“ À ce langage de Lakshmana, la fille du roi Djanaka, toute baignée de larmes, lui répondit en ces termes: «Si je me vois privée de mon Râma, je me noierai dans la Godâvarî, Lakshmana, ou je me pendrai, ou j'abandonnerai mon corps dans un précipice! Ou j'entrerai dans un bûcher allumé de flammes ardentes! Mais je ne toucherai jamais de mon pied même un autre homme que Râma!» Quand Sîtâ eut dit ces mots à Lakshmana, elle se répandit en pleurs et se remit, bourrelée de chagrin, à battre des mains sa poitrine. ”
Lakshmana
Définition et enjeux
Citations sur “Lakshmana”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ Depuis l’enfance, Lakshmana s’était voué d’une ardente amitié à Râma, l’amour des créatures : en retour, ce jeune frère, de qui l’aide servit puissamment à la prospérité de son frère aîné, ce juste, ce fortuné, ce victorieux Lakshmana était plus cher que la vie même à Râma, le destructeur invincible de ses ennemis. ”
“ Ce guerrier, qui est à son côté droit avec un éclat d’or épuré, une large poitrine, les yeux dorés, les cheveux noirs et bouclés, c’est Lakshmana, l’exterminateur des ennemis, son frère, qu’il tient pour égal à sa vie. Habile à gouverner autant qu’il est habile à combattre, il a épuisé toute la science des armes ; il est impétueux, difficile à vaincre, fort, courageux dans le combat, victorieux ; c’est le bras droit de Râma ; il est continuellement comme son âme qui se meut autour de lui. ”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ Or, Lakshmana au cœur pur et vertueux, au langage de vérité, à la grande splendeur, dit ces mots, les mains jointes, à son frère, de qui l’âme était pleine de tristesse : « Je sens mon bras qui tremble fortement ; le trouble agite mon cœur : je vois, guerrier aux longs bras, des prodiges qui nous sont tous contraires. Des augures se montrent avec des formes sinistres : assieds ton âme, héros, sur une base inébranlable, car ces présages nous annoncent un combat à soutenir dans l’instant même. » ”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ Lakshmana vit alors toute cette Kishkindhyâ, que Bâli seule naguère suffisait à défendre, occupée en ce moment de tous les côtés par des singes, qui tenaient des arbres à leurs mains. Alors tous les simiens, rangés en bataille devant le jardin public de la ville, sortirent de l’espace vide entre les remparts et le fossé. Une fois arrivés près de Lakshmana, ces guerriers aux formes telles que les grands nuages, à la voix semblable au tonnerre de la foudre, poussèrent à l’envi le rugissement des lions. ”
“ Lakshmana, qui sait manier les rênes de la parole, vient ici, monté, suivant l'ordre de Râma, sur le char de sa résolution.»À ces mots d'Hanoûmat: «Il en est ainsi!» dit Angada, saisi de tristesse; et, là-dessus, il ajoute ces paroles à son père adoptif: «Admets-le devant toi, ou bien arrête-le dans sa marche; fais ce que tu penses convenable; il est certain que Lakshmana vient ici d'un air furieux; mais nous ignorons tous quelle peut être la cause de sa colère.» ”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ Un frère de Râma, né d’une autre mère et nommé Lakshmana, homme éminent et plein de courage, se fit le compagnon de son exil. Aux remontrances pleines de sens que fit celui-ci contre l’engagement de son frère : « Mon âme se plaît dans la vérité ! » lui répondit ce Raghouide à la vive splendeur. Ce frère judicieux, à la grande vigueur et fidèle à son devoir, Lakshmana suivit avec moi, son arc à la main, Râma, qui s’en allait dans le bois de son exil. ”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ À l’aspect de cet Agastya, le plus excellent des solitaires, qui soutenait le poids d’une cruelle pénitence et flamboyait comme le feu, Râma dit à Lakshmana : « C’est Agni, c’est Lunus, c’est le Devoir éternel qui sort du Sanctuaire et vient au-devant de nous, arrivés dans son temple. « Oh ! que de lumière dans ce nimbe du bienheureux ! » À ces mots, le noble Daçarathide s’avança, et, comblé de joie, il prit avec sa belle Vidéhaine et Lakshmana les pieds du rishi dans ses mains : puis, s’étant incliné, il se tint devant lui, ses mains jointes, comme il seyait à la civilité. ”
“ Des femmes d’une beauté supérieure l’environnaient par centaines de mille : telles, sur le Mandara, de célestes Apsaras font cercle autour de Kouvéra. Lakshmana vit aussi les deux épouses, Roumâ, qui se tenait à la droite, et Târâ à la gauche du magnanime Sougrîva. Il vit encore à ses côtés deux femmes charmantes agiter sur le front du roi l’éventail blanc et le blanc chasse-mouche aux ornements d’or bruni. ”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ Aucun homme, si ce n’est Lakshmana seul, ne s’aperçut du chagrin qu’il renfermait dans son âme, contenue par sa fermeté. Dans ce même instant, la pieuse reine Kâauçalyâ prosternée adressait aux Dieux son adoration et s’acquittait d’un vœu, dont elle s’était liée vis-à-vis des Immortels. Elle espérait que son fils serait bientôt sacré comme prince de la jeunesse ; et, vêtue d’une robe blanche, toute dévouée à sa religieuse cérémonie, elle ne permettait pas à son âme de s’égarer sur des objets étrangers. ”
“ Enveloppée d’une lumière égale à celle de la foudre même de Çakra, cette pique, envoyée d’une effroyable vitesse, fondit sur le Soumitride au front de la bataille. Tandis que volait cette arme de fer, soudain Râma de lui adresser ces paroles à elle -même : « Que la fortune sauve Lakshmana ! Sois vaine ! N’arrive pas à ton but ! » Il dit ; mais pendant cette pensée le trait, à la grande splendeur et flamboyant comme la langue du roi des serpents, s’abattit avec une grande fougue sur la grande poitrine de Lakshmana. ”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ Pense donc à le tuer par un seul coup de flèche ; autrement, nous aurons allumé la colère de Bâli, et nous subirons nous-mêmes, Kakoutsthide, cette mort, que nous lui destinons. » Lakshmana répondit en souriant à ces paroles de Sougrîva : « Tous les oiseaux, les serpents, les hommes, les Yakshas et les Daityas, réunis aux Dieux mêmes, ne pourraient tenir en bataille contre lui, son arc à la main ! Mais quelle action lui faudrait-il faire ici pour te persuader qu’il est capable de tuer Bâli ? » ”
“ «Tu n'as d'un ami que l'apparence, Lakshmana; tu n'es pas vraiment l'ami de Râma, toi, qui ne cours pas tendre une main à ton frère tombé dans une telle situation! Tu veux donc, Lakshmana, que Râma périsse à cause de moi, puisque tu fermes ton oreille aux paroles sorties de ma bouche! Il est impossible que je vive un seul instant même, si mon époux m'est enlevé: fais donc, héros, ce que je dis, et défends ton frère sans tarder. Dans ce moment où sa vie est en péril, que feras-tu ici pour moi, qui n'ai pas même une heure à vivre, si tu ne cours aider l'infortuné Raghouide?» ”
“ Lakshmana, son frère consanguin, accompagnera la Reine jusqu’en la jungle où il la bannit. Lakshmana a beau s’indigner et supplier, Rama est impitoyable. Il faut remarquer ce détail charmant et d’une observation vraiment humaine : aucun personnage du drame ne doute un instant de la vertu de Sita ; seul. Rama son époux, celui qu’elle aime et qui l’aime, l’imagine criminelle. Et cependant Rama est le meilleur des hommes ; que dis-je ? d’après la mythologie hindoue, il est une incarnation de Vishnou. C’est que l’amour illusionne et rend injustes les hommes et les dieux. ”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ Élevé sur le char opulent, dont le fracas égalait celui du tonnerre, Râma sortit de son palais, comme la lune sort des nuages blancs. Alors, tenant un parasol avec un chasse-mouche dans ses mains, Lakshmana aussitôt monta derrière l’auguste Râma, comme Oupéndra se tient derrière le dieu Indra, et lui fit sentir agréablement les doux offices de l’ombrelle et du chasse-mouche. Un cri de « Halâ ! halâ ! » s’éleva immense, et le cœur de tous se dilata, quand on vit s’avancer dans son char ce Râma, le plus noble des hommes qui possèdent un char. ”
“ Ensuite il saisit une flèche de fer étincelante, signalée, meurtrière des ennemis et telle qu’un serpent. Lancée par son arc, comme le tonnerre par un nuage, elle ravit le jour au cocher. Mais, voyant son attelage sans vie et son cocher mort, le Râvanide se jette à bas du char et fait pleuvoir sur le Soumitride une averse de flèches. Alors, semblable au grand Indra même, Lakshmana d’arrêter vigoureusement avec des centaines de flèches le guerrier aux chevaux massacrés, qui, forcé de combattre à pied, semait dans le champ de bataille ses traits formidables, acérés, invincibles. ”
“ «Le feu brûle sans parler et le soleil échauffe en silence; le vent brise les arbres, sans leur jeter un seul mot d'outrage.» Le puissant héros, à qui ce langage était adressé, Indradjit, habitué à vaincre dans les combats, saisit un arc épouvantable et se mit à lancer des flèches acérées. Décochés par le guerrier vigoureux, ces dards, pareils au poison des serpents, atteignent Lakshmana et continuent leur vol en sifflant comme des reptiles. ”
“ Quand je connaîtrai bien l’existence de ma Vidéhaine et l’habitation de Râvana, je déploierai avec ta grandeur les moyens exigés par les circonstances. Ni Lakshmana, ni moi, ne sommes les maîtres dans cette affaire : tu es la cause qui doit ici tout mouvoir, et c’est de toi que dépend toute la chose. Ainsi, fais-moi connaître toi-même, seigneur, la part que tu m’assignes dans cette affaire. L’homme qui trouve à s’appuyer sur un ami tel qu’est ta grandeur, modeste, courageux, plein de sagesse et versé dans la distinction des choses, doit parvenir à son but, je n’en doute pas. ”
Frédéric Baudry,
Mythologie zoologique, ou les Légendes animales…
(1874)
“ Râma et Lakshmana vivent toujours en bonne intelligence ; pourtant, il est une circonstance qui peut servir d'anneau pour rattacher le mythe des deux frères amis à celui des deux frères ennemis. Quand Râma combat à lui seul des nuées de monstres dans la forêt, Lakshmana reste caché avec Sîtâ au fond d'une caverne. Mais. le Râmâyana lui-même nous montre les deux frères en lutte ouverte dans la légende des deux frères Bâlin et Sugrîva, fils du soleil, beaux comme les deux Açvins et si parfaitement ressemblants qu'il est impossible de les distinguer l'un de l'autre ”
“ Quand Lakshmana, son frère consanguin, et Sumanha, le cocher fidèle, le rejoignent, le héros tombe en pâmoison. Que faire ? La jalousie a été vaincue par l’amour, mais dans son cœur, l’amour le cédera à la dignité de sa maison et au souci qu’il doit prendre de son peuple. Rama ne cherchera point à revoir Sita puisque ses sujets pourraient douter d’elle. ”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ Hâ, Lakshmana ! que tu as fait une chose blâmable de venir ici, abandonnant Sîtâ dans cette forêt déserte, infestée par les Rakshasas ! Je ne puis en douter maintenant d’aucune manière : la fille du roi Djanaka est égorgée ou même dévorée par les Démons, qui habitent dans ces bois. Car de sinistres augures se montrent à nos yeux en plus grand nombre. Puissions-nous retrouver saine et sauve notre chère Vidéhaine ! En effet, cet animal, qui m’avait séduit avec ses apparences de gazelle, m’attira loin par des allèchements donnés à mon espérance ”
“ Quand tu auras consolé Bharata de sa tristesse, et la pieuse Kâauçalyâ, et Kêkéyî, et Soumitrâ, la royale mère de Lakshmana ; quand tu auras ceint le diadème dans Ayodhyâ et ramené la joie dans la foule de tes amis ; quand tu auras fait naître une lignée dans la race des magnanimes Ikshwâkides, prodigué aux brahmes des richesses et gagné une renommée sans pareille, veuille bien alors revenir de la terre au ciel. ”
“ «Qu'ai-je à faire maintenant de Sîtâ, de Lankâ ou même de la vie, moi, qui, à cette heure, vois Lakshmana aux signes heureux couché parmi les morts? Je puis trouver ailleurs une épouse, un fils et même d'autres parents; mais je ne vois pas un lieu où je puisse obtenir de nouveau un frère consanguin. «Indra fait pleuvoir tous les biens;» c'est une parole des Védas; «mais il ne fait pas qu'il nous pleuve un frère!» c'est un adage qui n'est pas moins vrai. Soumitrâ est ma mère par son hymen avec mon père, et Kâauçalyâ est celle qui m'a donné le jour. ”
“ Tandis que Lakshmana, frère dévoué, s'occupait à rendre le sentiment à Râma, Vibhîshana revint d'inspecter les troupes et de leur assigner des postes. Le héros aux vastes forces, s'étant approché de l'infortuné Raghouide, vit les singes consternés, en même temps que Sougrîva, en même temps que Lakshmana. Il vit aussi le Raghouide à la grande vigueur, joie de la race d'Ikshwâkou, tombé dans l'évanouissement et soutenu sur le sein de Lakshmana. ”
“ Viendra-t-elle bientôt à cause de moi l’armée complète, l’épouvantable armée du magnanime Bharata, commandée par ses généraux et rassemblée sous les étendards ? Est-ce que les singes à la force terrible viendront ici ? Le beau Lakshmana, ce fils, qui est la joie de Soumitrâ, va-t-il de sa main habile à tirer l’arc jeter l’épouvante chez les Rakshasas avec la multitude de ses flèches ? Mon vœu est que je puisse voir bientôt Râvana tué dans un combat, lui, ses parents, ses conjoints et ses fils, sous la main de Râma si terrible avec son arc sans égal ! ”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ Gardés ici par toi, monarque sans péché, nous sommes tous sans crainte, lui répondit Lakshmana : ce n’est pas tant le corps que la pensée qui veille ici et dans sa tristesse, ne peut céder au sommeil. Comment le sommeil, ou les plaisirs, ou même la vie me seraient-ils possibles, quand ce grand Daçarathide est ainsi couché par terre avec Sîtâ ? ”
“ Voici près d'arriver, mon beau Lakshmana, la première nuit de notre habitation au milieu des forêts. Que la félicité descende sur toi! Ne veuille pas te désoler! Vois! partout les forêts vides pleurent, pour ainsi dire, abandonnées par les oiseaux et les gazelles, retirés dans leurs noires demeures. Fils de Soumitrâ, demeurons cette nuit où nous sommes avec ceux qui nous suivent. ”
Vâlmîki,
Le Râmâyana
(1854-1858)
“ Aussitôt que Râma vit la Rakshasî lancée comme le nœud coulant de la mort, il arrêta la furie dans sa course, et ce héros à la grande force dit avec colère à Lakshmana : « Fils de Soumitrâ, il ne faut pas jouer d’aucune manière avec des gens féroces et bien méchants : vois, bel ami ! c’est avec peine si ma chère Vidéhaine échappe à la mort ! Chasse à l’instant cette Rakshasî difforme, au gros ventre, infâme dans sa conduite et folle au plus haut degré. » ”
“ Nous voici, je pense, arrivés au lieu dont Bharadwâdja nous a parlé. Le fleuve Mandâkinî, je pense, n'est pas très-loin d'ici. Cette provision de fruits, ces fleurs recueillies, ce bois coupé, ces racines roulées en bottes, ces habits pendus en l'air: tout cela, sans doute, est l'ouvrage de Lakshmana. Le chemin est jalonné par des signes pour guider ceux qui reviennent à l'ermitage après que le jour est tombé. C'est de la chaumière de Râma que je vois monter et se mêler au ciel bleu cette fumée du feu sacré, que les pénitents désirent alimenter sans fin au milieu des forêts. ”
“ Et l’attrait qui se dégage de Lava et de Kusha est aussi irrésistible que leur force. Ils suscitent toutes les cajoleries, avant d’obliger à toutes les colères. Les deux autres frères du roi, même le bon Lakshmana, succombent. À chaque triomphe, les jumeaux se réjouissent et se félicitent l’un l’autre, en vrais enfants qu’ils sont, et partent en dansant retrouver leur mère. Celle-ci, qui ne sait rien des véritables dangers courus par ses enfants, s’étonne des marques d’égratignures sur leurs joues et sur leurs bras ”
“ Quand il eut observé la superbe cité du monarque des Rakshasas, cette Lankâ, si grande et si riche: «Il n'est pas d'ennemi, pensa le singe en lui-même, qui puisse enlever d'assaut cette ville, défendue, les armes levées à la main, par les forces de Râvana. Mais, quand je considère l'héroïque valeur de Râma aux longs bras et celle de Lakshmana, je renais à l'espérance.» Ensuite, revenu à la confiance, l'intelligent et sage fils du Vent s'élança d'un bond rapide à l'heure où le soir étend ses voiles, et pénétra dans la ville de Lankâ aux grandes rues bien distribuées. ”
