“ Et la lointaine Psappha attire impérieusement l’âme errante de l’étranger vers Mytilène aux beaux chœurs. Psappha, fleur brûlante comme une étoile, Psappha, éclosion de grâces odorantes, écoute, dans l’Hadès, le salut de Nossis... Plus est ténébreuse la vie d’un Poète et surtout d’une Poétesse, et plus elle suscite d’erreurs et de légendes, car la curiosité des hommes ne veut jamais s’avouer déçue. ”
Psappha
Définition et enjeux
Le thème de “Psappha” a été abordé par des auteurs tels que Sappho, Renée Vivien, Pierre Louÿs ou Cydno la Lesbienne. Il est souvent associé à des termes comme Sappho, Aphrodite, Phaon, Lesbos ou l'amour.
Citations sur “Psappha”
Pierre Louÿs,
Œuvres complètes de Pierre Louÿs…
(1894 (Chansons de Bilitis))
“ Est-il possible que ce soit là Psappha ! Elle dort... Elle est certainement belle, bien que ses cheveux soient coupés comme ceux d’un athlète. Mais cet étrange visage, cette poitrine virile et ces hanches étroites... ”
“ « Phaon fut aimé de Psappha, parce qu’il avait su trouver la racine mâle de la plante éryngo, qui avait le pouvoir magique d’inspirer la passion. » On voit quelles incertitudes fabuleuses entourent la tradition, aussi erronée qu’universelle, de l’amour de Psappha pour Phaon. En face de l’insondable nuit qui enveloppe cette mystérieuse beauté, nous ne pouvons que l’entrevoir, la deviner à travers les strophes et les vers qui nous restent d’elle. Et nous n’y trouvons point le moindre frisson tendre de son être vers un homme. ”
“ Chère à Psappha, chère à Lesbos et chère aux Dieux Fleuris dans ta splendeur, ô gloire de ta race ! Eranna Les mots que tu me dis sont bienveillants et doux... (Avec une humilité altière :) Le désir de Psappha me rendit glorieuse. Quelqu’un, dans l’avenir, se souviendra de nous, Je le crois...l’Étrangère Je le crois... Réjouis ton cher cœur d’orgueilleuse ! ”
“ Sur Psappha, sur Lesbos, sur nous et sur Leucade ! Chantant avec fureur son invocation, Et sanglotant ainsi que rit une Ménade, Elle atteignit la roche et se précipita.le Chœur Ô lamentation !Quelques-unes, (très bas.) Ô lamentation ! Érôs !D’autres, (plus bas encore.) Ô lamentation ! Érôs ! Aphrodita ! (Elles se prosternent, le front dans la poussière.) Damophyla Psappha la délicate a subi la colère Des Dieux qui, souriants, poursuivent leur dessein. Déchirez vos péplos et frappez votre sein, Ô vierges !Eranna Ô vierges ! Elle expire et que pouvons-nous faire ? ”
“ O Psappha, dis-nous pourquoi jaillit le rire De l’Aphrodita. Quel sombre dessein réjouit la Déesse À qui plaît l’effroi des cris inapaisés, Qui répand sur nous la farouche détresse, L’horreur des baisers ? Les rayons maudits d’une fatale aurore Virent autrefois l’implacable Beauté Fleurir dans sa force inexorable, éclore Dans sa cruauté. Ô Psappha, voici que s’éteint la Pléiade. Le vent clame, ainsi qu’une lyre de fer, Un chant prophétique et sinistre, et Leucade Assombrit la mer. ⁂Δεῦτέ νυν, ἄβραι Χάριτες, καλλίκομοί τε Μοῖσαι. ”
“ Les vers ardents d’Alcée attestent qu’elle fut belle et qu’elle fut aimée : « Tisseuse de violettes, chaste Psappha au sourire de miel, des paroles me montent aux lèvres, mais une pudeur me retient. » Cet hommage lyrique fut, d’ailleurs, peu favorablement reçu de celle à qui il fut adressé. Psappha répondit : « Si tu avais eu le désir des choses nobles et belles, et si ta langue n’avait proféré une phrase vile, la honte n’aurait point fait baisser tes yeux, mais tu aurais parlé selon la justice. » ”
“ Psappha l’appelle une vierge à la voix douce. Beaucoup plus mélodieuse que le paktis, plus dorée que l’or, elle mérita les comparaisons gracieuses dont Psappha fleurit, pour elle, ses strophes marmoréennes. Elle fut en vérité plus tendre que les roses, plus blanche que le lait, plus délicate que l’eau... ... De ses yeux bleus et verts d’avoir longuement contemplé la mer glauque, Éranna suit l’aile d’un rêve qui s’éloigne. Elle soulève à demi le voile qui l’embrume de mystère. ”
“ Elles entendirent dans toute leur plénitude et tout leur orgueil les poèmes dont nous ne possédons que de rares fragments, pareils à des lambeaux de pourpre royale... La vie harmonieuse, ardente et sincère de Psappha, se résume en ces vers : « J’aime la délicatesse, et pour moi la splendeur et la beauté du soleil, c’est l’amour. » ”
Renée Vivien,
Une femme m’apparut
“ Je n’étais qu’une enfant chétive et sans grâce, lorsqu’une compagne plus âgée m’emmena dans le temple où Psappha invoquait la Déesse. J’entendis l’Ode à l’Aphrodita. La voix incomparable se déroula, plus harmonieuse que l’eau. Les strophes déferlaient comme des vagues, et mouraient et renaissaient avec un bruit de marées. En vérité, j’entendis autrefois l’Ode à l’Aphrodita. Jamais le lumineux souvenir ne pâlit à travers les années, ni même à travers les siècles. Et pourtant, je n’étais qu’une enfant, et, à cause de ma laideur et de mon trouble taciturne, Psappha ne m’aima point. ”
“ Larichos étant l’échanson en titre des cérémonies publiques de Mytilène, et ce privilège étant réservé aux éphèbes de noble naissance, on en conclut que Psappha devait appartenir à l’opulente aristocratie de la ville. Charaxos, étant allé vendre en Égypte le vin célèbre de Lesbôs, s’éprit d’une esclave de Naucratis, Doricha, surnommée par ses amants Rhodopis. Il la libéra au prix d’un trésor et dissipa avec elle ses richesses. Elle devint ainsi l’illustre courtisane aux joues roses. Psappha, dans une de ses odes, la raille amèrement. ”
Pierre Louÿs,
Œuvres complètes de Pierre Louÿs…
(1894 (Chansons de Bilitis))
“ J’ai adoré l’Astarté à Kypre. J’ai connu Psappha à Lesbos. J’ai chanté comment j’aimais. Si j’ai bien vécu, Passant, dis-le à ta fille. Et ne sacrifie pas pour moi la chèvre noire ; mais, en libation douce, presse sa mamelle sur ma tombe. ”
“ La terre d’où jaillit une fleur sans pareille est, en vérité, la patrie de la volupté et du désir, une Ile amoureuse que berce une mer sans reflux, au fond de laquelle s’empourprent les algues. Les Lesbiens avaient l’attrait bizarre et un peu pervers des races mêlées. La chevelure de Psappha, où l’ombre avait effeuillé ses violettes, était imprégnée du parfum tenace de l’Orient, tandis que ses yeux, bleus comme les flots, reflétaient le sourire limpide de l’Hellas. Ses poèmes sont asiatiques par la violence de la passion, et grecs par la ciselure rare et le charme sobre de la strophe. ”
“ De pareilles phrases flattent bassement l’oreille, comme les phrases amoureuses dont se servent Anacréon et Psappha : plus blanche que le lait, plus délicate que l’eau, plus mélodieuse que les paktis, plus vive qu’un coursier, plus tendre que les roses, plus douce qu’une robe de lin, plus précieuse que l’or. ”
“ Ses yeux étaient mystérieux comme les yeux bleus de la Nuit. Elle paraissait une flamme vivante. Elle était solennelle et terrible en sa grâce, comme l’Aphrodita dont elle fut la prêtresse. Éranna de Télos seule osa s’avancer vers elle et lui prendre la main. L’écarlate du couchant attisait le péplos violet de la Disciple devenue l’Égale. Et Psappha la contempla avec toute l’intensité de sa tendresse mélancolique : « Je crois qu’une vierge aussi sage que toi ne verra dans aucun temps la lumière du soleil. » ”
“ « Diotime dit que l’Amour fleurit dans la prospérité, mais qu’il s’enfuit devant l’infortune, et Psappha partage ce sentiment lorsqu’elle appelle l’Amour γλυκύπικρος, doux et amer, et ἀλγεσίδωρος, qui donne la douleur. Socrate appelle l’Amour « le magicien. » Psappha le nomme μυθοπλόκος, le tisseur de chimères. » Maxime de Tyr. Erôs, de tes mains prodigues de douleurs Tu répands l’angoisse, et tes lèvres amères Ont le goût du sel et le parfum des fleurs, Tisseur de chimères. « Psappha aimait la Rose, et la louait sans cesse, et la comparait à la beauté des vierges. » ”
“ « Quelle Persuasion veux-tu donc attirer vers ton amour ? Qui te traite injustement, Psappha ? Car celle qui te fuit promptement te poursuivra, celle qui refuse tes présents t’en offrira, celle qui ne t’aime pas t’aimera promptement et même malgré elle. » Viens vers moi encore maintenant, et délivre-moi des cruels soucis, et tout ce que mon cœur veut accomplir, accomplis-le, et sois Toi-Même mon alliée. Accueille, immortelle Aphrodita, Déesse, Tisseuse de ruse à l’âme d’arc-en-ciel, Le frémissement, l’orage et la détresse De mon long appel. ”
“ Après la mort de la Poétesse (les Anciens nommaient Psappha La Poétesse comme ils nommaient Homère Le Poète) , Damophyla enseigna à son tour les belles traditions qu’elle avait apprises des lèvres mêmes de Psappha. À son tour, elle fut la maîtresse de cette merveilleuse École qui ralluma dans toute l’Hellas l’amour des nobles harmonies. ”
Renée Vivien,
Une femme m’apparut/1905
“ Lorély était semblable à une prêtresse païenne qui, dans un temple abandonné, aurait ressuscité le culte de la déesse, rallumé les feux sacrés et relevé l’autel en ruines. Elle parlait de Psappha comme si elle l’eût entendue chanter dans un verger de Mytilène. Jamais aucune des compagnes de la tisseuse de violettes ne l’aima plus simplement, plus fervemment, que cette lointaine disciple. « Elle seule, » disait Lorély, « est éternelle. Le culte des dieux a péri, mais le culte de ses poèmes ne périra point. Celle qui l’aime doit l’aimer à l’exclusion de tout autre amour. » ”
Renée Vivien,
Une femme m’apparut
“ S’il n’y a qu’un petit nombre de femmes écrivains et poètes, c’est que les femmes sont trop souvent condamnées par les convenances à célébrer l’homme. Cela a suffi pour paralyser en elles tout effort vers la Beauté. Aussi, le seul poète-femme, dont l’immortalité est pareille à l’immortalité des statues, est Psappha, qui n’a point daigné s’apercevoir de l’existence masculine. Son œuvre n’en porte ni la trace ni la souillure. Car elle a célébré le doux langage et le sourire désirable d’Atthis, et non le torse musclé de l’imaginaire Phaon. ”
“ Psappha, verse-nous au profond de l’espace, Dédaignant le sort des êtres passagers, Le frémissement de ton chant qui surpasse Les chants étrangers. Οὐ γὰρ θέμις ἐν μουσοπόλων οἰκίᾳ θρηνον εἶναι· οὐκ ἄμμι πρέπει τάδε. ... Car il n’est pas juste que la lamentation soit dans la maison des serviteurs des Muses : cela est indigne de nous. Compagnes, voici la Maison du Poète Où la Mort se tait, où le deuil n’entre pas ; Ne gémissez plus dans l’angoisse inquiète Du commun trépas. ”
“ Une inscription sur un marbre de Parôs nous apprend que, pendant le règne d’Aristoclès à Athènes, Psappha s’enfuit de Mytilène et se réfugia en Sicile. Nous ignorons la cause de son exil. Ce ne fut assurément point la poursuite de Phaon, comme l’assurent certains auteurs, qui détermina la Tisseuse de violettes à quitter les musiques et les sourires de Mytilène. Car Phaon n’est qu’un mythe créé par quelques écrivains d’après la tradition populaire. ”
“ C’est la voix de Psappha, qui pleure et lamente... (Se tournant vers l’autel :) Déesse, souviens-toi de Psappha ! Gorgo Déesse, souviens-toi de Psappha ! Sois clémente ! (La terrible lamentation se prolonge.) Eranna Ô vierges, déchirez vos tuniques de lin. Car Psappha meurt... L’Érôs a fondu sur son âme.Atthis Comparable au tonnerre est le courroux divin.Eranna Comparable à l’éclair est sa terrible flamme.Atthis L’amour parle à travers un songe.Gurinno L’amour parle à travers un songe. L’amour ment. ”
“ Ce vers de Psappha passa en proverbe chez les Lesbiens pour désigner ceux qui désirent le bien sans le mal, le plaisir sans la douleur. Ἄγε δὴ χέλυ δῖά μοι φωνάεσσα γένοιο. Viens, écaille divine, et pour moi deviens harmonieuse. Cité par Hermogène. Psappha invoque ici la Lyre que la légende disait tirée par Hermès d’une tortue. Ὀ μὲν γὰρ κάλος, ὄσσον ἴδην, πέλεται [ἄγαθος] , ὀ δὲ κἄγαθος αὔτικα καὶ κάλος ἔσσεται. L’être qui est beau à voir est bon, et l’être qui est bon, par là même, deviendra beau. ”
“ Et qui jamais apprendra les douleurs secrètes de ce cœur si magnifiquement humain ? « Venez, Grâces délicates et Muses aux beaux cheveux. » Telle fut jadis l’invocation de la Tisseuse de violettes, tandis qu’auprès d’elle Eranna de Télos, la plus ardente et la plus inspirée de ses disciples, la Musicienne qui mourut trop jeune pour atteindre au sommet de sa gloire, accompagnait vaguement d’une note errante du paktis [1] le chant souverain. L’air du large gonflait les cheveux nocturnes de Psappha [2] , et, au loin, dans les pauses du rythme, montait le soupir de la mer. ”
“ Cité par Maxime de Tyr, pour prouver que Psappha partageait l’avis de Diotime, lorsque celle-ci dit à Socrate [Platon : Banquet] que l’Érôs n’est pas le fils, mais le serviteur de l’Aphrodita. Ô toi dont le trône aux lueurs d’arc-en-ciel Brille sur l’Hadès et sur la Terre sombre, Aphrodita pâle au sourire cruel, Resplendis sur l’ombre. L’Erôs qui t’implore et te suit pas à pas Élève vers toi son regard doux et grave : Il pleure en t’ouvrant vainement ses deux bras, L’Erôs, ton esclave. Ψαύην δ’οὐ δοκίμοιμ’ ὀράνω δύσι πάχεσιν. ”
“ Nous tremblons devant l’avenir, notre rêve Craint les lendemains. Je vois la clarté sous mes paupières closes, Étreignant en vain la douceur qui me fuit... Déesse à qui plaît la ruine des roses, Prolonge la nuit. Table TABLE—— Préface Biographie de Psappha Première partie : Odes Ode à l’Aphrodita Ode à une Femme aimée Deuxième partie : Épithalames Troisième partie : Fragments ↑ Harpe inventée par Psappha, instrument dont la forme nous est peu connue, mais qui était très différent de la lyre et ne comportait pas l’emploi de l’archet. ”
“ Beaucoup plus grand qu’un homme grand, Hyménée ! Θυρώρῳ πόδες ἑπτορόγοιοι, τὰ δὲ σάμβαλα πεμπεβόηα, πίσυγγοι δὲ δέκ’ ἐξεπόνασαν. Celui qui garde la porte a des pieds longs de sept brasses, et des sandales formées de cinq peaux de bœufs, et que dix savetiers façonnèrent. « Psappha raille autre part les époux rustiques et le veilleur qui garde les portes. Pour ces noces sans beauté, elle emploie des phrases prosaïques, comme si elle discourait plus qu’elle ne chantait. Et les mots qu’elle emploie ne sont plus en harmonie avec la danse et le chant. »Démétrius. ”
“ Phaon, suivant la légende, était un passeur de bac fort honoré par les habitants de l’île pour son intégrité. « La Déesse, » (comme disaient les Lesbiens en parlant de l’Aphrodita) , ayant revêtu l’aspect d’une vieille mendiante, pria Phaon de la transporter sans payer l’obole. Il acquiesça immédiatement à sa demande, et l’Immortelle le récompensa par une jeunesse et une grâce renouvelées. « Ce Phaon, ajoute Phalacphatos, fut chanté par l’amoureuse Psappha. » ”
“ « Ainsi luttent [les vierges] aux bras de rose, aux regards étincelants, aux belles joues, à la voix de miel, (ῥοδοπήχεις καὶ ἑλικώπιδες καὶ καλλιπάρῃοι καὶ μελίφωνοι) : ceci est véritablement la douce salutation de Psappha. » Idem. « Anacréon dit que l’on se couronnait de fenouil, d’après Psappha et Alcée : ces derniers cependant disent aussi : (de persil) . » Pollux. Libanius écrit : « S’il fut permis à Psappha de Lesbôs de demander dans ses prières « que la nuit fût doublée pour elle, » qu’à mon tour j’ose implorer une faveur pareille... » ”
Cydno la Lesbienne, Les tendres épigrammes de Cydno la Lesbienne (1911)
“ Jurons de rester inaccessibles au mâle humain ! « Sapphô qui m’inspire et m’écoute, la divine Psappha couronnée de violettes, préfère que nous gardions, toutes, notre virginité. « Que si le désir d’être perforée tourmente, d’aventure, l’une de vous, petites, j’ai, dans ma maison féminine, des instruments d’élite qui soulageront la pauvre malade : un olisbos du père Aristophane, long, gros, élastique et couleur de cinabre, habite le tiroir secret de ma table de travail. « En outre, les servantes dorlotent, à l’écurie, plusieurs ânons blancs du Kaire aux avantages enguirlandés de roses... » ”
