“ Elle ne sait si elle aime ce qu’elle embrasse, ni si même elle en aime la douleur. La mer monte, et les rocs de bronze, cachant un profond frissonnement, penchent. Puissance prodigieuse d’Hélène, don de Tantale : dans l’amour qu’Hélène inspire, il y a un ardent désir du corps pour l’âme, et un désir égal de l’âme pour le corps. Ainsi le désir d’Hélène est éternel dans l’homme. Sa chair ne désire pas tant la chair de la déesse, qu’il ne brûle, en saisissant la chair, d’embrasser l’âme même du désir, qui est l’âme de cette femme. ”
Collectif
Citations de Vers et Prose (Collectif)
“ Tu n’es plus qu’une femme. Pâris t’envoie un message : Ma vie est perdue. Quoi de plus affreux que de se dire : ma vie est perdue ? — Elle est perdue, Hélène ! Et toi aussi, ma beauté : tu t’en vas, tu descends la pente : tu touches à ta perte. La lampe ovale de la lune est haute dans le ciel. En vérité, le fond de la mer se révèle. L’écaille noire de l’océan laisse couler son silencieux trésor de perles. Et les rocs s’enfoncent, à l’ancre de la nuit. ”
“ Selon les cœurs, cette vie se dissout en tendresse arrière, pitié sanglante, brou de haine ou de dégoût. Quand une femme se dit trop qu’elle aime, elle met autant d’amour à torturer un homme qu’à le servir : pour le soigner, elle voudrait qu’il fût malade. Vœu qui reste rarement sans effet. Une femme s’excuse ainsi du mal qu’elle fait, par l’amour qui le lui fait faire. Rien n’est donc plus terrible dans une femme qu’un amour qui se complaît en lui-même, qui se vante de sa force et s’assure trop de n’avoir point d’égal. Un tel amour peut avoir les mêmes violences que la haine. ”
“ Puissante Hélène, elle valait bien la guerre de Troie. J’aurais voulu qu’Achille en fût tenté. Grand crime entre les amants : quand la chair de l’un ne parle plus à la chair de l’autre. Pour la plupart, la pauvre âme alors est bien en danger. L’homme, moins fidèle à la chair que la femme, s’indigne pourtant plus du changement. C’est, quand il en a, qu’il donne plus de cœur et plus d’âme. Je parle de l’âme, et j’en sens le ridicule. Mais le ridicule de la chair, s’il s’agit d’amour, est encore plus grand. ”
“ Mon cœur joyeux jamais ne l’a voulu connaître Et saura l’ignorer jusques au dernier jour. Que le laurier riant de ta fraîche couronne S’incline en frémissant vers un plus jeune front ; Le dieu vainqueur bénit l’oubli qui l’environne Et de la renommée il redoute l’affront. Son triomphe n’est pas de ceux que l’on acclame, Mais si de son labeur l’abandon est le prix, C’est qu’il n’est pas de baume à qui souffre d’une âme Et que l’amour sied mal au masque du mépris. ”
“ Les yeux immobiles regardaient parmi les reflets dorés, la transperçaient de part en part, froidement, impitoyablement. Elle se leva avec un cri de folie et s’enfuit sur le rivage. Errante parmi les rochers, se heurtant dans les ténèbres, elle cria longtemps désespérément ; elle appela son fils et supplia l’univers d’avoir pitié. L’océan, sous les amas noirs de brume et de nuit s’agitait lugubrement ; les lames du flux s’élevaient des profondeurs, s’élançaient de plus en plus haut et, frappant les rochers, avec fracas, s’effondraient dans les abîmes. ”
“ Lorsque d’un cœur lassé des regrets périssables Nul glas ne trouble plus le silence d’airain, Tu viens, pareille aux vents qui déplacent les sables, Découvrir le tombeau mouvant du pèlerin. Dans la nuit du destin ta nostalgie étrange Du souvenir sans cesse attise les flambeaux Et l’antique infortune, à ton appel, échange Contre un manteau de fête un linceul en lambeaux. Trop souvent dans le cours d’une vie incertaine J’ai goûté d’un amour qui n’était pas le tien ; Mais le sein de granit de la tendresse humaine N’a jamais su meurtrir un front olympien. ”
“ Voilà pourquoi elles sont si bien à l’église : elles y ont ce qu’elles veulent, et ce qu’elles n’ont point elles rêvent qu’elles l’ont. Tandis que chez elles, il leur arrive, ce qu’elles ont, de rêver qu’elles ne l’ont pas. Elles croient à la vie et au bonheur. Or, c’est un rêve qu’il faut faire à l’église si on veut qu’il dure. La femme, dont le cœur déçu vieillit avant le corps, qui dira la cage au fond d’un caveau où cette triste hirondelle tremble de froid ? ”
“ Le vent du soir traîne encor doux les derniers sons, Et triste l’écho erre dans les rues défuntes Qui, toutes, sont silencieuses et craintives de douleur, ... Tel un enfant aveugle qui abandonne soudain la main du guide. Un couple de cygnes effleure l’eau calme. Le flot léger chuchote et doucement vibre, frémissant D’une belle femme qui jadis était Reine Et dont la tristesse solitaire a pris le deuil des nonnes... ”
“ Le soleil planait très bas au-dessus de l’océan comme un oiseau fatigué qui, péniblement, traîne ses ailes d’or ; et les rivages élevés, les hautes masses des arbres, les rochers agrestes vomis par les eaux, les gueules ouvertes des baies, les mâts courbés, les tours des églises et les solitaires menhirs semblaient se pencher vers lui et tendre leurs bras suppliants pour le retenir — mais le soleil pâle, troublé, effaré, s’enfuyait, tombait toujours plus vite, car en haut, par le ciel sombre, couraient les corps monstrueux et gris des nuages ”
“ Au matin on l’arracha de la corde, déjà insensée. Et elle retomba pour toujours dans cette autre nuit des terribles attentes. Puis elle disparut du village ; on disait même qu’elle était morte ; mais les pêcheurs la voyaient parfois sur les rivages déserts de l’océan ; elle fixait toujours ses yeux fous sur les yeux sacrés. Immobiles, déchirait l’espace de ses mains comme si elle eût encore sonné, frappant infatigablement la cloche de l’éternelle et folle espérance... ”
“ C’est dans la femme que l’homme apprend à connaître la méchanceté de l’enfant. Et dans l’enfant, que la femme connaît la méchanceté de l’homme. Tout donner et ne rien attendre : c’est du cœur que je parle, en amour. Malheur à qui attend, ne fût-ce que l’oubli d’une femme. L’oubli leur est encore une arme pour frapper. Et le pardon en est une autre. Dans l’homme, c’est la patience : elle travaille une femme à coups de stylet. ”
“ Un vent chaud soufflait de la terre, pénétrait silencieusement au travers des brumes, baisant câlinement les yeux en pleurs des femmes, et s’enfuyant effrayé, se perdait dans le silence. Et toujours les cloches appelaient les égarés ; elles appelaient comme des mères en détresse, de la voix profonde de l’inquiétude ; tout le rivage résonnait d’un sanglot de bronze comme si la terre entière eût douloureusement supplié l’océan d’être pitoyable. ”
“ Le train tranche l’espace avec son coupe-vent, Il va vers la tristesse et l’hiver, il s’élance, Les pierres du remblai tressaillent ; émouvant, On entend le sifflet qui fouille le silence. Écoute tout son cri d’angoisse et de désir, D’affolement, d’orgueil, de conquête assouvie Poussé vers ton bonheur et vers ton avenir, Vers l’inconnu que tu dois vaincre, vers la vie... ”
“ Corne de la lune ! dans l’espace tu éclaires la nuit noire, forces le troubadour mélancolique à des rimes. Tu remplis l’eau de tous puits profonds de tes poissons luisants. L’obscurité se noie dans ce clinquant nuptial. Comme un oiseau que l’on leurre le cœur tressaille, entre la joie et la tristesse. ”
“ Les rocs ont de l’écume jusqu’au ventre, et le violent baiser d’eau cache leurs mains de laboureurs posées sur leurs genoux. Es-tu celle à qui l’on ne veut pas parler, mais que l’on désire, pour s’y confondre ? — La mer monte et crie fort. ORAGES Pâris a ses pleurs. Et dans l’insomnie, il les cache. Il entend rouler dans son cœur le torrent des plaintes qu’il étouffe. Même usés, les sentiments et les galets dociles gémissent au choc des vagues ; ils ne sont pas si ronds ni polis qu’elles ne sont opiniâtres et fluides. La femme qui ne croit qu’à l’amour, elle ne croit à rien. ”
“ J’en aurais le cœur moins lourd. Elle. — Ne cherche plus : c’est la rancune qui l’emporte. Elle seule se laisse poser de telles questions : jamais l’amour. HÉLÈNE AU TOMBEAU Pâris est mort depuis neuf mois. Neuf mois : Le temps qu’il faut pour faire un homme. C’en est fait de mon amour : Je ne veux plus être immortelle, dit Hélène. Une femme, jamais, ne se contente de ce qu’on lui donne : Si c’est la chair, elle veut la tendresse de l’âme ; si la tendresse, elle veut la chair. Ce qu’elle rêve, c’est ce qu’elle n’a pas. ”
“ Alors Amarus songe aux tendresses des femmes Dont il ignore tout, jusqu’au baiser de celle Qui lui donna la vie. Cependant l’oiseau chante, Les hauts lilas parfument l’air et l’herbe luit... Amarus, ce jour-là, n’a pas empli la lampe. Il reste là, muet. L’oiseau chante toujours. ”
“ Ils reviennent ! Allez sonner ! Ils entrent dans les rochers ! Des lumières ! La cloche, de nouveau, retentit dans la chapelle et, sur le rivage, parmi les tourbillons opaques, des cercles de lumière battirent comme des papillons d’or. Les sabots claquetèrent. un tumulte joyeux éclata ; des cris se croisaient comme de gais chants d’oiseaux, car, de plus en plus proches, les rames frappaient l’eau ; des filets de lumière rampaient lentement hors des profondeurs en pointes acérées et, derrière eux, émergeait toute une masse composée de brume et d’ombre. ”
“ Le cloître dort sa mort aux bords de glauques eaux ; Ses piliers, ses arceaux, se confondent dans l’onde, Et quand le bourdon gronde en la nuit très profonde Seul l’airain élargit son frisson sur les flots. Tout est noir, tout étouffe, et tout parle de mort : L’oubli d’ouate molle enveloppe la vie ”
“ Mère, ton simple anneau s’allume sous la lampe, Et je songe : « Combien sont-ils, combien sont-ils ? » Devant tes cheveux blancs qui luisent vers la tempe. Vous dites : « Il sera dans une heure à Paris. » Je vois vos pauvres mains qui tremblent davantage, Une larme est au bord de vos yeux si meurtris. ”
“ Mais je me demandais en rêve alors s’ils respiraient tous deux l’air pur qui nous anime, ou si plutôt, pour consoler ma douleur solitaire, ils n’étaient point venus de la patrie céleste qui fait revivre le bonheur de nos années défuntes, parmi l’amour ressuscité de ceux que nous aimâmes. Voici que le sommeil emporte en s’en allant les ombres adorées, cependant que Laurette emplit de joie folâtre la chambrette sonore, et que, penchée sur son métier, Bice suit de la tête le va-et-vient de son aiguille. ”
“ La nuit retomba silencieuse, obscure, humide. Les brumes enveloppaient le monde de leurs voiles noirs, mouillés, sur lesquels de temps en temps brillaient les éclats argentés de lumières lointaines. L’océan s’effondrait lourdement dans l’obscurité, les eaux s’amassaient ; on entendait la foule tumultueuse des vagues sortir des profondeurs et éclabousser les bords avec une plainte. ”
“ Tu te révoltais contre le destin injurieux qui veut que la faux de la mort tranche chaque rêve, chaque rêve enivrant et berceur, et dénude brutalement les pauvres os pudiques que la femme cachait avec une souffrance toujours inquiète. ”
“ Sur la mer s’avançaient mollement en cadence quatre voiles légères aux blancheurs idéales avec un doux roulis de berceau, dans l’immense auréole de flamme dont le soleil prodigue enveloppait la mer et la terre et les cieux. ”
“ Ses yeux affolés, ses yeux suppliants, ses yeux mourants, elle les fixa sur les yeux sacrés, immobiles, avec une plainte douloureuse. — Faites-le revenir ! Faites-le revenir ! Et la cloche appelait d’une voix de frayeur, d’une voix de désespoir, avec la nostalgie des attentes ; elle appelait comme ce cœur de mère. Par instants le son s’élevait violent et dans une fièvre mortelle jetait des cris sauvages, désordonnés d’agonisants — comme ce cœur de mère. Parfois, épuisée de fatigue, la cloche pleurait et se plaignait tout bas ”
“ Du baume de Judée au népenthès attique. Le héros délaissé meurt de son mal divin. De l’offense en son cœur la trace est éternelle Comme le souvenir du meurtre dans l’acier ; S’il fuit vers les sommets, le goût des pleurs se mêle Dans le creux de ses mains, au sanglot du glacier. Le flot impatient arrêté par les vannes Connaît seul le secret des désirs réprimés. — C’est une immensité fermée aux caravanes ; La lune du désert ne s’y lève jamais. ”
“ Les lambeaux repoussants de quelque épave humaine Que le pulpe indolent abandonne aux oiseaux. Et telle est la terreur qui règne en ces parages Du désenchantement et de l’inimitié Qu’au seul aspect des cieux, des eaux et des rivages Le dégoût s’y soulève au cœur de la pitié. ”
“ D’un grand trouble à la fois redoutable et suave... Tout mon être se fond dans l’ardente beauté Dont l’heure a revêtu la nature pâmée ; Un rêve vient bercer mon âme sublimée Planant toujours plus haut dans son vol exalté... ”
“ Tu soulèves la surface de la mer et les seins des femmes. Tu blesses le dormeur de ta blessure blanche. Tu ensorcelles le poison de la tristesse dans le foie de l’homme. Le fou fait sa ronde dans tes rayons. ”
“ C’est bien là votre gloire tragique, ville terrible, quand les chariots bondés d’une scorie humaine font scintiller les rails d’un pur éclat de joie, plus pur que la lumière immobile des astres, cependant que l’orgueil solitaire des tours et des coupoles s’amplifie dans le ciel rouge. ”
“ De tous côtés les nuages atteignirent le soleil et s’effondrant sur lui le mirent en lambeaux flamboyants, le dévorèrent avidement de leurs mâchoires boueuses ; il s’éteignit dans le gouffre de ces gueules immondes. Une ombre triste, cendrée, s’épandit sur le jour aveugle. Au loin, très loin s’éleva, grave, un sourd grondement. ”
“ Crépuscule du printemps, crépuscule d’été, premières pluies d’automne, averses bruissantes sur l’immondice poudreuse qui fermente sous les pas des mendiants ; pauvres semelles éclatées qui découvrez un lamentable pied humain pareil à la racine torse et meurtrie d’une douleur violemment arrachée ”
“ Le fil s’est rompu, la bise l’emporte et je gis, blessé, dans les feuilles mortes — atome que laissa tout seul un cher atome — et la fièvre a peuplé mon sommeil de fantômes... J’ai vu le féroce Amour : ses yeux changeants mentaient ; ses mains rouges fouillaient des cœurs et son rire perlait du sang... ”
“ Il allait, vêtu de blanche harmonie ; ses grands yeux de pâle améthyste étaient noyés d’ivresse triste ; ses mains bénies apportaient la fraîcheur des baumes, les caresses, tout ce que laisse aux cœurs meurtris la divine Pitié. Parfois son doigt levé montrait une invisible étoile, et son sourire s’attristait d’éternelle attente jusqu’à mourir. ”
“ Toi qui n’ouvres les bras qu’au désir des rebelles Et qui, malgré les ans, frémis d’avoir nourri Du lait riche en ferment de tes sombres mamelles Eschyle, Michel Ange et Dante Alighieri, Au fils d’un siècle ingrat ne voile pas ta face Ni du temple éternel ne lui défends l’accès ; Il ne ressemble pas au quémandeur qui passe Soupesant dans ses doigts l’obole du succès. ”
“ On croit voir les champs rire et danser les collines, C’est l’instant bref et vif de pureté, d’espoir. Ô fraîcheur ! ô fragrance !... L’esprit des lourds soucis quittant le cachot noir, Dans le matin s’élance. ”
“ S’en vient des métairies — Entre les collines qui, dans le soir, D’un léger pas pénètrent — Doucement oppressé, j’écoute Comment dans les Ténèbres Les enfants prient Dieu, Pour dormir et rêver de doux rêves. ”
“ Vers l’amie et dans les cheveux de l’amie Tous les lilas laissent pleuvoir toutes leurs fleurs, L’oiseau chante, et jouant, volant, se pourchassant, Sur deux boucles vont se poser deux papillons... ”
“ Je vois les maisons hautes. Je vois les mille fenêtres. Je vois le clocher lointain. Voilà donc la terre. Voilà donc le domicile des hommes. Les nuages gris bleu se condensent. Le soleil a disparu. ”
Termes fréquents
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