“ Yama, c’est Agni, qui a cessé de briller ; c’est le sacrifice qui est éteint ; c’est la noirceur de la nuit qui a remplacé l’éclat du jour ; c’est l’interruption du sacrifice perpétuel de la lumière et de la vie. Yama est le feu latent, enseveli dans l’Aranî, et que l’effort des prêtres doit ressusciter : c’est Agni privé de sa flamme, c’est le soleil de nuit dont la chaleur est morte. ”
Yama
Définition et enjeux
Yama, figure centrale de la mythologie et de la philosophie indienne, incarne à la fois la mort, la justice et la transcendance. Dans le Rig Véda, il est associé à Agni, le feu sacré, et symbolise l'interrompre du sacrifice, tandis que dans le Mahâbhârata, il apparaît comme un destructeur des mondes.
Les textes bouddhiques, comme les Upanishads, le présentent comme un guide spirituel confrontant les frontières du temps et de la mort. Des auteurs comme Edmond Villetard le décrivent comme un symbole géographique, le mont Fuji au Japon, et Vivekananda le relie aux principes yogiques de non-violence. Ces approches variées révèlent une figure complexe, liée à la spiritualité, à la nature et à la quête de l'absolu.
Citations sur “Yama”
Hermann Oldenberg,
Le Bouddha : sa vie, sa doctrine…
(1934)
“ Yama, le dieu de la mort du Véda, est assis à boire, en compagnie des bienheureux, sous un arbre au beau feuillage, comme dans la légende du Nord Hel a son siège à la racine du frêne Yggdrasill. L'arbre est l'Arbre-des-nuées ; dans la nuée est retenue la liqueur céleste et sur elle veille un démon ténébreux ; c'est pour la nuée et pour l'ambroisie qu'elle recèle, que, dans les hymnes du Véda, les puissances lumineuses et celles des ténèbres se livrent leur grand combat : ce combat est précisément le même que celui du Bouddha contre les troupes de Mâra. ”
“ En nous retournant en arrière, nous contemplons un spectacle grandiose. Au delà du lac que nous enfilons dans toute sa longueur, les montagnes s’évasent, et, dans l’intervalle qu’elles laissent entre elles, comme un pistil géant au milieu de sa corolle, se dresse rose et vaporeux le tout-puissant, divin, éternel Fousi Yama. Pour détailler ses impressions, pour dire les beautés incessamment variées de la montagne, que la plume seule ne peut peindre, il faudrait des volumes et des mois ”
“ Quand on considère ces Dévas du sacrifice comme des êtres réels, ils sont aussi appelés Pitris ou Pères des sacrificateurs, sages antiques qui passent pour avoir institué les cérémonies du culte : ce sont alors des Mânes, et Yama est leur roi. En sa qualité d’Agni, Yama préside aux funérailles ; il y est invoqué comme gardien des morts, et ses feux y consument les chairs ; les os sont déposés dans la terre sous sa surveillance. « Yama est un Djâtavédas, » dit le poëte ; « mais c’est un Djâtavédas différent de celui des sacrifices. » ”
“ YAMA. Les sept coursiers soumis à quatre jougs de flammes, Sans éclairer mon œil, éblouiront le tien ; La liane aux fleurs d’or n’aura pas de soutien ; Nous ne mêlerons pas, l’une à l’autre, nos âmes. YAMÎ. Quand nous dormions encor au ventre originel. L’aïeul parla. « Vêtus d’une splendeur égale. Soyez époux, dit-il. Que la sœur conjugale Sans fin demeure unie au mari fraternel ! »YAMA. Qui l’a su ? qui l’affirme ? Aucun ne peut connaître Son premier jour. Le ciel démesuré n’est pas Un champ d’orge qu’on peut traverser en trois pas, Et nul ne sait où gît la source de son être. ”
“ Là, vint aussi, visible aux yeux, le majestueux et fortuné Yama, le destructeur du monde, 1667-1668-1669-1670-1671-1672. Dharmarâdja, le Vivasvatide, qui tient un bâton à sa main et met fin à tous les êtres, lui, de qui l’âme est inaccessible à la pensée, accompagné de Pitris, causes du monde et portant des corps de mortels, illuminant avec son char les trois mondes, les Gouyakas, les Gandharvas et les Pannagas, comme un second soleil, une fois arrivé le terme d’un youga. Ces Dieux, parvenus sur les cimes variées et lumineuses de la grande montagne, y virent Arjouna se livrer à la pénitence. ”
“ Indradjit aux vastes forces, toi, le plus formidable des armées Rakshasîs, comment aujourd'hui as-tu subi le joug de Lakshmana? Yama est un Dieu, que désormais j'estimerai davantage, lui, par qui tu fus attelé, mon ami, sous le grand joug de la mort! Hélas! c'est le chemin battu des héros, dans les troupes mêmes, où tout guerrier est un immortel. Mais, s'il a sacrifié sa vie pour son maître, l'homme au cœur mâle entre aussitôt dans le Swarga. ”
Henri Focillon,
L’Art bouddhique
“ Dans un oupanishad antérieur au Bouddhisme, Yama, le dieu de la mort, révèle à Nacikétas, qui l’interroge, le secret de la délivrance définitive : le sage qui s’élève à la connaissance de l’Unique peut seul s’affranchir du temps et dompter la mort. Toujours cette philosophie suscita des ascètes et des moines. Elle fit naître une infinité de sectes, elle répandit sur l’Inde, avec la hantise de l’absolu et la passion des spéculations abstraites, le goût des mortifications les plus excentriques. ”
Jules Leclercq, Chez les Jaunes : Japon, Chine… (1910)
“ Je suis à 6 heures sur le pont, dans l'espoir de ne pas quitter le Japon sans en avoir salué la plus haute cime. Mais mon espoir est déçu : le ciel est toujours chargé de nuages et je n'aurai point vu le classique Foudji-Yama ni le traditionnel accent circonflexe que dessinent les neiges terminales du mont sacré et que reproduisent les écrans, les kakémonos et les porcelaines. Le Foudji-Yama est, dit-on, une des plus belles montagnes qui soient sur la terre, je veux bien le croire; mais pourquoi habite-t-elle ce brumeux Japon où elle est presque toujours invisible? ”
“ Yama, Niyama, Âsana, Prânâyâma, Pratyâhâra, Dhâvana, Dhyâna, et Samâdhi. Ce que l’on nomme Yama consiste à ne faire de tort à personne, à être véridique, à n’être pas envieux, à être chaste, à ne recevoir aucun présent ; tout cela purifie le mental, la Chitta. Ne faire aucune peine, par la pensée, par la parole, ou par l’acte, jamais, à aucun être vivant se nomme Ahimsa, ou : ne pas faire de mal. Il n’y a pas de vertu plus haute que celle-là. Il n’y a pas de plus grand bonheur que celui de l’homme qui arrive à cette bienveillante attitude envers toute la création. ”
“ Il retourna sur le sol de la terre son ennemi, tous les membres rompus, le ciel des yeux déchiré et lui jeta ces mots : 450. « Maintenant que tu es parti, scélérat, pour habiter chez Yama, ce n’est pas toi, qui essuiera les pleurs de Vaka et de Hidimba ! » 451. ”
Louise Ackermann,
Contes, par L. Ackermann
(1863)
“ Car on le sait sans oreille et sans coeur. Ce qu'il abat, la terre en est jonchée; Vertu, grandeur, tout passe par ses mains ; Rien ne l'arrête, et des pauvres humains Il ne se gêne à faire ample fauchée. Même l'Amour ne trouva grâce encor ; Il y perdait ses pleurs et sa prière. Or, ce dieu-là, l'Inde qui le révère L'appelle Yama : son domaine est la mort. Au bord du Gange ayant besogne grande, Plus que n'en peut même un dieu dépêcher, Il s'adjoignit un beau jour une bande D'aides de camp; point ne les faut prêcher. ”
“ Le yogî ne se rendit pas à l’invitation que les pandits lui firent de la part du roi, il leur répondit : L’homme qui est sans désirs considère comme un brin d’herbe une femme d’une beauté sans pareille : celui qui est sans péché considère Yama [1] comme un brin d’herbe ; celui qui n’a point de cupidité considère la royauté et la souveraineté comme un brin d’herbe. ”
Louis Énault,
L'Inde pittoresque, par Louis Enault…
(1861)
“ Tous les héros sentent leurs membres trembler ; un immense sanglot soulève leurs poitrines. Là reine aux grands yeux salue avec respect son époux ; et, devant le peuple entier, elle entre dans le feu dévorant. Rama demeure toujours immobile ; mais quelles pensées se pressent en ce moment dans son âme ! Au même instant, Yama, le dieu des morts, Indra, le roi des Dévis, et Varuna, le maître des eaux, et Siva, aux yeux terribles, et Brahma, créateur du monde, apparaissent dans le ciel, portés sur un char étincelant. ”
Alfred Roussel, Cosmologie hindoue, d'après le Bhâgavata Purâna (1898)
“ L'homme exclusivement occupé du soin de sa famille et qui n'a pas dompté ses sens, meurt au milieu des larmes des siens, l'esprit égaré par le désespoir. Alors arrivent deux messagers de Yama, terribles, la colère dans les yeux. Après l'avoir enfermé dans un corps qui est destiné aux souffrances de l'Enfer, lui serrant la gorge avec de fortes chaînes, ils l'emmènent par une longue route. ”
Harivansa ou histoire de la famille de Hari
“ C’étaient là les propres enfants de la terrestre [3] Sandjnâ : aussi leur témoignait-elle une grande tendresse, et elle semblait négliger les aînés. Le Manou Vêvaswata supportait cette préférence avec tranquillité : il n’en était pas de même d’Yama. Un jour, dans sa colère, sans trop savoir ce qu’il faisait, celui-ci menaça Tchhâyâ d’un coup de pied. La mère de Sâvarna, irritée, maudit Yama : « Que ton pied se « détache et tombe ! » s’écria-t-elle avec emportement. Yama se présenta avec respect devant son père, et lui raconta tout ce qui s’était passé. ”
Georges Bruley Des Varannes, Le Japon d'aujourd'hui : extraits du journal intime de M. l'abbé G. Bruley Des Varannes… (1893)
“ Nous découvrons à notre droite Y Asama-Yama, volcan qui fume toujours, le plus célèbre et le plus élevé après le Foudji, la montagne sainte. Ayant débarqué et soupé avec du riz et des œufs à la coque, mangés sans pain et avec l'aide seulement de petits bâtons, nous partons pour Matsushiro, à quatre lieues de là. Nous louons trois hommes pour nous traîner avec nos sacs de voyage. Le chemin est mauvais : des ornières, des pierres, des ponts disjoints à travers lesquels on aperçoit l'eau; des secousses qui nous font bondir sur nos sièges comme sur le dos du cheval le plus dur. ”
Auguste Barth,
Les religions de l'Inde
(1879)
“ Les mythes solaires nous conduisent naturellement à ceux qui se rapportent à la vie d'outre-tombe ; car dans l'Inde, comme ailleurs, c'est un héros solaire qui règne sur les trépassés. Yama est en effet fils de Vivasvat, le Soleil 5. Il eût pu vivre immortel, mais il a choisi de mourir, ou plutôt il a encouru la mort, car sous ce choix se déguise une chute 6. Le premier, il a parcouru le chemin sans retour, le frayant aux générations futures. C'est là-bas, aux extrémités les plus lointaines du ciel, séjour de la lumière et des eaux éternelles, qu'il règne désormais en paix, uni à Varuna. ”
Catalogue de la première partie des oeuvres d'art et de haute curiosité du Tibet… (1904)
“ Elle n'est vetue que d'une peau d'antilope jetée sur le dos. Sur les images, le Yama est peint en bleu, blanc ou rouge. La deuxième forme celle de snang diffère de la précédente en ce que le Yama est représenté marchant à gauche et ayant une figure humaine avec l'œil frontal ; de plus, au lieu de taureau, il écrase un homme tortillé par les souffrances. Ces attributs sont : un vajra ou un gri-gug dans la main droite et un kapâla dans la main gauche. Il est peint en couleur bleue et souvent accompagné de deux divinités écrasant des taureaux. ”
Louis Jacolliot,
La mythologie de Manou
(1881)
“ Une fois le fleuve franchi, l'âme du mort se présente à la porte du sud; devant Yama, qui pèse dans une balance toutes ses actions, bonnes et mauvaises, et lui permet l'entrée, du Swarga ou le précipite dans le fleuve, d'où il tombe dans le Naraca, lieu de souffrances où il devra se purifier, avant de revenir sur la terre recommencer toute la chaîne des migrations inférieures auxquelles ses fautes l'auront fait condamner. ”
Le Bhâgavata Purâna, ou Histoire poétique de Krichna
“ Il sent les chiens et les vautours qui habitent la demeure de Yama lui arracher les entrailles de son corps vivant ; il se voit dévoré par des serpents, par des scorpions, par des taons et par d’autres animaux qui le piquent. ”
Jean-Antoine Dubois,
Exposé de quelques-uns des principaux articles de la théogonie des Brahmes
(1825)
“ Celui qui fera le sacrifice à Yama, sans l'avoir offert auparavant à Vichnou, travaillera inutilement. Les géans viendront manger tout ce qu'il offrira. Le sacrificateur mettant ensuite les deux mains sur la terre de manière que les mains se croisent, la droite passant sur la gauche, dira : « Terre! je vous offre mes adorations! Vous êtes « solide et stable! Vous êtes heureuse! Faites périr » mes ennemis et comblez-moi de richesses ! ”
Jean Dornis,
Essai sur Leconte de Lisle
“ Et ceux qui, dans leurs chants semblent « éblouis » eux aussi, par la vision des choses éternelles, craignent cependant que leurs âmes soient dévorées en route. Ils savent que Yama, le Dieu pourvoyeur de la mort, « rabatteur des tombes » erre sans cesse, suivi de ses chiens, qui flairent les traces des pas, donnent la chasse à tout homme vivant. Et l’angoisse que l’homme éprouve, d’entendre, derrière soi, ces abois, lui fait oublier la mort, l’oblige à faire un retour sur lui-même. ”
Maurice Leblanc,
Le Cercle rouge
“ Yama venait, selon l’ordre que lui avait donné Mary, de ramasser dans la chambre de Florence les débris de la potiche cassée et, se faisant, il avait trouvé par terre, le singulier document qu’il s’empressait d’apporter à la jeune fille avec les allures de quelqu’un qui a fait une découverte dont on lui saura gré. ”
Joseph Vianey, Les Sources de Leconte de Lisle…
“ Ces deux messagers d’Yama ont de larges naseaux, une respiration forte, une grande vigueur, ils s’élancent à travers le monde. Qu’ils nous donnent aujourd’hui la vue du Soleil et un souffle fortuné. C’était ce dernier mot qui méritait d’être recueilli, ce souhait ardent d’une longue existence formé par le vivant qui fait la commémoraison du mort. Leconte de Lisle l’a enchâssé dans une strophe merveilleuse : Tes deux chiens qui jamais n’ont connu le sommeil, Dont les larges naseaux suivent le pied des races, Puissent-ils, Yama ! ”
Raymond de Dalmas, Les Japonais, leur pays et leurs moeurs (1885)
“ En face, planant dans les airs, le Fudji-yama dresse fièrement sa tête de géant recouverte de la chevelure blanche des vieillards, étincelante aux rayons du soleil. La vue dont on jouit pendant les ascensions est toujours beaucoup plus pittoresque; on peut mieux apercevoir les détails des paysages, les accidents de terrain, les teintes du sol, les cours d'eau et les bois, les villes et les villages. ”
Judith Gautier,
La Sœur du Soleil
“ Yama-Kava, protégé par les cavaliers du ciel, qui du haut des tours accablaient de flèches les assaillants, était entré avec ses cinq mille hommes dans la forteresse. Le mikado était désormais hors de danger, sept mille hommes derrière des remparts valaient bien les dix mille hommes à découvert du général ennemi. Celui-ci, plein de colère, mal obéi, comprenant la faute qu’il avait faite en engageant ses soldats dans l’enchevêtrement des rues, s’élança à la tête de ses hommes pour relever leur courage, forcer ce passage si bien défendu et gagner les rives du Kamon-Gava. ”
“ Dis-moi promptement la vérité : tu verras de quelle force est ma pénitence ! » 4331. Yama lui répondit : « Tu fis entrer, jeune enfant, une aiguille dans la queue des sauterelles : ton supplice, homme riche de macérations, fut la conséquence de cette action. » 4332. « Tu as puni d’un grand châtiment une petite faute, reprit Anîmândavya ; c’est pourquoi, Yama, tu naîtras homme au sein d’une femme esclave ! 4333. » J’établis désormais cette limite dans le monde pour le lever du fruit des œuvres : jusqu’à l’âge de quatorze ans, il ne sera point tenu compte du péché ”
Jules Leclercq, Chez les Jaunes : Japon, Chine… (1910)
“ A 4 heures, je reprends le bâton de montagne pour opérer la longue et interminable descente. Nous sommes en ce moment au-dessus d'une mer de nuages qui s'étend sous nos pieds à perte de vue, tandis qu'au-dessus de nos têtes le ciel est d'une parfaite pureté. J'aperçois, très loin, les montagnes de Nikko dans la direction de l'est. Par un temps clair, la vue s'étendrait jusqu'à l'océan, et je distinguerais même la cime du splendide Fudji-Yama, le géant du Japon. ”
Louis Jacolliot,
Voyages au pays des brahmes
“ La méprise une fois établie, il faut encore que l’âme du mort ait le temps d’arriver au funèbre séjour, où Yama, dès qu’il l’aperçoit, la renvoie immédiatement sur la terre achever le cours de son existence, en lui faisant ses excuses pour l’avoir dérangée. ”
Edmond Villetard,
Le Japon
(1879)
“ Deux des volcans de cette île sont voisins de Yédo, la capitale de l'empire, et donnent aux paysages des environs de cette grande ville un caractère particulier de splendeur et de majesté. L'un, qui a encore aujourd'hui de fréquentes éruptions, est YAsctnia Yama. On voit en tout temps bouillonner dans son cratère d'énormes flots de laves incandescentes. L'autre, dont la dernière éruption remonte à l'année 1707, est d'une forme si majestueuse, d'une si magnifique couleur, qu'il a depuis bien des siècles excité l'admiration des Japonais, pour lesquels il est devenu la montagne sacrée. ”
Émile de La Bédollière,
Histoire générale des peuples anciens et modernes…
(1878)
“ Yama juge les morts, distribue les peines et les récompenses; il envoie les bons au swarga, paradis habité par les dieux et les mortels sanctifiés; il précipite les méchants dans le n,-ii-aba, l'enfer. ”
