“ Où des empoisonneurs l’effréné péculat Des petits innocents trame l’assassinat ; Où ton nom dans les cœurs s’oublie, ô Maisonneuve ! Celle où l’on voit de loin, sur les bords du grand fleuve. Les temples du dollar affliger le ciel bleu, En s’élevant plus haut que les temples de Dieu ! Les dernières clartés du jour allaient s’éteindre. Depuis longtemps je me croyais tout près d’atteindre La rive montagneuse et farouche du Nord, D’où le noir Saguenay, le fleuve de la Mort, Surgi de sa crevasse ouverte au flanc du monde, Se joint au Saint-Laurent dont il refoule l’onde. ”
Charles Gill
Élements biographiques
Charles Gill (1871-1918), poète, peintre et professeur québécois, incarne une figure centrale de l’École littéraire de Montréal. Son œuvre, marquée par une sensibilité lyrique et une réflexion existentielle, explore les tensions entre nature et modernité, le temps et l’éternel.
Auteur de Le Cap Éternité et Les Étoiles filantes, ses textes, imprégnés d’influences baudelairiennes et symbolistes, conjuguent mélancolie et exaltation. Son héritage, révélé posthume par Albert Lozeau, révèle un esprit rebelle et visionnaire, ancré dans la tradition classique tout en défiant les conventions.
Citations de Charles Gill
“ Pour observer le temps à l’heure de l’aurore, Et murmurait, hochant la tête : Pas encore ! La brume enveloppait les larges horizons, Les bosquets étagés, les glacis, les gazons, Et tous les mille riens si beaux de la campagne, Et les sentiers abrupts au flanc de la montagne, Où, jusques au sommet, le rêveur épris d’art, Vers le bleu, tout au loin, chemine du regard. L’âme se peut distraire, à défaut de lecture, Dans le livre infini de la grande nature ; Mais il est, dans la brume ainsi que dans la nuit, Des moments où le livre est maître de l’ennui. ”
“ Défiant le calcul, au sein du fleuve obscur Il plonge ; le miroir est digne de l’image. Et quand le vent s’endort au large, le nuage Couronne son front libre au pays de l’azur. Le plomb du nautonier à sa base s’égare, Et d’en bas, bien souvent, notre regard se perd En cherchant son sommet familier de l’éclair C’est pourquoi le passant étonné le compare À la mystérieuse et noire Éternité. Témoin pétrifié des premiers jours du monde, Il était sous le ciel avant l’humanité, Car plus mystérieux que dans la nuit de l’onde Où sa base s’enfonce, il plonge dans le temps ”
