette injuste hostilité, à qui l’iniquité était chère, gît privé de vie sur le sol, ô maître de la terre. ”
“ Tandis que Bhîmasena évoluait vers la gauche. Pendant que Bhîma manœuvrait ainsi en tête du combat, Douryodhana l’atteignit dans le flanc. Alors, ô Bharatide, Bhîmasena, frappé par ton fils, 3202, 3203. Fit tournoyer sa lourde massue. Il songeait à (lui rendre) un coup (équivalent) . Les spectateurs virent levée, ô grand roi, cette massue de Bhîmasena, semblable à la foudre d’Indra, pareille au bâton d’Yama. Ayant vu Bhîma qui faisait tournoyer sa massue, ton fils, 3204, 3205. Ce tourmenteur de ses ennemis, leva sa massue terrible et la lança (de nouveau contre son adversaire) . ”
“ Bhîmaséna en saisit un autre bien éclatant, aux beaux nœuds ; il l’envoya à Soushéna et le déchira avec cette arme. Défendant son fils et animé par le désir de tuer, Vrisha-l’Adhirathide blessa de nouveau le cruel Bhîmaséna avec soixante-treize flèches violentes. ”
“ Tes vœux sont comblés ; tes ennemis mordent la poussière. Puissent croître long-temps ta vigueur et ta vie. » « Reçois, cocher, de mon âme très-satisfaite, reprit Bhîmaséna, pour les agréables nouvelles, que tu m’apprends, quatorze villages les plus riches, une centaine de servantes et trenté chars, Viçoka, parce que tu m’annonces l’arrivée d’Arjouna. » 3,859-3,860. Dès qu’il entendit le bruit de son char et son cri de guerre sur le champ de bataille, Arjouna dit à Govinda : « Pousse rapidement les chevaux. » ”
“ « Voyez quel immense danger va sortir de Bhîmaséna ! Réfléchissez à ces choses, princes enfants de Pratipa ! C’est le Destin sans doute, qui envoya sous nos yeux les infortunes de ce jour et qui fit naître au milieu des Bharatides ce jeu effréné, où vous disputez, enfants de Dhritarâshtra, une femme dans une assemblée : c’est lui, qui fit délibérer aux Kourouides ces criminels desseins, la ruine entière de votre union et de votre félicité ! 2395-2396. » Rejetons de Kourou, hâtez-vous d’apprendre ce devoir ; car si la vertu est morte en vous, il faut que l’assemblée pèche ! ”
“ Phalgouna se hâte d’arrêter l’aîné des Pândouides, Youddhishthira : « Ne combats pas ! » lui dit-il ; ensuite, il met les deux ailes de l’armée sous le commandement des jumeaux, fils de Mâdrî. 5467. Bhîmaséna, sa massue au poing, marchait toujours à la tête de l’armée. Le Prithide sans péché entend le tumulte des ennemis et s’avance rapidement, escorté de ses frères, dans son char de guerre, dont le bruit fait retentir les plages du ciel. ”
Le Mahabharata : onze épisodes tirés de ce poème épique (1862)
“ Ainsi interpellé par Bhîmasêna, Youdhichthira répondit : « Quand au vertueux Nakoula, le meilleur de ceux qui sont doués de sagesse, il se disait : Il n'y a personne qui m'égale en beauté ; seul je suis supérieur. Tel était le fond de sa pensée. C'est pour cela que Nakoula est tombé. Marche, ô Bhîma ; ce qui était pour lui une conséquence inévitable, il l'éprouve, ô héros ! » En voyant ceux-ci tombés, le Pândava qui a des chevaux blancs (Ardjouna) tomba ensuite consumé par la douleur, le vainqueur de l'ennemi. ”
“ « Douççâsana, voici mon lâche cocher, qui a peur de Bhîmaséna ! Prends toi-même et conduis-nous ici Draâupadî ! Que peuvent te faire des ennemis captifs ? » 2221. À peine a-t-il entendu l’ordre, que son frère lui adresse, le fils de roi se lève, les yeux enflammés ; il entre dans le palais des héros Pândouides, et tient ce langage à la princesse Yajnaséni : 2222. « Viens, Pântchâli ! On t’a perdue au jeu, Krishnâ ! Dépose ta pudeur, et lève tes yeux sur Douryodhana ! Aime les Kourouides maintenant, femme aux grands yeux de lotus. On t’a gagnée loyalement : viens à la salle du jeu ! » ”
