Anna de Noailles

Anna de Noailles

Résumé

Portrait de Anna de Noailles Anna de Noailles Revue des Deux Mondes

J’ai longtemps comprimé mon cœur mélancolique,
Mais les jours ont passé, j’ai vécu, j’ai souffert,
Et voici que, le front de cendres recouvert,
Je vous bénis, divins poètes romantiques !
Poètes furieux, abattus, révoltés,
Fiers interrogateurs de l’âme et des étoiles,
Voiliers dont l’ouragan vient lacérer la voile,
Vous qui pleurez d’amour dans un jardin d’été,
Vous en qui l’univers tout respirant s’engouffre
Avec les mille aspects des fougueux élémens ;
Vous, possesseurs du monde et malheureux amans,
Qui défaillez de joie et murmurez : « Je souffre ! »
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Portrait de Anna de Noailles Anna de Noailles Revue des Deux Mondes

Peut-être a-t-on le droit, quel que soit le destin
Qui toujours met l’honneur en regard de l’ivresse,
De laisser consentir un cœur parfois hautain
Aux plus humbles caresses.
L’honneur est un tel bien que l’on ne peut sans lui
Ni respirer le jour ni supporter soi-même ;
Mais on ne quitte pas l’honneur, on le conduit
Jusqu’au ciel quand on aime.
Aussi, lorsqu’un soupir vaste et silencieux
Animera bientôt la nuit secrète et vide,
Quand les parfums, la paix, le vent, comme un liquide,
Découleront des cieux.
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Portrait de Anna de Noailles Anna de Noailles Revue des Deux Mondes

Et, lorsque la Nature est à chacun avare.
De pouvoir tout aimer pour un temps éternel !
Hélas ! Je connais bien ces tendresses mortelles,
Cet appel au Destin, qui ne peut pas surseoir.
Je connais bien ce cri brisant de l’hirondelle,
Comme une flèche oblique ancrée au cœur du soir.
Je connais ces remous de parfums, de lumière,
Qui font du crépuscule un cap tiède et houleux
Où le cœur, faible esquif noyé par le flot bleu,
S’enfonce, en s’entr’ouvrant, dans l’ombre aventurière.
— Lamartine, Rousseau, Byron, Chateaubriand,
Ecouteurs des forêts, des astres, des tempêtes.
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