“ D’ailleurs, le monde n’a que faire entre un père et son fils: nous le cacherons, nous le déroberons à ses regards comme un trésor qu’on enfouit; nous le tiendrons dans l’ombre et à l’abri de tout contact.Mon Dieu! mon Dieu! que je suis heureux!... et toi, Debby, l’es-tu heureuse?—Heureuse et fière, Patrick!—Tu ne comprends pas peut-être, Déborah, toute l’étendue de ma joie? tu me trouves peut-être léger, puéril; mais, vois-tu, mon plus ardent souhait vient de s’accomplir, mon plus beau rêve se réalise; mon vœu, mon désir constant étoit celui d’avoir un fils dans ma jeunesse. Oh! ”
Pétrus Borel
Élements biographiques
Pétrus Borel, surnommé « le lycanthrope », né en 1809 à Lyon et décédé en 1859 en Algérie, incarne une figure troublante du romantisme français. Poète, traducteur et écrivain excentrique, ses œuvres comme Madame Putiphar ou Champavert sondent la souffrance existentielle, la moralité ambiguë et l’absurde, marquées par une imagination fertile.
Son style iconoclaste, proche du surréalisme, eut une influence sur Baudelaire et Breton. En Algérie, il combina engagement colonial et réflexion littéraire, laissant une empreinte distinctive dans la prose et le vers.
Citations de Pétrus Borel
Pétrus Borel,
Champavert, contes immoraux
“ Il n’est nulle chose au monde que je ne ferais pour toi, si tu disais, je le veux. Oh ! c’est bien d’un homme... — Bonne amie, il n’est nulle chose au monde que je ne ferais pour toi aussi, tu le sais bien ; parle, que t’ai-je jamais refusé ? — Je veux de toi, Champavert, jure-le moi, que tu ne te tueras jamais seul, jamais ! Le jour où tu seras las de la vie, vite, viens me trouver, dis-moi seulement : — Je veux en finir. Je me lèverai aussitôt et nous sortirons, et, tous deux embrassés, nous nous tuerons. Je lui jurai... Elle me baisa vingt fois sur le cœur. ”
“ Richelieu hurle en vain, point d’extradition ! — Puis, voilà son anneau, car je suis fiancée. Maintenant j’ai tout dit, sans arrière-pensée. M’épanchant dans ton sein, j’ai mis mon cœur à jour. Si je fais tout cela, c’est filial amour, Et souffre autant que toi. Connaissant de ton âme La force et la beauté je n’attendais nul blâme. N’est-ce pas, mon ami, que tu m’aurais dicté Ce que j’ai fait sans toi ?... Viens donc a mon côté. Pourquoi cet œil jaloux, muet ?... mon sacrifice Est-il moins que le tien ? crois-tu que mon supplice Puisse être plus affreux ? ”
