“ Vénus, n’as-tu pas cru voir ton temple rouvert ? O Vénus ! quelquefois à l’heure du mystère, Quand nos noms confondus mouraient dans un baiser, N’as-tu pas cru sentir sous ta gorge de pierre Un cœur qui s’éveillait et voulait se briser ? Et quand tu nous voyais follement nous étreindre, Aux rapides instants des désirs exaucés, N’as-tu pas dû parfois te trouver bien à plaindre D’avoir les bras cassés ?... N’as-tu pas, jalousant sa beauté diaphane, Enviant l’éclat pur et doux de ses grands yeux, O Vénus ! ”
Résumé
“Le Parnasse contemporain/1866”, est une œuvre de . Des thèmes tels que défende, le flot ou palimpseste y sont abordés.
Citations de Le Parnasse contemporain/1866 ()
“ YAMA. Les sept coursiers soumis à quatre jougs de flammes, Sans éclairer mon œil, éblouiront le tien ; La liane aux fleurs d’or n’aura pas de soutien ; Nous ne mêlerons pas, l’une à l’autre, nos âmes. YAMÎ. Quand nous dormions encor au ventre originel. L’aïeul parla. « Vêtus d’une splendeur égale. Soyez époux, dit-il. Que la sœur conjugale Sans fin demeure unie au mari fraternel ! »YAMA. Qui l’a su ? qui l’affirme ? Aucun ne peut connaître Son premier jour. Le ciel démesuré n’est pas Un champ d’orge qu’on peut traverser en trois pas, Et nul ne sait où gît la source de son être. ”
“ Nous pousse hors du sein de l’Être, et nous renie. Homme, vil meurtrier des dieux, es-tu content ? Les bois profonds, les monts et le ciel éclatant Sont vides, et les flots sont vides : c’est ton règne ! Cherche qui te console et cherche qui te plaigne ! Les sources des vallons boisés n’ont plus de voix, L’antre n’a plus de voix, les arbres dans les bois N’ont plus de voix, ni l’onde où tu buvais, poëte ! Et la mer est muette et la terre est muette, Et rien ne te connaît dans le grand désert bleu Des cieux, et le soleil de feu n’est plus un dieu ! ”
“ A VÉNUS DE MILO (STATUETTE) O Vénus de Milo ! ma chère statuette, Seul reste d’un amour comme toi mutilé, Mon cœur, mon pauvre cœur, qui souffre et qui regrette, En ces strophes t’adresse un soupir désolé ; Je crois que tu dois bien comprendre ma tristesse, O chef-d’œuvre incomplet ! — comme tout ici-bas. — Où puis-je mieux pleurer, poëte sans maîtresse, Que sur le sein meurtri de la Vénus sans bras ?... ”
“ Des grands dieux, vers le ciel tordent leurs bras charmants. Leur douleur, en un chant d’une fierté sauvage S’exhale avec des cris de haine, et du rivage Écoutant cette plainte affreuse, à leurs sanglots Aphroditè répond, fille auguste des flots ! O douleur ! son beau corps, fait d’une neige pure, Rougit, et sous le vent jaloux subit l’injure De l’orage ; son sein aigu, déjà meurtri Par leur souffle glacé, frissonne à ce grand cri. Le visage divin et fier de Cythérée, Dont rien ne peut flétrir la majesté sacrée, A toujours sa splendeur d’astre et de fruit vermeil ”
“ Le néant dans le cœur, le néant dans la tête, — Le long des tristes murs les débris de leur bête : — Quand je sortis de là, j’allai je ne sais où, Je marchai le cerveau malade, à l’aventure, Je regardai sans voir, comme ferait un fou, Le ciel, les arbres verts, bercés dans le murmure D’un matin de printemps, — et restai tout le jour Le front baissé, cherchant à comprendre où nous sommes, Dédaigneux du Soleil, et méprisant l’Amour, Oubliant tout, hormis la misère des hommes ! ”
“ Mais lorsque la puissance est toute la richesse, Les efforts des vertus démontrent leur faiblesse Et le droit souhaité de commander au sort Échoit au plus offrant et non pas au plus fort. Je prétends à ce droit ; mais, pour que je l’acquière, Il faut m’envelopper dans cette allure altière Dont la froideur savante, excitant le désir, Me soumette l’époux que je voudrai choisir. Qu’importe à ma beauté, que l’amour autour d’elle Ravage cette foule à qui je suis rebelle, Si ma virginité peut enfin y trouver Celui que ma raison m’ordonne de rêver. ”
“ Quand tes regards sont doux, sur la mer de tes yeux S’étend un jour égal qui palpite et flamboie, Et dans le bercement des espoirs radieux, Je nage en chantant comme un voilier qui louvoie ; Je nage dans tes yeux comme dans une mer Orientale, à l’heure où s’éveille l’aurore Douce et rouge, versant les fraîcheurs de l’éther Dans sa sérénité transparente et sonore Lorsque de tes regards jaillissent des éclairs, Quand la mer de tes yeux s’irrite et se soulève, Et qu’un nuage noir, éteignant les cieux clairs, Apporte une tempête effroyable qui crève ”
“ Raillant les faux atours autant que les beaux airs ; Belle fille, portant sa dent inassouvie Sur les travers du monde et les fruits de la vie, En faisant éclater, du soir jusqu’au matin, Sa gaîté pétillante et son rire argentin, Comme on voit la grenade, au fond d’or des campagnes, Ouvrir sa lèvre rouge au soleil des Espagnes. Le roi Louis Quatorze a traversé le Rhin, Mais que nous reste-t-il de ce bruit souverain ? Il nous reste Molière et sa verte ironie : La conquête, c’est l’art ; le roi, c’est le génie ! ”
“ De la jeunesse et de l’amour ! Je veux, un seul été, m’enivrer de délice Dans la coupe mortelle ; ... il faut Que mon rêve céleste ici-bas s’accomplisse... Et puis, mon Créateur, rappelle-moi, là-haut, Où, parmi les soleils, tes magnifiques sables, Je serai, si tes bras ne me font pas défaut, Un des esprits impérissables !... Là-haut, où, quand les temps comme un torrent ont fui, L’éternité s’allonge, à soi-même pareille ; Où, — prodige adorable ! — on ne devient pas vieille. Où le plaisir n’est point le père de l’ennui ; Là-haut, où rien ne se passe, où rien n’est infidèle ”
“ Qu’une vierge de marbre et sculptée à l’antique Acceptait dignement sa mission plastique. J’eus cette illusion — bien folle en vérité — Qu’en un corps virginal incarnant sa fierté, Et jetant ses défis à nos pudeurs moroses, L’art daignait traverser le désert de nos proses. Or, cette femme, au corps fier comme ces Vénus Qui laissaient chastement chanter leurs contours nus, Ne voile sa beauté d’une robe hypocrite Que pour mieux attiser les désirs qu’elle irrite. ”
“ Petite, et froide, et sombre, et sans tableaux au mur, M’est d’un attrait plus haut et d’un pouvoir plus sûr. Là tout parle ; la pierre est vivante ; le prêtre Me convie à sa suite et me présente au maître ; L’encens fait un plafond d’azur au monument, Et, du sommeil des morts réveillés un moment, Tendres comme un conseil, graves comme un exemple, Les chrétiens assoupis sous le pavé du temple, Après avoir souffert pour le devoir commun, Pascal ou Lesueur, ou Racine, ou Lebrun, Racontent aux vivants le consolant mystère Des saints morts pour le Christ, du Christ mort pour la terre. ”
“ Le brouillard, que blanchit un tourbillonnement Neigeux, se déchirant ainsi qu’une tenture, On voit, parfois, au fond d’une sombre ouverture, Le soleil rouge et froid qui luit obscurément. Mais, tous deux, ayant clos les rideaux des fenêtres, Mollement enlacés et mêlant nos deux êtres Dans un fauteuil profond devant un feu bien clair ; Nous nous aimons ; nos yeux parlent avec nos lèvres Frémissantes ; et nous sentons dans notre chair Courir le frisson chaud des amoureuses fièvres. Tu peux durer longtemps encore, ô sombre hiver. ”
“ Qui torturaient mon cœur, autrefois ébloui. Puis, je te conservai ; — je te dotai d’une âme, Je crus que tu pourrais comprendre quelque jour, Pour mettre en cendre un cœur, tout ce qu’il faut de flamme, Tout ce qu’il faut d’oubli pour tuer tant d’amour !... Souvent, je t’entretiens pendant une heure entière, Et tu restes muette ! — En ce monde moqueur Parlerai-je toujours à des Vénus de pierre, A des femmes sans cœur ? ”
“ Auraient, dans ce cerveau chrétien, jaloux d’affronts, Excité l’indomptable appétit des tortures ; Par cette royauté des consciences pures Qui sonderaient sans peur l’abîme de l’enfer, Et se perdraient peut-être à sauver Lucifer ; Par cette force étrange et mal dissimulée D’enfant ou de lion ; nature immaculée Où la grâce est un don moins encor qu’une loi, Clarté d’en haut, brillez sur moi, veillez sur moi ! ”
“ Elle est morte ; — une énigme enveloppe sa vie ; — Oublieuse de gloire et d’or inassouvie, Morte en sa puberté. Et qu’un jour, l’Avenir l’accuse ou la défende, Cette mort, — cette vie, — est comme une légende Pour la Postérité. ”
“ Comme un pampre lascif qu’arrose la Brenta ! Fleur de la volupté, splendide Violante, Ton nom vient agiter le corps avant le cœur, Tu soulèves l’amour sur ta lèvre brûlante, Où les pâles désirs s’abattent tout en chœur. ”
“ Près de moi se tenait une femme si douce Que moins doux est un nid fait de plume et de mousse. Le sourire dormait sur sa lèvre ; ses mains Caressantes avaient des senteurs de jasmins ; Ses bras semblaient promettre une étreinte profonde. Elle était pâle avec la chevelure blonde. Ni mouvement ni souffle. Un charme plein d’effroi Tombait de son visage énigmatique et froid Dont le calme regard eût dompté des athlètes. Sur ses cheveux mouraient d’amour des violettes. ”
“ Comme si la bergère, en l’effeuillant, un jour, Y devait consulter l’oracle de l’amour ! Car, tout suit une loi fatale ; que l’on boive Le nectar ou l’absynthe, hélas ! que l’on reçoive Le jour comme un bienfait ou comme un châtiment, Il faut naître, il faut vivre... il n’importe comment ! ”
“ Que n’avons-nous ton onde où s’éteint la Mémoire ! Dans nos cœurs ulcérés le vautour-souvenir S’est abattu ; son cri rauque dans l’âme noire Nous obsède et nous fait oublier l’avenir... — Que n’avons-nous ton onde où s’éteint la Mémoire ! Mais à notre misère un espoir est resté : Nous n’avons plus l’Oubli, mais la Mort est certaine ! ”
“ La femme pleure et meurt : l’homme pleure et s’affaisse ; L’enfant pleure et s’éteint ; et, sous la nuit épaisse Et formidable, on voit serpenter dans les airs Le méandre sinistre et sanglant des éclairs. Saisi d’un hoquet lent et convulsif, le monde Tressaille ; l’on dirait qu’il se meurt, et la ronde Des astres fraternels, lents et silencieux, D’un pétillement sombre emplit les larges cieux. ”
“ Aujourd’hui, dans mes yeux, nul désir ne s’allume ; Songe au présent, mon âme, et cesse de vouloir ! Le vieil astre s’éteint comme un bloc sur l’enclume, Et rien n’a rejailli sur les rideaux du soir. ”
“ Et vers le ciel étend ses branches avec force. Son tronc noir se raidit musculeux comme un torse, Et son cœur dépouillé ferait un bon cercueil. Il a l’air de porter l’empreinte d’un long deuil, Et l’âge a sillonné profondément l’écorce. ”
“ Que dore le matin chaste de l’Infini Je me mire et me vois ange ! Et je meurs, et j’aime — Que la vitre soit l’art, soit la mysticité, — À renaître, portant mon rêve en diadème, Au ciel antérieur où fleurit la Beauté ! ”
“ Aux soupirs de la mer tranquille et formidable. Je sais que je vaincrais la mer, où je m’endors Triste, dans le néant des visions funèbres, Si ton baiser vivant ressuscitait mon corps Mort d’amour à tes pieds noyés dans les ténèbres. ”
“ Comme unique ennemi, montre-lui l’étranger ! Et nous, Français, et nous, pour les peuples eu peine, Pour l’affranchissement de notre race humaine, Du lointain avenir préparons les décrets, Et gardons ce faisceau, symbole du progrès, Plus encore que l’épée, en cette grande guerre, Qu’il soit le bouclier qui sauvera la terre ! ”
“ Mais le lucre à son cœur s’introduit et le rouille. — Puisque tu veux de l’or ! vends-lui cher ta dépouille, Rachel ; — il faut le drame implacable et vivant ; Marche ; il faut de vrais pleurs et du vrai sang au monde. ”
“ Un contour au hasard jeté, toujours le même ; Ainsi va ma pensée, et l’éternel problème De l’amour la ramène à tracer constamment Dans le cadre naïf d’un ovale charmant Un sourire indécis et les chers yeux que j’aime. ”
“ Je meurs sans rien savoir, je meurs comme une bête. — Tu sais l’amour, lui dis-je, en lui baisant la tête, Tu sais tout : l’herbe folle a sa fleur et son miel. Tu peux quitter la terre et te risquer au ciel. ”
“ C’est ainsi que la Mort, du souffrant au content, Va, souriant parfois au Sage qui l’attend Et la comprend, sachant que les amas funèbres Des corps, confusément pourris dans les ténèbres Internes du sol creux qu’ils viennent rajeunir, Sont le fumier fécond, où germe l’Avenir. ”
“ C’est dans sa maison qu’il faut vivre, La fenêtre sur l’horizon. La maison, c’est mon corps. La joie Y fleurit comme un pampre vert ; La fenêtre où le jour flamboie, Ce sont mes yeux : le ciel ouvert ! ”
“ Bien des siècles depuis les siècles du Chaos, La flamme par torrents coula de ce cratère, Et ce pic ébranlé d’un éternel tonnerre A flamboyé plus haut que les Chimborazos. Tout s’est éteint. La nuit n’a plus rien qui l’éclaire. ”
“ Ainsi, dès que chez nous sera mort le vieil homme, De la Jérusalem notre âme ira vers Rome, La matière à l’Idée et la lettre à l’Esprit, Car, pour chaque mortel, autant que pour le monde, L’âge vient où chassant tout alliage immonde ”
“ TRADUCTION DE PÉTRARQUE La vie avance et fuit sans ralentir le pas ; Et la mort vient derrière à si grandes journées, Que les heures de paix qui me furent données Me paraissent un rêve et comme n’étant pas. ”
“ Le grand Lotus, berceau des trois Mondes, s’élève, Doux comme le soleil des jours d’automne, et blanc ! Il éclaire, il féconde, ayant l’amour pour sève ; Il verse la candeur et la limpidité De l’aube dans l’effroi de la nuit qui s’achève ”
“ Sur l’éclat de ton sein ma tête vagabonde, Tes cheveux rutilants éblouissent mes yeux. Amour, n’insultons plus à la vertu des songes ; L’aimable Vérité se prête à leurs mensonges, Mon rêve eut bien raison de m’égaler aux dieux. ”
“ Tant il aime à cueillir l’épi d’or des moissons. L’Automne est un critique effeuillant la ramure Pour voir le tronc de l’arbre et rêver sous le houx : L’aveugle ! il ne voit pas que la vendange est mûre. ”
“ Du Paradis au Phlégéton, J’interroge en vain tous les cultes Depuis l’autel jusqu’au fronton. Quand je suis avec les athées, Je vois rayonner Dieu partout ; Et devant les marbres panthées Je m’incline et j’adore Tout. ”
“ La pensée a des jours ineffablement calmes, Où la gloire effraierait comme un vice ; où les palmes, Où les bravos, où tout appareil de grandeur Déconcertent le goût et blessent la pudeur. On vit, on est content de vivre ! ”
“ Pleurs du violoncelle, et sanglots de l’archet, Taisez-vous à jamais ! votre murmure entête ! D’ailleurs nous avons mieux ce soir ! comme c’est fête, Une voisine aimable et qui cherche un mari Fredonnera sans doute un motif de Grétry, Et sans doute par elle entraîné vers la lutte, Le vieil oncle à son tour jouera son air de flûte. Voyageurs revenus des pays du soleil, Laissez-nous ! à quoi bon votre Midi vermeil, Vos danses, vos palais où chantent les cascades Et vos doñas rêvant à côté des alcades ? ”
“ Le trait fin des maisons, les branchages de cuivre Où le pâle soleil glisse un regard sournois. Décalque compliqué comme une broderie, Dont le caprice peut tenter la rêverie D’un poète amoureux ou d’un peintre chinois. ”
Termes fréquents
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