Eugénie Grandet

Définition et enjeux

Portrait de Honoré de Balzac Honoré de Balzac Eugénie Grandet (1834)

Madame Grandet, qui n’avait pas osé faire cette question, regarda son mari.
— Son père s’est brûlé la cervelle.
— Mon oncle ?... dit Eugénie.
— Le pauvre jeune homme ! s’écria madame Grandet.
— Oui, pauvre, reprit Grandet, il ne possède pas un sou.
— Hé ! ben, il dort comme s’il était le roi de la terre, dit Nanon d’un accent doux.
Eugénie cessa de manger. Son cœur se serra, comme il se serre quand, pour la première fois, la compassion, excitée par le malheur de celui qu’elle aime, s’épanche dans le corps entier d’une femme. La pauvre fille pleura.
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Portrait de Honoré de Balzac Honoré de Balzac Eugénie Grandet (1834)

Sentir, aimer, souffrir, se dévouer, sera toujours le texte de la vie des femmes. Eugénie devait être toute la femme, moins ce qui la console. Son bonheur, amassé comme les clous semés sur la muraille, suivant la sublime expression de Bossuet, ne devait pas un jour lui remplir le creux de la main. Les chagrins ne se font jamais attendre, et pour elle ils arrivèrent bientôt. Le lendemain du départ de Charles, la maison Grandet reprit sa physionomie pour tout le monde, excepté pour Eugénie qui la trouva tout à coup bien vide.
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Portrait de Honoré de Balzac Honoré de Balzac Eugénie Grandet (1834)

Aussitôt elle se vêtit, et accourut au petit jour, d’un pied léger, auprès de son cousin qui avait laissé sa porte ouverte. La bougie avait brûlé dans la bobèche du flambeau. Charles, vaincu par la nature, dormait habillé, assis dans un fauteuil, la tête renversée sur le lit ; il rêvait comme rêvent les gens qui ont l’estomac vide. Eugénie put pleurer à son aise ; elle put admirer ce jeune et beau visage, marbré par la douleur, ces yeux gonflés par les larmes, et qui tout endormis semblaient encore verser des pleurs.
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