“ Salut ! dis à Sappho qu’une femme module Les odes où persiste un souvenir d’Atthis, Qu’elle a chanté ses vers devant le crépuscule : Étrangère, apprends-lui que mon nom est Nossis. Dis-lui qu’en appelant sa caresse inconnue, J’ai sangloté d’amour sous mes cheveux épars, Que je la vois, pareille à l’Aphrodite nue, Dis-lui que je l’attends et que je l’aime... Pars ! Rien n’est plus doux qu’Érôs, et tout ce qui est heureux vient après. J’ai craché de ma bouche mime le miel. Et voici ce que dit Nossis : Celle que Kupris n’a point aimée ne sait pas quelles fleurs sont les roses. ”
Résumé
“Les Kitharèdes”, est une œuvre de . Des thèmes tels que Psappha, Télésilla ou Éranna y sont abordés.
Citations de Les Kitharèdes ()
“ Caressant Éranna courbée à tes genoux, Et mêlant tes cheveux noirs à ses cheveux pâles : « Quelqu’un, dans l’avenir, se souviendra de nous. Les Muses, à qui plaît la voix des amoureuses, Nous firent glorieuses. » ... mon nom est Nossis. Que mon salut te suive au delà de la mer Et des couchants de pourpre, ô femme qui navigues Vers Mytilène aux murs vivants comme une chair, Vers la Rive couchée en ses roses prodigues, Qui recueille les noms jeunes et le printemps Des hymnes consentants. ”
“ Psappha l’appelle une vierge à la voix douce. Beaucoup plus mélodieuse que le paktis, plus dorée que l’or, elle mérita les comparaisons gracieuses dont Psappha fleurit, pour elle, ses strophes marmoréennes. Elle fut en vérité plus tendre que les roses, plus blanche que le lait, plus délicate que l’eau... ... De ses yeux bleus et verts d’avoir longuement contemplé la mer glauque, Éranna suit l’aile d’un rêve qui s’éloigne. Elle soulève à demi le voile qui l’embrume de mystère. ”
“ Et la lointaine Psappha attire impérieusement l’âme errante de l’étranger vers Mytilène aux beaux chœurs. Psappha, fleur brûlante comme une étoile, Psappha, éclosion de grâces odorantes, écoute, dans l’Hadès, le salut de Nossis... Plus est ténébreuse la vie d’un Poète et surtout d’une Poétesse, et plus elle suscite d’erreurs et de légendes, car la curiosité des hommes ne veut jamais s’avouer déçue. ”
“ Et ce fut en récompense que Zeus, dont le tonnerre traverse les distances, lorsqu’il eut vaincu Khronos, rendit l’aigle immortel et le plaça dans les cieux, c’est-à-dire qu’il le rangea parmi les étoiles. Comme elle le dit aussi, il accorda la même gloire aux timides colombes qui sont maintenant les messagères de l’été et de l’hiver. Hésiode partage cette opinion. On voit d’après ces paroles : il accorda la même gloire aux colombes, que Moïrô veut être d’accord avec Homère. Comme l’aigle, selon elle, ainsi les colombes, selon Homère, portent l’ambroisie à Zeus. ”
“ Agatharchis [2] et Myrô. Elle fut aimée de Psappha, que Nossis a nommée la Fleur des Grâces. Éranna apparaît à travers les lignes de la grande Amoureuse : Jamais je ne vis d’orgueil comparable au tien, Éranna. Cette âme lointaine s’y révèle à demi. Éranna possédait la fierté chaste des vierges, et la hautaine réserve des Poètes. Et Psappha l’admira pour avoir su garder jalousement le respect farouche de soi-même. Elle loue, sans doute, sa radieuse disciple en ces termes : Je crois qu’une vierge aussi sage que toi ne verra dans aucun temps la lumière du Soleil. ”
“ Le long séjour de la Tanagréenne à Thèbes fonda la croyance générale qui pare cette ville de la gloire de sa naissance. Ce fut à Thèbes que la Poétesse moissonna les lauriers de ses luttes mélodieuses. La Cité qui fut le lieu de ses triomphes lui plut par le souvenir. Thèbes honora et aima son illustre hôte féminin. Fille de Procratia et d’Achélodoros, Korinna resplendit vers le ve siècle avant notre ère. Des commentateurs trop aventureux ont inventé l’existence d’une seconde Korinna, comme d’autres ont cru à une seconde Psappha et à une seconde Éranna de Télos. ”
“ Si l’Hadès n’était point venu prompt à moi, qui aurait eu un nom aussi grand ? Ce paktis trop tôt muet laisse la douloureuse indignation que l’on éprouve devant les catastrophes stupides. Éranna restera dans la mémoire des hommes la Promesse, l’Espoir, l’Aube Incertaine. La Poétesse aux mains lourdes de crocus quitta sa patrie pour apprendre de Psappha les harmonies divines. Elle fut sa plus fervente disciple, et bientôt elle rivalisa avec Celle qui l’instruisit. Et autant Sappho l’emporte sur Érinna dans les vers lyriques, autant Érinna (l’emporte) sur Sappho dans les hexamètres [1] . ”
“ La vie brève de la blonde Musicienne ressemble au frisson d’un poème inachevé. Elle s’éteignit harmonieusement, tel un accord mélancolique. Et la Tisseuse de Violettes, qui la pleura, la revit en songe entre les compagnes de Perséphona muette... Elle la revit vierge très délicate cueillant des fleurs, de pâles asphodèles sans parfum. Le poème le plus célèbre d’Éranna est La Quenouille. La vierge de Télos y décrivait le charme fané des vieilles femmes qui filent en silence. Vous qui parlez peu, femmes aux cheveux blancs, vous, fleurs de la vieillesse pour les mortels... ”
“ Korinna était digne de fonder, comme Psappha de Mytilène, une École de Poésie, et de dispenser les roses de Piéria aux Aèdes futurs. La splendeur mortelle de Korinna fut perpétuée par l’Art. Pausanias vit, dans un temple de Tanagra, une image peinte de la Kitharède. Elle ceignait d’un bandeau triomphal sa chevelure olympienne. Pausanias, périégète inexact et critique médiocre, attribue à la seule beauté de Korinna ses victoires dans l’arène harmonieuse. ”
“ Praxilla, Moïro, la bouche d’Anyta, Sappho, l’Homère féminin, parure des Lesbiennes aux belles chevelures, Érinna, Télésilla très glorieuse, et toi, Korinna, qui chantas le bouclier impétueux d’Athéné, Nossis à la voix de femme, et Myrtis aux doux sons, toutes ouvrières d’immortelles pages. Le grand Ciel a neuf Muses, mais la Terre enfanta ces neuf là, joie inextinguible pour les mortels. ”
“ La voix unique et multiple de la foule la proclame victorieuse. Des parthènes aux blancs péplos s’approchent en pleurant d’amour et couronnent de noirs lauriers ses tempes glorieuses. Ses yeux reflètent superbement la cruauté du triomphe. Pareille à une Niké, elle domine le peuple, et ses lèvres ont le pli hautain qui marque les lèvres des conquérants... Une voix de femme, s’élevant au plus profond de la foule, l’a nommée : Immortelle ! ... Korinna s’est tue... Les siècles ont passé sur son œuvre et l’ont détruit. ”
“ Elle chante sa joie fervente de recevoir le portrait d’Agatharchis tracé de ses propres mains, ces mains enfantines qu’elle aime. Elle compose une épigramme divine sur Myrô, la vierge puérile dont les hochets jumeaux furent une cigale et une sauterelle. Une tendresse inoubliable s’exhale de ces phrases brèves, une tendresse enveloppante comme une étreinte et délicate à l’égal d’une caresse. Éranna s’attarde avec des inflexions très douces sur l’adieu et sur le souvenir. Toute sa jeune âme suit l’Absente, Myrô, l’Amie aux mains frêles. ”
“ Il a quelque chose de vaillant et de magnanime, il évoque tout entière la Poétesse de Tanagra... Son front porte sans faiblesse le noble poids des lauriers. Ses yeux noirs ont le regard inextinguible de ceux qui osèrent contempler les Dieux face à face. Ses membres sont vigoureux et souples comme les membres des éphèbes frottés d’huile odorante. Sa chair est ambrée de soleil. Héra, l’Orgueil Suprême, a dessiné la courbe de ses hautains sourcils. Pallas Athéné a sculpté fièrement le pli grave de ses lèvres. Les attitudes de Korinna ont la solennité des gestes de pierre. ”
“ « Voici un autre Homère. Je ne le crois point, comme le premier des Aèdes, divin fils de Mélès [1] aux belles eaux. Mais l’illustre Myrô de Byzance l’enfanta près des rivages de Thrace, Myrô, que les Muses élevèrent dès son enfance et rendirent savante en l’art du beau chant héroïque. Cet (Homère) -ci suivit la vocation inspirée de poète tragique et honora par ses vers Byzance, sa patrie. » Moïrô nous apparaît, chaste et fleurie, à la fois savante et inspirée. Ses vers imposent leur charme limpide. ”
“ Elle vivra dans le vers marmoréen de Korinna qui fixe son incertaine image. La Béotienne se complaisait à célébrer dans ses parthénia [2] les Nymphes et les Héroïnes de son pays chantant. Celle qui l’emporta cinq ou six fois sur Pindare nous apparaît ainsi qu’une Victoire prête à prendre l’essor. Elle frémit de l’orgueil sacré des Aèdes, quand elle dit avec ampleur : ... Et ma ville s’est grandement réjouie de mes chants au babil harmonieux. L’impérieuse Poétesse de Tanagra, si elle négligea de tresser les hyacinthes de l’amour, cueillit pieusement les violettes de l’amitié. ”
“ Elle contempla l’aube aux sandales d’or, et la lumière du soir, qui ne détruit point la vue et semble une fleur d’hyacinthe. Aux festins, elle invoqua la Déesse de Kupros, qui verse délicatement dans les coupes le nektar mêlé de joies. Elle se joignit aux danses sacrées des femmes de la Crète autour du glorieux autel, foulant de leurs pieds délicats la fine et tendre fleur de l’herbe printanière. Et Psappha la nomma un soir : Ô belle, ô gracieuse... Télésippa à Anagora ”
“ L’hypothèse même de l’existence des deux Kitharèdes, Anyté de Tégée et Anyta de Mytilène, n’est point du tout inadmissible. Le caractère épique de certains vers guerriers contraste brutalement avec la grâce délicate des vers idylliques sur les Nymphes et sur Pan. Comment ne point imaginer, d’ailleurs, que la poétesse de l’épigramme : À la statue de Pan ne se soit point souvenue du verger de Psappha ? ”
“ Et, pour remédier au petit nombre des hommes, ils unirent les femmes, non aux esclaves (comme le raconte Hérodote) , mais aux plus nobles des environs, qu’ils firent citoyens d’Argos. Et les femmes semblaient les dédaigner et les traiter avec mépris dans le lit conjugal, comme de race inférieure. C’est de là que provient cette loi qui force les nouvelles mariées à porter une barbe. » Lucien parle en ces termes de la magnanime Salvatrice des Argiens : «... Télésilla, qui s’arma contre les Spartiates, et à cause de laquelle Arès est considérée comme le dieu des femmes d’Argos... » ”
“ Après la mort de la Poétesse (les Anciens nommaient Psappha La Poétesse comme ils nommaient Homère Le Poète) , Damophyla enseigna à son tour les belles traditions qu’elle avait apprises des lèvres mêmes de Psappha. À son tour, elle fut la maîtresse de cette merveilleuse École qui ralluma dans toute l’Hellas l’amour des nobles harmonies. ”
“ Érinna a fait peu de vers, et elle n’est pas abondante en chants, mais elle obtint des Muses cette brève voix. Cependant elle n’est point perdue pour la mémoire des hommes, ni cachée sous l’aile ombreuse de la nuit noire. Et nous, les myriades innombrables des chants jeunes, nous, ô étranger, nous nous flétrissons entassés dans l’oubli. Mieux vaut le petit chant du cygne que le cri rauque des geais se répandant parmi les nuées du printemps. ”
“ Parmi les actions illustres accomplies en commun par des femmes, nulle ne l’est plus que le combat livré autour d’Argos contre Cléomènes, où les Argiennes luttèrent sous l’impulsion de Télésilla, la poétesse... Comme Cléomènes, roi de Sparte, ayant massacré beaucoup d’Argiens,... marchait vers la ville, une passion et une audace divines s’emparèrent des femmes jeunes et les portèrent à repousser les ennemis pour la défense de leur patrie. ”
“ Parfois, un souffle de frais attendrissement traverse l’orage de ses strophes. Elle vante la beauté de Thespia [1] : Thespia, de belle race, hospitalière, aimée des Muses... Nymphe aux yeux verts comme les roseaux, Thespia était fille d’Asopos, Dieu de ce fleuve. Elle donna son nom musical à la ville de Thespia, en Béotie. Elle fut une de ces Ombres à demi fabuleuses qui, divinisées par les Aèdes et par le folk-lore [sic] , appartiennent plus étroitement à la Poésie qu’à l’Histoire. ”
“ Nous avons revêtu du nom d’Anyté la poétesse épique des harmonies martiales, et de celui d’Anyta la poétesse lyrique dont les poèmes sont des lys épars, les lys de Méléagre. L’épigramme sur le dauphin porte le nom de la poétesse qui l’écrivit paré du titre de μελοποιός, poétesse lyrique, ce qui fait imaginer que l’Aède en question a plus intimement aimé les μέλη. Que la familiarité avec laquelle nous traitons l’Histoire, plus impalpable ici que la légende, nous soit pardonnée. Il est parfois utile que la divination occupe le vide laissé par la critique. ”
“ Elle recherchait la Beauté sous toutes ses formes : les pieds nus que les grappes meurtries empourprent de leur sang, les pipeaux des bergers couronnés de romarin et de fenouil et jusqu’au sourire lointain de la femme qui jette un beau regard à travers les fenêtres. La Sicyonienne était avidement éprise de la vie dans toute sa force et dans toute sa clarté. La Nature lui apparut désirable et familière comme une Amante. ”
“ Il y a sur elle un proverbe : « Comme au temps de Charixéna. » Et voici le témoignage de l’Etymologicum magnum : « Charixéna, la joueuse de flûte, est fort ancienne : elle avait écrit des chants pour instruments à cordes ; d’autres en font une poétesse lyrique. Théopompe dans ses Cordes dit : « Car elle tire des sons d’instruments à cordes usés, comme du temps de Charixéna. » La Poétesse est mystérieuse et lointaine, — si lointaine que l’Imagination elle-même recule devant ce visage, voilé comme le visage d’Isis. ”
“ Quoique ses tablettes ne soient plus qu’un peu de cendre et de poussière, quoique son labeur ait péri, le nom de Damophyla ne périra point, car elle fut aimée par une Immortelle. Ceux que reçoit la couche solennelle des Dieux et des Aèdes partagent leur éternité. Damophyla n’errera point inconnue parmi les Morts aveugles, car elle s’attarda aux côtés de la Tresseuse de Violettes, dans le verger où la brise murmure fraîchement à travers les branches des pommiers, tandis que des feuillages frissonnants coule le sommeil. ”
“ SUR UNE OFFRANDE D’ÉCHÉCRATIDAS Reste ici, homicide (lance) de bois de cornouiller, et ne répands plus le triste meurtre des ennemis autour de ton ongle d’airain : mais, fixée dans la haute demeure en marbre de l’Athéna, dis la bravoure du Crétois Échécratidas. ”
“ Excellent Prométhée, il y a aussi des humains qui t’égalent en habileté : qui que ce soit qui véritablement ait dessiné cette vierge, si l’on eût ajouté aussi la voix, c’était Agatharchis tout entière. ”
“ Damis éleva ce tombeau en mémoire de Ménédaios, quand l’Arès sanglant frappa sur son cheval la poitrine de celui-ci ; et un sang noir bouillonna à travers sa peau ferme, et il arrosa de son meurtre la terre rude. ”
“ Sous la rêne de tes solides courroies, la poitrine de la terre et de la mer blanchissante est étreinte ; et toi, fermement, tu gouvernes les villes fortes des peuples. Que le grand temps, qui abat tout et qui change et métamorphose la vie, pour toi seule ne tourne pas le vent favorable du commandement, dont les voiles sont gonflées. ”
“ Elle l’aima plus attentivement qu’un philosophe et plus simplement qu’une paysanne. Un sanglot unique traverse cette joie tumultueuse, cette fièvre d’amour et d’harmonie. C’est la terreur devant le Silence aux ombres impénétrables. C’est l’effroi et le recul devant le Mystère futur. ”
“ Elle célébra Karnéios, l’enfant aux blondeurs féminines aimé de Phoibos Apollôn, Karnéios, le fils d’Europa et de Zeus. À Sikyôn, où naquit Praxilla, Apollôn était surnommé Karnéios, en souvenir de l’éphèbe qui lui fut cher et qu’il instruisit dans les Arts Immortels. Avec l’antique simplicité, la Poétesse des Vignes glorifie les baisers du Dieu à l’adolescent. Elle ne les réprouve point, elle les considère avec complaisance. ”
“ Fervemment amoureuse de l’Iliade et de l’Odyssée, la Kitharède byzantine commenta avec une rare perspicacité tendre certains passages de l’Aède errant. Athénée dit : « Moïrô la Byzantine fut la première à comprendre la pensée des poèmes d’Homère dans son œuvre intitulée : La Mémoire, disant que les colombes apportent l’ambroisie à Zeus. » ”
“ Nymphes de l’Anigros, vierges du fleuve, qui, divines, foulez constamment ces profondeurs de vos pieds de rose, réjouissez-vous et soyez favorables à Klêonumos, qui vous éleva sous les pins, ô Déesses, ces belles statues de bois. ”
“ Korinna s’est levée, le front aussi ferme que le front d’un jeune héros aimé des Bienheureux. Elle chante... Elle loue les Dieux bienfaisants et terribles. La volonté des Piérides est en elle. Les vers s’entre-choquent, pareils aux boucliers splendides des Amazones. La multitude qui l’entoure est saisie d’extase... ”
