“ Ce voleur est patenté, garanti par ses confrères ; il prend sa commission sur tous les payements ; il a son tant pour cent sur ce qui entre et ce qui sort, sur les affaires manquées comme sur celles qui réussissent, sur les gages des employés comme sur les approvisionnements de la maison ; il suce l’argent par tous les pores ; c’est la pieuvre du commerce. Il exploite les goûts, les défauts, les vices de ses maîtres, comme il exploite leur insouciance, leur ignorance et leur paresse. Les Japonais le saluent jusqu’à terre et le maudissent ; les Européens l’insultent et le couvrent d’or. ”
Résumé
Edmond Villetard, dans Le Japon, examine les traditions, les usages et les enjeux sociaux d’un pays en transformation, à l’intersection des influences européennes et asiatiques. À travers des descriptions détaillées de la vie quotidienne, des pratiques religieuses et des rapports entre les classes, l’ouvrage révèle la richesse du Japon du XIXe siècle, de ses samouraïs et de sa capitale Yédo jusqu’à la culture populaire et aux tensions coloniales.
L’auteur, grâce à une prose directe, met en évidence les contrastes entre la rigueur des normes sociales et l’élan de modernisation, illustré par des exemples concrets tirés de la vie des voyageurs et des échanges commerciaux.
Citations de Le Japon (Edmond Villetard)
Edmond Villetard,
Le Japon
(1879)
“ La première chose qui frappe le voyageur le Jour de son débarquement à Yokohama, c'est le nombre prodigieux des petits Japonais qu'il aperçoit de tous les côtés. « Toutes les femmes que je rencontre, dit M. Guimet, vieilles, Jeunes femmes ou jeunes filles, portent un enfant sur le dos; je vois même d'autres bambins portés de la sorte par des enfants presque aussi petits que les bébés qu'ils ont sur le dos. » Tous les voyageurs sont d'accord pour vanter la grâce et la gentillesse de ces petits êtres. Ce qui contribue beaucoup à les rendre charmants, c'est qu'ils sont singulièrement heureux. ”
“ Les Japonais mangent, comme les Chinois, à l’aide de petits bâtonnets de bois ou d’ivoire qui leur tiennent lieu de fourchette ; comme les Chinois, ils mangent, au moins dans les repas de cérémonie, quelques bouchées seulement d’une effrayante multitude de plats ; comme eux, ils défigurent et déguisent si habilement une partie des mets dont ils se régalent, que l’Européen assis à leur table, ou plutôt accroupi sur leur natte, car ils n’ont ni table à manger, ni chaises, ni fauteuils, ne peut deviner quel est l’objet qu’on lui sert. ”
“ C’est le riz qui le remplace ; aussi, dans le Niphon et dans toutes les parties de l’empire qui sont assez chaudes pour que la précieuse graminée y puisse pousser, la culture du riz occupe la plus grande partie des terres basses, là du moins où l’on a assez d’eau pour inonder le sol pendant une partie de l’année. Le vin est aussi inconnu que le pain dans l’extrême Orient ; les Japonais, comme les Chinois, ne connaissent guère d’autre boisson que le thé ; aussi le thé occupe-t-il une grande place dans la liste des plantes cultivées au Japon. ”
“ Au milieu de ce peuple d’un caractère aimable et doux, les samouraïs se sont seuls montrés violents et cruels. Tous les crimes contre les Européens commis au Japon depuis une vingtaine d’années l’ont été par des hommes à deux sabres ; nulle part des gens du peuple n’ont levé le bras contre un todjin. La masse de la nation est si paisible, si peu accessible aux passions haineuses, aux accès de rage ou d’effarement, que les guerres civiles elles-mêmes, de nos jours du moins, y sont peu sanglantes. ”
Edmond Villetard,
Le Japon
(1879)
“ Deux des volcans de cette île sont voisins de Yédo, la capitale de l'empire, et donnent aux paysages des environs de cette grande ville un caractère particulier de splendeur et de majesté. L'un, qui a encore aujourd'hui de fréquentes éruptions, est YAsctnia Yama. On voit en tout temps bouillonner dans son cratère d'énormes flots de laves incandescentes. L'autre, dont la dernière éruption remonte à l'année 1707, est d'une forme si majestueuse, d'une si magnifique couleur, qu'il a depuis bien des siècles excité l'admiration des Japonais, pour lesquels il est devenu la montagne sacrée. ”
“ Un trait dominant du caractère japonais, c’est la politesse qui règne dans toutes les classes de la nation. Dans les rues de nos villes, si quelque petit incident soulève une querelle entre des ouvriers, des cochers, des portefaix, ils s’adressent pendant longtemps les plus violentes injures et finissent, si on ne se hâte de les séparer, par en venir aux coups. Aucun voyageur n’a jamais assisté, au Japon, à de pareilles scènes ; tous remarquent au contraire la singulière courtoisie dont les gens du peuple font preuve en semblable circonstance. ”
“ Un jour un enfant, ignorant ou méprisant cette interdiction, s’amuse à viser un canard avec une pierre, et il est assez malheureusement adroit pour le tuer du coup. Grand scandale ! on arrête le pauvre petit criminel et on le traîne devant un juge. Celui-ci prend sa mine la plus rébarbative, et rappelle que la loi punit de mort le meurtre d’un de ces volatiles sacrés. «Si donc, ajouta-t-il, l’oiseau est bien réellement mort, l’enfant mourra ; mais il faut d’abord voir s’il n’y aurait pas moyen de guérir le canard. » ”
“ Pour expliquer la chute du pouvoir dont nous venons de raconter la formation et la période la plus brillante, il nous faut revenir sur une question que nous avons seulement effleurée, celle des rapports des Japonais avec les Européens. Nous avons raconté plus haut comment les efforts des missionnaires pour répandre le christianisme au Japon avaient été d’abord singulièrement heureux. Il semblait que catholicisme dût bientôt devenir la religion dominante de ce vaste empire de l’extrême Orient. Les bonzes, effrayés pour leur religion, avaient en vain sollicité l’appui des daïmios et du mikado. ”
“ Les temples, les chapelles et les bonzeries de Nikko forment une sorte de ville sainte infiniment curieuse. Il serait bien à désirer qu’avant que d’autres incendies ou des tremblements de terre l’aient renversée, des Européens puissent photographier un à un tous ces monuments aussi intéressants pour l’historien que pour l’artiste. À quelques lieues au sud de Nikko se trouve la ville de Kiriou, qui mérite d’être signalée pour des raisons toutes différentes. Ce ne sont ni les temples ni les tombeaux qui en font l’intérêt ; c’est l’industrie. ”
“ Les livres destinés aux hommes qui ont reçu l’éducation supérieure sont absolument inintelligibles pour ceux qui s’en sont tenus à l’instruction primaire. Ceux-ci non seulement ne peuvent pas les comprendre, mais ne peuvent pas même les lire. Un volume imprimé en grec est moins inabordable pour un élève de nos écoles primaires qu’un livre japonais de poésie ou de philosophie, imprimé en véritables caractères chinois et composé dans une langue où le chinois tient une grande place, ne l’est pour un Japonais qui n’a pas fait de longues études. ”
“ Les arbres eux-mêmes sont presque aussi artificiels que ces miniatures de volcan et que ces rochers en imitation. Les jardiniers du Japon, comme ceux de la Chine, excellent dans l’art étrange de faire avorter la nature : ils savent réduire à la hauteur de quelques pieds l’arbre qui, abandonné à lui-même, s’élèverait à plus de dix mètres au-dessus du sol : la vue de ces phénomènes rabougris charme les Japonais aussi bien que les Chinois. ”
Edmond Villetard,
Le Japon
(1879)
“ Peu à peu le mikado se mit à recevoir ses sujets avec un cérémonial moins étrange; il parla, il remua devant eux; il ne craignit plus de montrer qu'il était vivant. Puis il sortit à cheval et même à pied dans les rues de Yédo où il transféra bientôt la capitale de l'empire. On ne fut plus obligé de se détourner de son passage ou de se jeter dans la poussière ou dans la boue pour lui tendre hommage. Ces antiques marques de respect furent même interdites par un décret. En même temps, il modifia peu à peu son costume. ”
Edmond Villetard,
Le Japon
(1879)
“ Tous les étrangers qui voyagent en France sont frappés des hommages dont les vivants entourent les monuments où les êtres qu'ils ont aimés dorment de leur dernier sommeil. Les tombes depuis longtemps fermées, et pourtant toujours soigneusement entretenues, souvent parées de fleurs fraîches et de couronnes, étonnent, charment et édifient les touristes venus chez nous du reste de l'Europe. Sur ce point les Japonais sont bien vraiment les Français de l'extrême Orient. ”
“ La féodalité avait eu pour conséquences naturelles, en Europe, la création d’une foule innombrable d’associations, formées par les petits qui se liguaient entre eux pour être en état de défendre leurs intérêts contre la puissance formidable des princes et des seigneurs. La même cause a produit les mêmes effets dans l’extrême Orient. Rien ne nous rappelle plus complètement notre moyen âge que ce que nous lisons sur les corporations dans lesquelles sont engagés au Japon presque tous les gens du peuple. Il n’y a pas une industrie, pas un métier qui n’ait ses confréries ”
“ Ce qui peut à bon droit nous surprendre davantage, c’est qu’au lieu de se contenter de respecter, une fois au pouvoir, ces traités naguère si violemment dénoncés par eux à l’indignation publique lorsqu’ils faisaient au shogoun une opposition révolutionnaire, ils allèrent beaucoup plus loin que n’avait osé le faire le gouvernement déchu dans la voie des réformes libérales et se mirent à copier — ce qu’il n’avait jamais fait — les institutions, les mœurs et même les modes de l’Europe. ”
“ Quant aux tables, c’est un luxe presque inutile chez un peuple qui passe sa vie accroupi, non pas sur des divans ou des coussins comme les Turcs, mais sur le sol même. Les braseros où brûle un feu perpétuel, placés dans des maisons de bois et de papier, c’est l’étincelle près du baril de poudre ; aussi ne faut-il pas s’étonner si les villes du Japon sont souvent en partie détruites par d’effroyables incendies. ”
“ Les élèves des écoles supérieures eux-mêmes trouvent la science qu’ils y ont péniblement acquise bien insuffisante, quand ils veulent aujourd’hui s’initier à nos lettres et à nos sciences. La langue elle-même est rebelle et ne se prête pas à rendre nos idées abstraites. Elle peut servir sans trop de peine pour exposer ce qui concerne notre industrie et nos arts industriels ; mais quant à faire en japonais des leçons de droit, de politique, ou d’économie politique, c’est, paraît-il, chose absolument impossible. ”
“ Aujourd’hui que nous connaissons les faits qui ont amené peu à peu un ordre de choses si étrange, nous en arrivons à comprendre le rôle de chacun des deux princes et sa position vraie. Mais pendant longtemps ces faits furent à peu près inconnus en Europe ; aussi en était-on arrivé à admettre comme une vérité hors de doute que le mikado était le souverain spirituel de son pays, tandis que son rival d’Yédo était le souverain temporel. On voyait en un mot, dans le second l’empereur, dans le premier le pape du Japon. ”
“ Les Japonais des hautes classes ont, comme les gens bien élevés de tous les pays, l’habitude de se dominer et de laisser paraître le moins possible les sentiments qu’ils éprouvent ; mais le peuple est très gai et aime beaucoup à rire. Quand quelque petit évènement amène un rassemblement, si un mot, dit par quelqu’un des assistants, provoque la gaieté de ses voisins qui l’ont entendu, tout le reste du groupe se met à rire de confiance et les braves gens se tiennent les côtes sans savoir le moins du monde ce qu’on a pu dire ou faire de si risible. ”
“ Osaka n’a ni palais splendides ni temples célèbres ; le seul de ses monuments dont les derniers voyageurs qui l’aient visitée nous entretiennent, est un hôtel des monnaies élevé tout récemment, dans le style européen, part des Anglais. Ce n’est pas là un édifice dont la description puisse nous offrir beaucoup d’intérêt, mais la ville n’en est pas moins fort curieuse. Sa population aime à la fois le travail et plaisir. Les rues sont très étroites ; elles ont rarement, d’après M. de Hubner, plus de quatre à huit pieds de largeur ; mais elles sont propres et bien aérées. ”
Edmond Villetard,
Le Japon
(1879)
“ « Très habiles, dit M. Guimet, dans les questions de banque, d'escompte, de change, de monnaies, de cours commerciaux, ils se sont faits utiles, commodes, nécessaires, indispensables. Aucune maison européenne n'a pu se passer d'un Chinois ; les Japonais ont forcément utilisé ce truchement1. Et comme les Chinois ont éminemment le don de l'association, ils ont formé la corporation des compradores, qui a grandi, s'est imposée, et tend à supplanter, au point de vue commercial, et les Japonais et les Européens. » Un comprador est un voleur qu'on institue caissier. ”
“ Aujourd’hui le prince est dépossédé, et le siro ou château qu’il habitait naguère dans Nagoya sa capitale tombe déjà en ruine. Les yanhkis, ou résidences de ses anciens tenanciers, situés près du siro, sont abandonnés et délabrés. La ville elle-même semble condamnée à une décadence profonde et irrémédiable, sinon par la révolution politique, au moins par la révolution commerciale qui l’avait précédée. L’ouverture de certains ports du Japon aux étrangers a appelé dans ces heureuses villes tout le mouvement du commerce de l’empire. ”
“ La haute littérature japonaise est, au dire du petit nombre d’Européens qui ont pu pénétrer plus ou moins profondément ses mystères, sèche, aride et pédante. Les livres en langue vulgaire sont au contraire assez intéressants. Les romans, destinés surtout aux femmes, appartiennent à ce dernier genre. Ce sont des histoires longues et compliquées où l’on cherche à amuser le lecteur par une succession rapide d’événements bizarres, beaucoup plus qu’à le charmer par l’analyse des caractères et l’étude des passions. ”
“ Jusqu’à ces derniers temps, les croyances religieuses des Japonais leur interdisaient de manger la chair du bœuf et de boire le lait de la vache. La race bovine n’en est pas moins bien représentée au Japon, par la bonne raison qu’elle est nécessaire pour cultiver les rizières. Seulement, le bœuf n’y est encore qu’un animal de trait ; bien que l’ancienne religion du pays perde chaque jour un peu de son antique influence, il faudra sans doute bien du temps avant que les usages, les habitudes et les répugnances qu’elle avait créés soient abandonnés. ”
“ Les Japonais travaillent, produisent, inventent et créent ; ils vendent du riz, des algues, de la soie, des objets d’art, et ne font pas leurs frais. Les Européens s’ingénient, imaginent, écrivent des courriers, envoient des dépêches, remuent le monde entier, pensent, s’épuisent, achètent trop cher, vendent à perte, se ruinent. Les Chinois président aux transactions, comptent les dollars, en gardent le plus possible, se font gras, paisibles et millionnaires. ”
“ Nous avons dit plus haut que les cultivateurs formaient la première classe au-dessous de la noblesse, et que la bourgeoisie des villes, c’est-à-dire la classe des marchands et des industriels, était presque au bas de l’échelle sociale, n’ayant guère au-dessous d’elle que les étas, parias du Japon, relégués au dernier rang parce que les métiers qu’ils exerçaient leur infligeaient, d’après les croyances religieuses du pays, une souillure indélébile. ”
Edmond Villetard,
Le Japon
(1879)
“ Les mers qui baignent les côtes de leurs innombrables îles et les rivières qui arrosent et fertilisent leur sol leur en fournissent en abondance. Nous ne chercherons pas à donner les noms de tous ceux dont nous parlent les voyageurs. Nous citerons seulement les énormes esturgeons qui se pèchent sur toutes les côtes du pays, les saumons qui se prennent en nombre prodigieux dans les rivières d'Yédo, les carpes qu'on élève avec amour et intelligence, et qui deviennent aisément aussi grosses que nos célèbres carpes du palais de Fontainebleau. ”
“ Leur vie, au milieu de l’immense forêt qui couvre leur île et des rochers qui en bordent les côtes, est singulièrement monotone et triste ; aussi sont-ils sombres et taciturnes. Ils ne demandent au travail que juste ce qu’il faut pour ne pas mourir de faim, et pour avoir de quoi s’enivrer de temps à autre avec du saki. ”
Edmond Villetard,
Le Japon
(1879)
“ Les villes principales du Japon sont Yédo, Osaka et Kioto. Kioto aété pendant plusieurs siècles la capitale des mikados1, tandis que Yédo était celle des shogouns (improprement appelés Taïcouns par les Européens) . Depuis la révolution de 1808, qui a renversé le dernier shogoun, le mikado, resté seul souverain, transporta sa résidence à Yédo. Yédo s'élève au fond de la haie qui lui doit son nom. C'est l'une des plus grandes villes du monde. D'après M. Rodolphe Lindau, la surface qu'elle couvre n'est pas moindre de 85 kilomètres carrés. ”
“ On est exposé deux fois par an à ces convulsions de l’atmosphère, presque aussi terribles que celles du sol. On voit que si la nature a prodigué ses faveurs à l’empire du Soleil levant, elle a compensé ses bienfaits par de terribles fléaux. Nous devons nous consoler de n’avoir chez nous ni une aussi puissante végétation, ni d’aussi admirables paysages, ni un ciel aussi beau, en songeant que nous sommes exempts des typhons et des tremblements de terre. ”
“ Le fameux tay, le poisson le plus cher aux gourmets d’Yédo, se sert non seulement cru, mais vivant, et de même que jadis un homme du monde en France était fier de savoir découper habilement une volaille, de même aujourd’hui, au Japon, le suprême talent à table est d’achever habilement le malheureux tay. ”
“ Dans certaines parties de son parcours la route est ombragée d’arbres magnifiques et rappelle les plus belles allées des grands parcs de la vieille Angleterre ; dans les montagnes elle se change en un sentier qui grimpe et serpente le long des rochers, à travers des pierres glissantes. On voit qu’il n’est pas mauvais pour voyager au Japon d’être bon nageur, un peu acrobate et tout à fait philosophe. ”
“ « Les samouraïs sont les maîtres des quatre classes. Agriculteurs, artisans et marchands ne devront pas se conduire d’une façon grossière. Par cette expression on doit entendre une façon autre que celle à laquelle on s’attend de la part de quelqu’un. Un samouraï ne doit pas hésiter à trancher la tête à un manant qui s’est conduit envers lui d’une façon autre que celle qu’il attendait. » Un pareil article livrait évidemment à la merci des nobles la fortune, l’honneur et la vie de tout ce qui n’était pas noble. ”
“ Une révolution plus radicale que celle que nous avons accomplie en France à la fin du siècle dernier était ainsi opérée d’un trait de plume par le gouvernement qui devait sembler le plus hostile à de telles innovations. Nous serons un peu moins surpris de ce fait extraordinaire si nous lisons avec soin les pages que M. de Hubner consacre aux chefs qui ont dirigé le mouvement. Les princes du sud n’étaient que les chefs apparents de la révolte contre le shogoun. Les hommes de tête et d’action qui les poussaient étaient de moins grands personnages. ”
“ Pendant les sept siècles suivants, le pays, en paix avec la Chine et la Corée, jouit aussi à l’intérieur d’une assez grande tranquillité. C’est pendant cette période que s’établissent les castes et que la noblesse militaire acquiert ses privilèges. C’est aussi pendant ce temps que les chefs de l’armée, les shogouns, étendent peu à peu leur pouvoir, et de simples commandants militaires deviennent insensiblement les vrais maîtres de l’empire. ”
“ Ne quittons pas leur capitale sans dire qu’elle a tout récemment changé de nom. Elle s’appelle maintenant officiellement Tokio ; c’est ainsi qu’elle était appelée sur le plan colossal qui, à l’Exposition universelle de 1878, décorait la façade du Japon dans la rue des Nations. L’ancienne capitale des mikados, Kioto (ou, suivant l’orthographe adoptée par M. de Hubner, Kiyôto) est située à peu de distance du lac Bioua. ”
Edmond Villetard,
Le Japon
(1879)
“ Les Européens ne peuvent voir des Japonais se servant de tous ces petits plats dans leurs petites soucoupes et buvant ces liquides dans leurs petites tasses, sans s'imaginer qu'ils voient de grands enfants jouer à la dînette. Ajoutons que parmi les poissons, qui forment avec le riz la base de la nourriture des habitants du Niphon, il y en a beaucoup qui se servent et se mangent tout crus. Cela nous semble horrible; nous devons dire pourtant que les Européens se font vite à cet usage et se régalent souvent autant que les indigènes de ce mets dont la seule idée nous révolte. ”
“ Dans l’habillement des Japonais, la paille n’est pas exclusivement réservée à la fabrication des chaussures. On l’emploie aussi à faire des manteaux fort laids, à en juger d’après les dessins et les photographies rapportés par les touristes, mais très précieux, dit-on, en temps de pluie. Les peaux de bêtes, employées pour faire des vêtements chauds et imperméables dans tous les pays où le bouddhisme n’est pas la religion dominante, sont interdites aux Japonais par les mêmes croyances religieuses qui les empêchent de porter comme nous des bottes et des souliers de cuir. ”
“ Elle a perdu, dit-on, près de la moitié de ses habitants depuis qu’elle n’est plus la résidence du souverain. Bien que le pouvoir des mikados fût alors avant tout un pouvoir religieux, et que Kioto fût plutôt la capitale spirituelle que la capitale temporelle de l’empire, c’était une ville très animée, très gaie, très brillante et très bruyante. M. Humbert, qui l’a visitée peu de temps avant la révolution de 1868, y a encore vu une population nombreuse, riche et ardente au plaisir. ”
