Résumé

Portrait de Renée Vivien Renée Vivien Une femme m’apparut/1905

Une passion très pure m’illuminait sereinement. La beauté de Lorély était absolue : elle transfigurait le désir et l’exaltait jusqu’à l’adoration mystique.
Autour de nous, le silence se recueillait. Les lys jetaient vers Lorély leurs parfums véhéments. Nous étions, elle et moi, debout sur le seuil de l’infini. Elle était la prêtresse qui, peu à peu, se substitue à l’idole indifférente... Elle était la prêtresse divinisée. Et moi, disciple fidèle, j’étais l’âme choisie entre toutes pour l’adorer éternellement. Une lumière nous isolait de l’univers.
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Portrait de Renée Vivien Renée Vivien Une femme m’apparut/1905

Autour de Lorély se pressaient de jeunes filles et de jeunes femmes, quêtant ses fuyants sourires et ses caresses.
« Je les veux, » sanglotait-elle à travers ses dents serrées. « Je les désire implacablement. »
Et ses yeux étaient alors aigus, ainsi qu’une lame d’acier bleui.
« J’aime ce qu’elles ont de fugitif, d’insaisissable, tout ce que je ne posséderai jamais d’elles. Et cette volupté incomplète que je bois à leur bouche est plus précieuse que le bonheur, le prosaïque, le matériel bonheur... »
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Portrait de Renée Vivien Renée Vivien Une femme m’apparut/1905

Le fallacieux printemps était venu, prodiguant ses mensongères promesses, et faisant naître la soif d’impossibles bonheurs.
Comme toutes les âmes, j’écoutais les promesses du printemps. Et mes regards se tournaient vers Lorély, qui incarnait tout le décevant avril...
« Il me semble, » chuchotait Lorély, « que ce printemps va m’apporter enfin la douceur inconnue que j’espère depuis toujours... Il me semble que je vais renaître, moi aussi, que je me réchaufferai, que je m’épanouirai toute ! Entends-tu ? Je sens que, demain, j’aimerai véritablement... Peut-être est-ce toi que j’aimerai... »
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