“ «Qu'on prépare ma tombe et mon funèbre somme, Que mon lit nuptial soit violet et noir, Si je n'enlace le jeune homme Qui brillait au verger ce soir!...»—Auprès de ta fureur héroïque et plaintive, Auprès de tes appels, de ton brûlant tourment, La soif est une source vive, La faim est un rassasiement.Hélas! tu le savais, qu'il n'est rien sur la terre Que l'invincible amour, par les pleurs ennobli; Le feu, la musique, la guerre, N'en sont que le reflet pâli!—Ma soeur, ton sein charmant, ton visage d'aurore, Où sont-ils, cette nuit où je porte ton coeur? ”
Anna de Noailles
Résumé
"Les Climats", poème d'Anna de Noailles, explore avec intensité les thèmes de l'amour, de la nature et de l'existentialisme, mêlant images sensuelles et métaphores lyriques. À travers des paysages méditerranéens, des souvenirs de Sicile ou de Syracuse, l'œuvre s'immerge dans une quête émotionnelle, où les éléments naturels (vagues, torrents, parfums) deviennent symboles de désirs et de tourments intérieurs.
Les vers, empreints de passion et de mélancolie, révèlent une réflexion sur la mort, la mémoire et la recherche de l'éternel, tout en s'appuyant sur des références classiques et des paysages oniriques. Publié dans un contexte où la poésie française s'interroge sur l'âme et l'absolu, "Les Climats" incarne la tension entre le temporel et l'éternel.
Citations de Les Climats (Anna de Noailles)
“ Il faudrait une foule, et qui n'aurait qu'un coeur!QUE M'IMPORTE AUJOURD'HUI... Que m'importe aujourd'hui qu'un monde disparaisse! Puisque tu vis, le temps peut glacer les étés, Rien ne peut me frustrer de la sainte allégresse Que ton corps ait été!Même lorsque la mort finira mon extase, Quand toi-même seras dans l'ombre disparu, Je bénirai le sol qui fut le flanc du vase Où tes pieds ont couru!—Tu viens, l'air retentit, ta main ouvre la porte, Je vois que tout l'espace est orné de tes yeux, Tu te tais avec moi, que veux-tu qu'on m'apporte, A moi qui suis le feu? ”
“ C'est qu'au fond de la morne ou poignante épouvante, Lorsque parfois ma force extrême se lassait, Un ange, au coeur cerclé de fer, me remplaçait... —Et pourtant, je ne veux pas amoindrir ma chance D'être le lingot d'or qui brise la balance; D'être, parmi les coeurs défaillants, incertains, L'esprit multiplié qui répond au Destin! Je n'ai pas peur des jours, du feu, du soir qui tombe; Dans le désert, je suis nourrie par les colombes. Je sais bien qu'il faudra connaître en vous un jour La fin de tout effort, l'oubli de tout amour, Nature! dont la paix guette notre agonie. ”
